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Pseudo-Próspero de Aquitania. Sobre la providencia de Dios. Introducción, texto latino revisado, traducción y comentarioRaúl Villegas MarínPublicacions i edicions de la Universitat de Barcelona, 2010 Compte rendu par Janine DesmulliezProfesseur émérite de l'Université Lille3. |
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Cet ouvrage reprend les principales conclusions dune thèse de doctorat (El Carmen de prouidentia Dei. Estudio histórico y doctrinal) soutenue par lauteur le 30 novembre 2008 à lUniversité de Barcelone et dirigée par le professeur Josep Vilella. Même si la thèse de Mr. Villegas est accessible sur internet depuis quelques années (site : http://hdl.handle.net/10803/2605), louvrage ici présenté sera dun grand intérêt pour les chercheurs qui se consacrent à létude de lhistoire de la Gaule au Ve siècle. En effet, par rapport à la thèse de Mr. Villegas, il sest enrichi de nouveaux développements sur plusieurs sujets et, notamment, dun nouveau texte latin du poème plus fidèle à celui de leditio princeps ainsi que dune traduction espagnole.
Le texte latin et la traduction espagnole sont précédés dune longue introduction (pp. 9-74) qui fournit déjà au lecteur les principales conclusions des études que R. Villegas a consacré au De prouidentia. Après un bref résumé de lhistoire politique de la Gaule du premier quart du Ve siècle (pp. 9-19) et dune présentation des témoignages littéraires attestant limpact des conflits militaires de cette époque sur léconomie et la société contemporaines (pp. 19-23), R.Villegas offre au lecteur un schéma de la structure du poème (pp. 24-26), où il met en relief, par exemple, lintention de catéchèse de son auteur, qui aurait suivi de près la structure de la narratio du De catechizandis rudibus dAugustin un ouvrage dont linfluence a été par ailleurs très peu étudiée. Comme le montre R. Villegas (pp. 26-33), cette catéchèse où lon perçoit les échos des vers de Virgile, Ovide ou Horace est pourtant adressée à un auditoire très spécifique, à savoir laristocratie gallo-romaine. Lauteur du carmen se propose de dévoiler le sens providentiel de la crise qui bouleversa la société gauloise pendant le premier quart du Ve siècle : daprès lui, les élites sociales frappées par cette crise auraient fait lobjet dun appel de Dieu pour une conversion à lascétisme chrétien.
Donc, après avoir montré que le De prouidentia fut conçu comme un protreptique chrétien à ladresse de laristocratie gallo-romaine, lauteur rassemble les conclusions de son étude sur la théologie de la grâce présente dans le poème (pp. 33-42). Comme R. Villegas le dit lui-même (p. 33), « nuestro poema sobre la providencia divina es un poema sobre la gracia de Dios ». Il réussit aussi à démontrer que lauteur du De prouidentia fut lun des théologiens provençaux qui sopposèrent à la théologie de la grâce et de la prédestination soutenue par Augustin dHippone, notamment dans ses derniers ouvrages. Même si le poète accepte la transmission du péché originel et la nécessité de la grâce au sens augustinien du terme dans tous les échelons du progrès ascétique, il est loin de partager les thèses augustiniennes concernant le complet anéantissement du libre arbitre humain à la suite du péché dAdam. La volonté de lhomme ainsi que sa capacité de choisir librement la voie de la vertu chrétienne étant daprès lui infirmées, mais pas totalement détruites, lauteur conçoit le salut de lhomme comme le résultat de la synergie entre la grâce de Dieu et leffort humain. Certes, le poète nétait pas « pélagien », mais il naccepta pas non plus sans critique les idées quAugustin avait cru pouvoir opposer aux « pélagiens ». Sa pensée senracine dans une théologie ascétique façonnée tout dabord par Origène et dont linfluence sur Pélage est bien connue. Mais, comme le montre R. Villegas, lauteur du De prouidentia naccepte pas du tout les propos pélagiens condamnés par les évêques de Rome Innocent I (417) et Zosime (418). Il définit la théologie de la grâce de lauteur du De prouidentia comme pre-augustinienne, anti-pélagienne, parfois anti-augustinienne et strictement romaine. Ces nuances témoignent de la