Der Briefwechsel des Paulinus von Nola Kommunikation und soziale Kontakte zwischen christlichen Intellektuellen

Sigrid Mratschek

Vandenhoeck & Ruprecht, 2002
(Hypomnemata ; 134)
732 p., 16 planches et deux cartes
ISBN : 3-525-25232-3

Compte rendu par Janine Desmulliez

Professeur d'histoire du christianisme à l'Université Charles de Gaulle, Lille 3. Auteur d'une thèse de doctorat d'état consacrée à La christianisation de la Campanie des origines à 604 (Paris, 1997), elle a publié de nombreuses études sur Paulin de Nole. Dans le cadre de l'atelier Paulin de Nole du centre HALMA (UMR 8142 , CNRS , Lille 3, MCC), elle prépare en collaboration avec d'autres chercheurs une traduction française des lettres de Paulin de Nole à ses correspondants gaulois.

L'ouvrage en allemand de S. M. est essentiel pour l'étude de la correspondance de Paulin de Nole et l'analyse des relations sociales entre les intellectuels chrétiens.

Une introduction (p. 1-16) présente les divers travaux sur Paulin de Nole, en particulier ceux de D. Trout et C. Conybeare, parus récemment. Elle est suivie des remerciements de l'auteur qui, en toute honnêteté, rappelle avoir été reçue dans le cadre du séminaire de Prosopographie Chrétienne du Bas-Empire par L. Pietri professeur à l'Université de Paris IV-Sorbonne et par J. Desmulliez qui a accepté de lui transmettre avant publication la notice Meropius Pontius Paulinus parue désormais en 2000 dans le tome 2 de la PCBE.

Le livre est divisé en quatre parties :

La première intitulée "Rhétorique et Ascèse" (p. 17-182) décrit le contexte culturel et politique de la jeunesse de Paulin (p. 19-48) et fournit une très bonne étude de la position sociale de ce dernier (p. 49-64) à travers le "portrait d'un intellectuel aquitain". S. M. analyse avec beaucoup de finesse et d'intelligence les sources antiques et s'appuie sur une bibliographie très complète. Les principaux faits de la vie de Paulin sont évoqués avec beaucoup d'exactitude (consulat suffect, gouvernement provincial en Campanie, retour en Gaule, mariage avec Therasia, baptême par Delphin, séjour en Espagne, ordination presbytérale à Barcelone, départ pour Nole, fondation d'une fraternitas monacha, activités à Nole (correspondances, rédaction des Natalicia en l'honneur du saint local Felix, les nouvelles constructions, réception d'hôtes illustres), accès à l'épiscopat, attitude en 410 lors de la prise de Nole par les Goths, rôle joué auprès de Galla Placidia et d'Honorius, dernières années à Nole et récit de sa mort transmis par le prêtre Uranius. S. M. réfute à juste titre l'hypothèse proposée par T. Piscitelli Carpino d'un séjour de Paulin à Carthage en 408/409 (p. 64). On trouvera aussi dans cette partie un très bon développement sur le titre consularis ou proconsul Campaniae (p. 65-73) et une très bonne présentation des liens familiaux des Pontii avec Mélanie (p. 73-77). Puis, S. M. dans un chapitre intitulé "à la recherche de sa propre identité" analyse d'abord comment Paulin est le modèle de celui qui, très riche, a choisi la pauvreté : "ex opulentissimo diuite uoluntate pauperrimus" recensant les divers témoignages sur la vente des biens, présentant les possessions des Pontii, en Aquitaine, mais aussi en Italie à Fondi, à Nole et peut-être à Formies. A ces "regna" s'ajoutent ceux de Therasia en Espagne. S. M. étudie comment Paulin s'est débarrassé de ses richesses en vendant ses biens et ceux de son épouse : "uenditis facultatibus tam suis quam etiam coniugalibus", mettant ce fait en rapport avec la mort de son frère que l'auteur lie à l'usurpation de Maxime (p. 83-85), ce qui nous paraît très discutable sur le plan chronologique. S. M. nous livre néanmoins une analyse juste et très détaillée de l'utilisation de cette vente en vue du financement des travaux de constructions des basiliques de Nole. L'étude du chapitre intitulé "argentum illud sancti commercii : la théorie de la richesse" dans lequel S. M. étudie le rôle social de celui qui devient en quelque sorte "le banquier du ciel" est remarquable. La mutation de l'homo terrenus pour l'homo caelestis est finement analysée. Paulin devient le miles Christi qui mène son dur combat dans la voie de l'ascétisme et devient le modèle pour d'autres aristocrates, comme par exemple pour Aper et Amanda.

