Paulinus of Nola Life, Letters and Poems

Dennis E. Trout

University of California Press, 1999
(Hypomnemata ; 134)
326 pages
ISBN : 0-520-21709-8

Compte rendu par Janine Desmulliez

Professeur d'histoire du christianisme à l'Université Charles de Gaulle, Lille 3. Auteur d'une thèse de doctorat d'état consacrée à La christianisation de la Campanie des origines à 604 (Paris, 1997), elle a publié de nombreuses études sur Paulin de Nole. Dans le cadre de l'atelier Paulin de Nole du centre HALMA (UMR 8142 , CNRS , Lille 3, MCC), elle prépare en collaboration avec d'autres chercheurs une traduction française des lettres de Paulin de Nole à ses correspondants gaulois.

L'ouvrage de D. E. Trout constitue l'une des rares synthèses sur la vie et l'œuvre de Paulin de Nole. On ne peut que recommander ce livre très riche et très complet qui est divisé en dix chapitres précédés d'une préface, d'une liste d'abréviations, d'une carte "du monde de Paulin" et du plan des édifices de Nole.

Le premier chapitre (p. 1-22) présente à travers les sources anciennes les images de la conversion de Paulin vue par ses contemporains et examine le portrait que Paulin dresse lui-même de son évolution spirituelle entre 394 et 407. Les quatre chapitres suivants sont de nature plus chronologique : le second (p. 23-52) évoque les premières années en Aquitaine et en Italie ; le troisième chapitre (p. 53-77) livre une excellente interprétation du passage de Paulin de l'otium ruris au contemptus mundi ; le quatrième (p.78-103) étudie le renoncement au monde, l'ordination à Barcelone que D. T. place en 394, suivant en cela la chronologie de Fabre, et le départ pour Nole, tout en présentant les relations avec Ausone et avec Jérôme. Le cinquième (p. 104-132) présente la vie à Nole de 395 à 431, en insistant à la fois sur les nouveaux rapports établis par Paulin avec les papes, les empereurs, sur les réactions de l'ascète de Nole face aux menaces barbares, et sur les diverses influences qui ont mené Paulin à la vie ascétique. Les trois chapitres suivants sont plus thématiques : le sixième (p. 133-159) intitulé "Salvation Economics" a comme sous-titre "La théorie et la pratique de la renonciation à la propriété" que D.T. étudie à partir de lettres envoyées en particulier à Jovius son parent, à ses amis gaulois, Sanctus et Amandus, Aper et Amanda. Dans le même chapitre, l'auteur passe en revue les constructions de Paulin dans la partie intitulée "Charity, Church Building and a proprietary sensibilty". Le septième chapitre (p. 160-197) est consacré à une étude du culte de saint Felix à partir des Natalicia. Le huitième (p. 198-251) "Paulin et la culture latine chrétienne" présente en fait les principaux correspondants de Paulin et définit les critères de l'amitié chrétienne ; la dernière partie de ce chapitre traite des controverses théologiques (origénisme, pélagianisme). Le chapitre neuf (p. 252-267) porte sur les dernières années de Paulin de 415/418 à sa mort en 431, période pour laquelle nous ne disposons que de peu d'informations. Le chapitre 10 (p. 268-269) est en fait une conclusion rapide.