rigueur de létude de R.Villegas ; la valeur de celle-ci sera par ailleurs plus justement appréciée si lon se souvient que le De prouidentia nest pas cité dans les deux études densemble les plus importantes sur la dénommée « controverse sémipélagienne » en Provence (R. H. Weaver, Divine Grace and Human Agency. A Study of the Semi-Pelagian Controversy, Macon, 1996 ; D. Ogliari, Gratia et certamen. The Relationship between Grace and Free Will in the Discussion of Augustine with the so-called Semipelagians, Louvain, 2003). Dailleurs, les quelques pages que R. Villegas consacre à létude de la relation entre lessor de lascétisme parmi les couches aristocratiques gauloises et le déclenchement de la controverse augustinienne (pp. 42-47) sont très parlantes. En effet, il montre que les récits que plusieurs aristocrates gallo-romaines firent de leur propre conversion à lascétisme témoignent dune pluralité de ce quil appelle « experiencias personales de conversión ». Lauteur suggère que les théologiens provençaux opposèrent cette pluralité dinterprétations subjectives de la conversion à la notion augustinienne selon laquelle la sola gratia était la source de linitium fidei.
La troisième partie de lintroduction rassemble les conclusions
auxquelles ont abouti les études de R. Villegas concernant la
date de composition du poème et le milieu où celui-ci
vit le jour (pp. 47-55). Il démontre que le poème fut
publié à Saint Victor à Marseille, monastère
fondé par Jean Cassien, très probablement vers la fin
de 426. Lhypothèse de R. Villegas se fonde sur les arguments
suivants parmi dautres :
a) le De prouidentia fut lune des sources dont Prosper
dAquitaine se servit pour la rédaction à Augustin
de son rapport concernant les thèses sur la grâce des serui
Christi de Marseille (voir ep. 225 inter Augustinianas);
b) lauteur du De prouidentia connaissait la polémique
que les thèses christologiques du moine Leporius avaient déclenchée
à Marseille ;
c) quelques passages du De prouidentia peuvent être interprétés
comme une critique du De correptione et gratia, un traité
augustinien qui était connu des milieux monastiques provençaux
dès 426 (terminus post quem pour le De prouidentia) ;
d) le Carmen de ingratis et la lettre 225 de Prosper dAquitaine,
qui virent le jour pendant lannée 427 sous le pontificat
dHelladius dArles, sont une réponse au De
prouidentia, dont la publication est donc antérieure.
La quatrième partie de lintroduction est consacrée à la uexata quaestio de lauteur du De prouidentia. Les nouveautés de létude de R. Villegas sur cette question ne sont pas moins importantes. Lauteur réussit à démontrer quil faut écarter dune fois par toutes lattribution du carmen à Prosper dAquitaine. Si auparavant on avait proposé cette attribution sur la base de parallèles textuels entre le De prouidentia et des ouvrages de Prosper surement authentiques notamment le De ingratis, R. Villegas montre que Prosper a certes connu le De prouidentia et sen est servi en citant plus ou moins à la lettre tel ou tel passage parce que le grand défenseur provençal dAugustin vit dans plusieurs vers du De prouidentia un exposé des théories provençaux sur la grâce contre lesquelles Prosper écrivit (pp. 55-59). Il suggère aussi que lattribution du poème à Prosper dAquitaine attesté par la tradition manuscrite peut sexpliquer du fait quaprès le concile dOrange (529), où furent promulgués plusieurs canons à lencontre des thèses sur la grâce que lon lit dans le De prouidentia, on aurait ressenti le besoin de préserver le poème en lattribuant à un auteur Prosper sur lequel aucun soupçon dhétérodoxie ne pouvait être jeté (pp. 59-62). Après avoir écarté aussi lattribution soit à Helladius, soit à Hilaire, tous les deux évêques dArles (pp. 62-63), R. Villegas dresse un profil de lauteur du poème : il sagirait dun moine de Saint Victor à Marseille dorigine aquitaine, appartenant à laristocratie gallo-romaine, qui aurait publié le De prouidentia en cachant son nom sous un pseudonyme. Il suggère aussi la possibilité de lidentifier avec un certain Lupus qui est la cible dune épigramme de Prosper dAquitaine (pp. 63-70). Hypothèse hardie, mais qui nest pas dépourvue de fondement.