La seconde partie intitulée "le cercle" (p. 183-394) commence par la présentation du contexte géographique "Laeta Aquitania" dans laquelle sont passés en revue les propriétés de Paulin "dominus innumerabilium praedorium" ; on notera en particulier l'étude de la propriété d'Ebromagus avec les diverses hypothèses de localisation (voir croquis planche 6) et un récapitulatif des peregrinationes en Espagne : "adii peregrinus Hiberos" de son retour en Gaule jusqu'à son départ pour Nole. On trouvera (p. 242-243) un tableau chronologique de tous les écrits de Paulin (lettres, poèmes en particulier ceux échangés avec Ausone, Panégyrique de Théodose, etc..) et des endroits fréquentés par Paulin entre 382 et 395. Cette chronologie s'appuie sur celle de D. Trout qu'il aurait fallu justifier, car elle ne constitue qu'une hypothèse de travail, même si elle semble faire la quasi unanimité aujourd'hui. On ne peut accepter la date de 389 pour la lettre de condoléances de Delphinus et Amandus de Bordeaux envoyée à Paulin pour la mort de son frère qui est encore, selon nous, vivant en 392/393. De plus, nous datons le carmen 10 envoyé à Ausone en 392 et non en 393 (se reporter à notre compte rendu de l'ouvrage de D. Arhmedt). Par contre la date proposée (p. 215) pour la mort du fils de Paulin, Celsus, s'avère exacte. A partir de la page 244, le "secretum Nolanae Urbis" retrace l'histoire du monasterium, les constructions, ce que Paulin appelle "domus mea" avec (planche 11) les plans proposés par T. Lehmann et D. Korol. Suit une étude des échanges de lettres proprement dits dans laquelle une place essentielle est laissée aux porteurs dont S. M. fournit une terminologie très précise (fratres, filii, conserui communes, tabellarii, etc..) et très précieuse. Puis S. M. livre une très bonne présentation des origines géographiques et sociales de ces messagers et du religiosissimum officium (p. 389-394) terme qu'elle emploie pour le devoir d'échanges de lettres qui est fondamental dans l'amitié chrétienne et devient une obligation religieuse.

La troisième partie (p. 97-485) est consacrée à l'échange de lettres (Der Briefwechsel) : S. M. analyse le contenu des lettres, les échanges qui les accompagnent (cadeaux, livres) avec une étude détaillée (p. 457-464) des relations épistolaires entre Paulin et Sulpice Sévère (sans fournir toutefois de tableaux reconstituant l'ensemble de cette correspondance) ; S. M. accepte (p. 459) la chronologie de T. D. Barnes, pour dater la mort de Martin de Tours en 401/402 et non en 397, ce qui est très discutable (on se reportera à la notice Martinus de la PCBE Gaule rédigée par L. Pietri) ; on notera une bonne étude des échanges de livres entre Paulin et Augustin prouvant le rôle du Nolanum dans la diffusion des œuvres d'Augustin (p. 473-485).

