Paulinus noster Self and symbols in the Letters of Paulinus of Nola

Catherine Conybeare

Oxford University Press, 2000
186 pages
ISBN : 0-19-924072-8

Compte rendu par Janine Desmulliez

Professeur d'histoire du christianisme à l'Université Charles de Gaulle, Lille 3. Auteur d'une thèse de doctorat d'état consacrée à La christianisation de la Campanie des origines à 604 (Paris, 1997), elle a publié de nombreuses études sur Paulin de Nole. Dans le cadre de l'atelier Paulin de Nole du centre HALMA (UMR 8142 , CNRS , Lille 3, MCC), elle prépare en collaboration avec d'autres chercheurs une traduction française des lettres de Paulin de Nole à ses correspondants gaulois.

Ce petit ouvrage porte sur l'étude des lettres de Paulin de Nole, comme le sous-titre l'indique et offre à travers cette correspondance une analyse nouvelle et originale de la question de la présence ou de l'absence des êtres en relations épistolaires. Il comporte une préface, une liste d'abréviations, une introduction de dix-neuf pages, six chapitres suivis d'un Appendice, de la bibliographie et des indices.

Dans l'introduction (p. 1-18), l'auteur rappelle que la "conuersio" de Paulin reste l'exemple par excellence de la conversion de l'aristocratie à l'ascétisme chrétien : C .C. fournit en quelques pages un résumé de la vie de Paulin et des contacts de l'ascète de Nole avec ses correspondants ; elle présente l'image traditionnelle de cet exemplum véhiculé par l'historiographie traditionnelle et s'appuie avec raison sur la thèse de Trout qui s'oppose à la position de Momigliano (p. 10). En tout cas, le but affirmé par l'auteur pour marquer son originalité par rapport aux études existantes est d'étudier la "spiritualisation de l'expérience" (p. 11). La clé de lecture proposée par C.C. repose sur la conception christocentrique de la théologie de Paulin. On regrettera simplement le manque de discussion sur la chronologie de la vie et sur les dates des œuvres. L'auteur suit, peut-être avec raison, la chronologie de Trout mais ne justifie pas son choix (en particulier p. 5, note 26). Il manque un tableau chronologique des lettres de Paulin qui ont été conservées.

- Le chapitre premier intitulé " Ipsae litterae ", (p. 18-40) étudie la nature des lettres et leur contenu en insistant sur les modèles classiques repris dans cette correspondance. L'auteur montre que de nombreux lieux communs épistolaires païens sont utilisés par Paulin : lettre considérée comme un officium, échanges accompagnés de présents, brieuitas, etc. Notons toutefois que la brieuitas n'est pas toujours respectée par Paulin, comme le prouvent ses échanges de lettres avec Delphin de Bordeaux et avec son ami Sulpice Sévère : la lettre 23 par exemple est un traité qui occupe quarante quatre pages dans l'édition Hartel (CSEL 29). De plus, C. C. analyse avec justesse la valeur symbolique revêtue par ce processus d'échanges : le pain d'eulogie envoyé à ses correspondants dès son installation à Nole en est un bon témoignage. L'auteur insiste à juste titre sur le rôle des porteurs qui appartiennent à la même communauté spirituelle que l'auteur et le destinataire de la lettre. Le "courrier" est en quelque sorte une deuxième lettre (p. 39).

- Le second chapitre (p. 41-59) qui a pour titre "Sacramentaria epistularia" étudie la lettre comprise comme "sacrement". En effet, elle n'est pas destinée uniquement au correspondant, mais constitue un document pour l'ensemble de la communauté chrétienne. Les informations sont parfois complétées oralement par le messager. La lettre a pour but, selon l'auteur, d'aider le lecteur à atteindre la perfection spirituelle.

- Le troisième chapitre (p. 60-90) intitulé "Amicitia et caritas Christi" rappelle que la relation épistolaire est essentielle dans l'amitié chrétienne. C.C. affirme très justement que la lettre n'est pas seulement comme chez les païens un substitut de la présence, mais une partie constitutive de l'expression de l'amitié. Les chrétiens sont les membra Christi liés entre eux par la caritas. De ce fait, le contact épistolaire arrive à être supérieur à la présence physique de l'ami. On trouvera dans ce chapitre une excellente étude de l'amitié chrétienne fondée sur les notions d'unanimitas et de caritas Christi.

- Dans le quatrième chapitre (p. 91-110) "Imago terrena and imago caelestis" C.C étudie le rôle du langage figuré dans la poésie de Paulin et affirme avec raison que le but des descriptions matérielles est spirituel. Elle développe l'exemple des descriptions des édifices de Nole qu'elle justifie comme une figura de la charité unissant Paulin et Sulpice Sévère. On peut désormais renvoyer sur ce sujet à la thèse de G. Herbert de la Portbarré-Viard : Descriptions monumentales et discours sur l'édification dans l'œuvre de Paulin : Le regard et la lumière dans la lettre 32 et les carmina 27 et 28.

- Dans le cinquième chapitre (p.111-130) "Imagines intextae" C.C . propose une excellente analyse des chaînes de juxtapositions d'images qui permettent de passer du littéral au spirituel.

- Dans le sixième chapitre (p. 131-160) "Homo interior", l'auteur parle de l'identité personnelle, du " moi " chrétien, en communion avec d'autres " moi ". Les correspondants et le porteur qui sont les membra Christi, cherchent à atteindre la ressemblance avec le Christ. Il y a alors une " interpénétration des moi " rendue possible par le biais de la communauté dans le Christ. On pourrait pousser encore plus loin cette analyse en affirmant que dans ses relations épistolaires Paulin veut s'identifier à son correspondant, ce qui constitue, selon moi, une des clés essentielles pour la lecture de sa correspondance et explique certaines contradictions.

- Cet ouvrage propose en appendice un petit chapitre (p.161-165) portant sur le contenu des manuscrits utilisés par Hartel, l'éditeur du CSEL qu'il aurait été plus logique de placer dans l'introduction, suivie d'une présentation chronologique d'une seule page qui s'appuie sur Trout (p. 164). Il est complété par une bibliographie sélective dans laquelle on regrettera quelques oublis, en particulier celui de K. Thraede, Grundzüge griechisch-römischer Brieftopik, Zetemata 48, Munich 1970 qui analyse de manière remarquable la topique païenne dans la correspondance de Paulin, et par deux indices très utiles (index général et index locorum).

Bref, C.C. nous livre un excellent petit ouvrage qui nous plonge dans l'intimité de Paulin par diverses approches ; notons que l'utilisation des textes est remarquable. Il nous permet de mieux appréhender la conception de l'amitié chrétienne chez Paulin. Il innove par sa fine analyse du message théologique christocentrique chez l'ascète de Nole et ouvre de nouvelles pistes de recherche, en particulier sur l'identification de Paulin avec ses correspondants.

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