Finalement, la cinquième partie de lintroduction offre une étude sur la postérité du poème, ses éditions et traductions, ainsi quune présentation du nouveau texte latin donné par lauteur, de sa traduction et de son commentaire (pp. 70-74).
En ce qui concerne la traduction (pp.75-137), elle est guidée par un souci de fidélité au texte latin que R.Villegas nous présente. Comme nous lavons déjà dit, celui-ci est à son tour plus fidèle à leditio princeps de S. Gryphe (Lyon, 1532), quelques corrections suggérées par M. Marcovich dans son édition du De prouidentia censée « canonique » jusquà aujourdhui (Prosper of Aquitaine. De prouidentia Dei. Text, Translation and Commentary, Leiden/New York/Copenhague/Cologne) ayant été écartées (voir vv. 8, 107, 271, 305, 340, 541, 579, 602, 625, 627, 631, 666, 690, 749, 756, 852, 938). Le texte de leditio princeps étant pourtant corrompu à bien des endroits, R. Villegas y introduit plusieurs corrections, jadis proposés par J. B. Le Brun des Marettes et L. U. Mangeant (editio Maurina des uvres de Prosper, Paris, 1711), L. Valentin (Saint Prosper dAquitaine. Étude sur la littérature latine ecclésiastique au cinquième siècle en Gaule, Toulouse, 1900, pp. 845-846), M. P. McHugh (The Carmen de Providentia Dei Attributed to Prosper of Aquitaine : A Revised Text with an Introduction, Translation, and Notes, Washington, 1964) ou M. Marcovich (op. cit.). À son tour, R. Villegas suggère quelques autres corrections, quil justifie dans son commentaire (v. 269, auctum par actum ; 388, quam par quae ; 628, Chaldaei par Chaldaeis ; 671, monitus par monitos ; 688, ueniam praeuerteret irae par uenia praeuerteret iram ; 965, iungit par iunxit).
En ce qui concerne le commentaire (pp. 139-328), il est très exhaustif, même si lauteur laisse de côté les aspects plus philologiques et littéraires du poème (par ailleurs déjà bien étudiés par McHugh et Marcovich). R. Villegas encadre le poème dans le contexte historique où il vit le jour et en étudie surtout les aspects doctrinaux (théodicée et providence, interprétation théologique de la crise sociopolitique gauloise, doctrine sur la grâce dans le cadre de la controverse « augustinienne », doctrine christologique, etc.), linfluence augustinienne sur lauteur du poème (qui fut lun des premiers lecteurs du De ciuitate Dei, par exemple), et les passages des uvres de Prosper dAquitaine qui doivent être lus comme une réponse aux thèses du De prouidentia.
Bref, cette étude de R. Villegas est appelée à devenir louvrage de référence sur le De prouidentia. Les chercheurs qui sintéressent à des sujets tels que la réception de la pensée dAugustin, lhistoire politique et sociale de la Gaule du début du Ve siècle ou les théologies politiques chrétiennes y trouveront aussi des idées très justes. Cet excellent ouvrage novateur sur ces sujets mériterait dêtre traduit en français ou dans dautres langues.
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