La quatrième partie intitulée "Le moine et la société" (p. 489-602) débute par les relations maintenues par l'ascète de Nole avec la "haute société" à Rome, Milan et Ravenne et permet de définir ce qu'est l'amitié idéale, l'unanimitas entre Paulin et ses correspondants (p. 492, note 18). Une présentation des séjours de Paulin à Rome indique comment l'ascète de Nole entre en contact avec les élites chrétiennes (p. 497) ; S. M. insiste sur les rapports privilégiés de Paulin avec Anastase I, ce qui contraste avec la superba discretio de Sirice ; elle montre le rôle essentiel qu'a gardé Paulin au sein de l'Empire comme le prouve la lettre de Galla Placidia qui le convoque à une réunion d'évêques italiens qui devaient décider à Ravenne lequel des deux prétendants à la succession de Zosime, Boniface ou Eulalius, était le pape légitime. En fait, on aurait pu se demander si le maintien des relations de Paulin avec le pouvoir impérial ne s'explique pas par les liens étroits de sa famille et de ses amis avec Théodose dont il a composé le Panégyrique. Les rapports entre Paulin et les autres évêques sont bien analysés, en particulier les éventuels liens de parenté avec Aemilius de Bénévent. L'auteur réfute avec raison certaines hypothèses erronées Signalons toutefois qu'il convient d'ajouter à la note 26 de la page 522 la notice Iulianus 9 de la PCBE 2. Une liste des hôtes illustres reçus à Nole prouve que le Nolanum est devenu l'un des centres les plus prestigieux de la chrétienté : "multis enim notissima est sanctitas loci" (p. 547-590).

En conclusion, S. M. montre comment cet aristocrate est passé de l'état de terrenus à caelestis homo. Le livre s'achève par une série de cinq annexes : le premier concerne l'image e l'ascèse et de la conversion établie à partir de dix références de textes de Paulin, de douze de ses correspondants et de sept témoignages postérieurs. Le second dresse une liste des messagers de Paulin classés par correspondants suivant la terminologie employée. Le troisième présente une courte prosopographie des correspondants, d'abord des destinataires des lettres, puis des personnages avec lesquels Paulin entre indirectement en contact : on notera (p. 165) l'hypothèse d'une origine espagnole et non africaine pour Flora la mère de Cynegius. Le quatrième fournit deux études chronologiques, la première concernant Paulin et ses amis à Rome, la seconde les visites à Nole. Le cinquième est une traduction commentée de l'epistula imperatoria à Paulin (Coll. Auell. 25, CSEL 35, 1, p. 71-72). Cette étude est complétée par une présentation détaillée des sources et de leurs traductions et par une bibliographie divisée en plusieurs rubriques : des ouvrages généraux sur l'Empire et ses provinces, des études prosopographiques (notons que p. 661, il convient de supprimer la référence à Desmulliez, La Campanie chrétienne, 1982, car cette thèse est désormais publiée dans le cadre de la PCBE 2, Italie ; par contre il aurait été plus judicieux de citer la thèse d'Etat de J. Desmulliez, La christianisation de la Campanie des origines à 604, soutenue à Paris en 1997 dans laquelle une des cinq parties est consacrée à Paulin de Nole et à ses correspondants), une liste très intéressante des nouvelles bibliographies et des nouveaux articles sur Paulin et enfin la "littérature spéciale" où l'on trouvera la mention des ouvrages récents sur Paulin. L'ouvrage s'achève par deux indices très complets : un index locorum et un index nominum et rerum.

On regrettera simplement le manque de tableau avec les dates des différentes lettres échangées par destinataires et la reconstitution de la correspondance perdue. Les dates proposées ne sont pas toujours justifiées. Le plan aurait pu être plus structuré : il y a quelques répétitions. Une étude plus approfondie de l'unanimitas aurait permis d'insister sur la volonté de Paulin de s'identifier à son correspondant. Enfin, il convient de noter que les notices prosopographiques des personnages gaulois sont en cours de rédaction dans le cadre de la PCBE Gaule sous la direction de L. Pietri. Ces quelques remarques n'enlèvent rien à la qualité de ce livre qui est l'un des meilleurs ouvrages sur les aspects sociaux de la correspondance de Paulin de Nole.

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