Quatre Appendices complètent cette étude : le premier (A) présente le corpus des manuscrits et pose le problème de l'authenticité de quelques poèmes et lettres attribuées à tort à Paulin. Le second (B) donne une chronologie des débuts de la vie de Paulin jusqu'à son départ pour Nole avec p. 287 un tableau récapitulatif des principales dates ; le troisième (C) fournit une chronologie sélective de 352 à 432. D. T. se fonde sur la chronologie de Fabre sans donner les raisons de son choix ; de plus, rien ne prouve que Paulin était à Milan en 383-384 ; il semble au contraire d'après la lettre qu'Ambroise adresse à Sabinus de Plaisance après l'installation de Paulin à Nole que l'évêque de Milan ne connaît pas Paulin. Le quatrième (D) est une traduction du De obitu sanci Paulini d'Uranius. Suit une bibliographie sélective très bien documentée ; on regrettera toutefois que les études prosopographiques dans le cadre de la PCBE ne soient pas cités : la notice Alypius de la prosopographie chrétienne du Bas-Empire PCBE 1 Afrique (sous la direction d'A. Mandouze) est parue en 1982. Il n'y a pas mention non plus de la thèse de J. Desmulliez "La christianisation de la Campanie" soutenue en 1997 dans laquelle se trouve la notice Meropius Pontius Paulinus, publiée il est vrai dans la PCBE 2 en 2000.

On peut relever quelques petites erreurs de détail sur la carte du "monde de Paulin" d'après Brown dues aux mélanges de langues (français, italien, latin) ; par exemple, Lyons pour Lyon, Narbo pour Narbonne, etc. Par contre une étude chronologique plus poussée, avec la présentation des diverses hypothèses de datation de la vie de Paulin (J. Desmulliez, M. Y. Perrin, T. Piscitelli Carpino) aurait dû être présentée afin de justifier les choix de l'auteur ; ces dates sujettes toutes à caution ne sont que des hypothèses de travail. Il manque un tableau récapitulatif des écrits de Paulin avec la datation de ses œuvres. De plus, D. T. aurait dû insister davantage sur le fait que notre documentation concernant Paulin n'est riche que pour la période 394-410, soit pour une quinzaine d'années de sa vie. Notons également quelques affirmations discutables sur les rapports ente Ambroise et Paulin (p. 49 sq) ; l'article de Costanza n'a pas été assez utilisé et D. T. ne s'est pas interrogé sur les contradictions concernant le catéchuménat de Paulin ; est-ce Amandus de Bordeaux ou Ambroise de Milan qui l'a nourri dans la foi? il semble que ce soit plutôt le bordelais Amandus et si Paulin affirme à Alypius qu'Ambroise l'a nourri dans la foi, c'est parce qu'il désire s'identifier avec son correspondant.

Ces quelques brèves remarques ne nuisent en rien à la qualité de ce livre qui est l'un des meilleurs ouvrages sur l'ascète de Nole. En effet, on trouvera d'excellents développements sur la façon dont la conversion de Paulin a été ressentie par ses contemporains. J'insisterai surtout sur le sixième chapitre qui me paraît à bien des égards novateurs : la théorie et la pratique de la renonciation à la propriété à travers sa correspondance, l'analyse du sermon sur le Trésor du Temple permettent d'analyser l'idéal de la paupertas chez Paulin. L'étude de la charité, de l'édification des églises s'inscrit dans cette étude et D. T. étudie avec finesse et intelligence la justification donnée par Paulin de ses constructions. On retiendra aussi les très bonnes analyses des controverses théologiques, en particulier des relations avec Pélage et Julien d'Eclane et les bons développements concernant le priscillianisme. Je suis entièrement d'accord avec l'analyse faite p.76 : "On ne sait si Ausone a suspecté Therasia et Paulinus de priscillianisme, mais il a pu le concevoir".

Bref, D. T. nous fournit un très bon ouvrage, même si l'on aurait aimé plus d'analyse historique ; on aurait pu mettre davantage en valeur le rôle politique joué par Paulin lors des dernières années de sa vie et formuler quelques hypothèses à ce propos. Certes D. T. montre à juste titre comment cet aristocrate converti à l'ascétisme a gardé des habitudes de son ancien milieu, mais on aurait pu se demander si ce rôle ne s'explique pas aussi par les relations étroites que sa famille, ses amis et peut-être Paulin lui-même avaient eu avec le pouvoir impérial ? De plus, D. T. n'a pas assez insisté sur la notion d'unanimitas qui explique la volonté de Paulin de s'identifier à son correspondant.

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