couverture de Curtius Rufus, Histories of Alexander the Great, Book 10

Curtius Rufus Histories of Alexander the Great, Book 10
Introduction and historical commentary

by J. E. Atkinson, translated by J. C. Yardley

Clarendon Ancient History Series
Oxford university press, 2009
274 p. dont introduction [47 p.], traduction [26 p.] et commentaire [174 p.].
L'ouvrage comporte également une bibliographie, un index général et une carte.

Compte rendu par Sébastien Barbara

Les études curciennes, sans être tout à fait délaissées, n'en sont pas moins en demi-teinte: Quinte-Curce apparaît trop romancier aux uns et trop historien aux autres, tantôt trop prosaïque, tantôt trop rhéteur, ayant le défaut pour les hellénistes d'écrire en latin et pour les latinistes de traiter d'évènements étrangers à Rome, il a finalement connu une singulière désaffection après avoir formé pendant des générations les collégiens aux rudiments de la langue latine. Les études sur cet auteur devraient cependant être redynamisées non seulement par l'inscription des livres VIII-X au programme de l'agrégation en 2008-2010, mais aussi par la parution en 2009 de deux ouvrages importants: la publication de la nouvelle édition des Historiae dans la Bibliotheca Teubneriana chez De Gruyter (1) –l'ancienne édition de Theodor Vogel (2) remontant à 1880!– et la parution à Oxford, dans la collection Clarendon Ancient History Series, d'un commentaire du livre X par le grand spécialiste de Quinte-Curce, le professeur émérite John E. Atkinson.

Ce volume vient s'ajouter aux deux commentaires précédemment fournis par J. E. Atkinson (III-IV et V-VII, 2) (3) ne laissant plus que les livres VII à IX des Historiae sans commentaire à ce jour. On pourrait d'abord s'interroger sur l'opportunité de donner précisément maintenant un commentaire isolé du dernier livre. Le livre X, avec trente pages Teubner dans l'édition de Vogel, est de fait un des livres les plus courts des Historiae, mais c'est aussi un des plus précieux pour la signification globale de l'œuvre en l'absence regrettable du livre I. Qui plus est, ce livre se distingue par son importance historique et dramatique, et par la présence d'une célèbre digression (X, 9, 3-6) sur laquelle les commentaires des savants à la recherche de l'époque et de l'identité de Q. Curtius Rufus se sont focalisés, sans doute à l'excès. Un commentaire spécifique du livre X est donc, pour cette raison, particulièrement justifié. C'est par ailleurs un livre délicat à aborder en raison de son état actuel: les lacunes du livre X, –dont plusieurs indices permettent de penser qu'il était plus long de dix voire même de vingt pages–, défigurent malheureusement plusieurs épisodes historiquement et idéologiquement importants comme la guerre Lamiaque, la mutinerie d'Opis et la mort du roi, et nuisent à la compréhension globale du livre. Enfin on peut s'interroger sur l'absence ou la disparition de certains épisodes comme les noces de Suse auxquelles le roi fait pourtant allusion dans un discours (X, 3, 13-14) et qui ne figurent pas, ou plus, dans le texte alors que Quinte-Curce laisse rarement de côté des éléments en rapport avec la question de l'acculturation du roi. Pourquoi Quinte-Curce n'a-t-il pas traité non plus la mort et les funérailles d'Héphaistion largement développées par Diodore (XVII, 114-115)? le sujet était-il moins pittoresque que le petit roman d'Orsinès et Bagoas? L'épisode a-t-il disparu? Ces questions légitimes n'obtiennent pas véritablement de réponse et seule la lacune après 4. 3 donne lieu à un commentaire spécifique (p.140-141).

Le volume, qui vient utilement s'ajouter, dans la même collection, au commentaire des livres de l'abrégé de Justin consacrés à Alexandre (4), obéit aux règles des Clarendon Ancient History Series: le commentaire est avant tout historique et le public visé n'est pas nécessairement latiniste. On ne trouvera donc pas le texte en langue originale, mais seulement une traduction anglaise, en l'occurrence celle de J. C. Yardley précédemment publiée dans la Penguin, traduction du reste excellente, établie sur le texte de Quinte-Curce fourni par l'édition italienne de J. E. Atkinson dans la collection de la Fondazione Lorenzo Valla (5). Voilà qui peut rassurer sur la nature du texte utilisé même si l'on ne voit pas ce que cela coûtait d'ajouter dix pages de texte latin ce qui aurait fait de cet ouvrage un outil de travail complet. Quoi qu'il en soit, malgré cette pétition de principe sur l'inutilité du texte original, l'ouvrage se révèle fort heureusement attentif aux termes latins, aux phénomènes littéraires et aux commentaires philologiques comme le montrent plusieurs chapitres de l'introduction consacrés à des données non-historiques et de nombreuses remarques dans le commentaire avec discussion de termes latins.

Le commentaire est précédé d'une introduction générale à Quinte-Curce qui pourrait sembler faire double emploi avec nombre de synthèses similaires et ressasser les insolubles problèmes lié à Q. Curtius Rufus. En réalité cette introduction d'une grande densité constitue un tour d'horizon mis à jour et pratique qui éclipse les autres mises au point du même genre. Il manque peut-être néanmoins un chapitre replaçant le livre X dans l'«économie» générale des Historiae et analysant sa spécificité. Un des mérites de cette introduction est aussi de poser clairement deux questions cruciales –celle des niveaux de signification de l'œuvre et celle du genre– sans en résoudre cependant toutes les difficultés.

Le commentaire suit les chapitres du texte et propose, pour chaque ensemble de sections, une bibliographie fondamentale accompagnée de renvois aux sources anciennes parallèles comme c'était déjà le cas dans la partie commentaire de l'édition donnée chez Arnoldo Mondadori. Le commentaire s'intéresse beaucoup, évidemment, à des questions chronologiques, prosopographiques ou politiques et discute la validité de la tradition curcienne et des détails du texte sans s'interdire des remarques littéraires ou lexicologiques. Le commentaire comparé des scriptores rerum gestarum Alexandri Magni se révèle utile et fait gagner un temps précieux. Enfin les analyses de J. E. Atkinson mettent en lumière l'art de la déformation historique chez Quinte-Curce qui, vu sous un autre angle, s'apparente à un art de l'agencement littéraire. Évidemment, dans ce type de commentaire dont la lecture en continu est un peu laborieuse mais l'utilité indéniable dans le travail au quotidien, on trouve rarement le détail que l'on souhaite précisément voir expliqué, mais cet ouvrage, c'est un fait, constitue désormais un compagnon utile pour qui travaille sur le livre X de Quinte-Curce en posant les bases de la compréhension générale des épisodes et en éclairant nombre de détails.

(1) C. Lucarini (éd.), Q. Curtius Rufus, Historiae Alexandri Magni, Berlin – New-York, 2009. [Retour au texte]

(2) Th. Vogel (éd.), Q. Curti Rufi Historiarum Alexandri Magni Macedonis libri quae supersunt, Leipzig, 1880. [Retour au texte]

(3) J. E. Atkinson, A Commentary on Q. Curtius Rufus' Historiae Alexandri Magni. Books 3 and 4, Amsterdam/Uithoorn, 1980; id., A Commentary on Q. Curtius Rufus' Historiae Alexandri Magni. Book 5 to 7, 2, Amsterdam, 1994. [Retour au texte]

(4) W. Heckel (éd.), Justin, Epitome of the Philippic History of Pompeius Trogus, I, Books 11-12: Alexander the Great, Oxford, 1997. [Retour au texte]

(5) J. E. Atkinson – T. Gargiulo (éd.), Curzio Rufo, Le storie di Alessandro Magno, vol. I (III-V); vol. 2 (VI-X), Milan, 1998-2000. [Retour au texte]

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