Ausone et Paulin de Nole Correspondance

David Amherdt

Introd., texte latin, traduction et notes
Peter Lang, 2004
(Sapheneia, Beiträge zur Klassischen Philologie ; 9)
VII, 247 p.
ISBN : 3-03910-247-8

Compte rendu par Janine Desmulliez

Professeur d'histoire du christianisme à l'Université Charles de Gaulle, Lille 3. Auteur d'une thèse de doctorat d'état consacrée à La christianisation de la Campanie des origines à 604 (Paris, 1997), elle a publié de nombreuses études sur Paulin de Nole. Dans le cadre de l'atelier Paulin de Nole du centre HALMA (UMR 8142 , CNRS , Lille 3, MCC), elle prépare en collaboration avec d'autres chercheurs une traduction française des lettres de Paulin de Nole à ses correspondants gaulois.

Cet ouvrage présente les relations épistolaires entre le gaulois Ausone et Paulin, futur évêque de Nole qui fut son élève à Bordeaux. Cette correspondance est un document d'une importance exceptionnelle tant sur le plan de l'histoire de la société aristocratique de l'Antiquité Tardive (vie de grands propriétaires, réaction d'Ausone à la conuersio de Paulin) que sur le plan littéraire (abandon de la poésie profane par Paulin, conception de l'amitié épistolaire).

L'auteur présente une introduction divisée en cinq points (pages 1-36) :

Le premier présente l'ouvrage : une correspondance qui se divise en deux groupes (quatre lettres adressées par Ausone à Paulin avant sa conversio; trois lettres d'Ausone qui reproche à Paulin son changement de vie et deux poèmes de Paulin qui explique les motifs de sa conversion); l'auteur dresse un rapide bilan de la recherche ausonienne et paulinienne de ces dix dernières années. Le lecteur trouvera une bibliographie récente en particulier l'ouvrage de A. Coskun, Die Gens Ausonia (2002) et ceux de D. E. Trout, C. Conybeare, S. Mratschek (2002).

- Le second donne un court résumé de la vie d'Ausone que l'auteur cite sous le nom de Decimus Magnus Ausonius alors que la PLRE 1 retient Decimius Magnus Ausonius 7 du nom de son fils Decimius Hesperius. Parmi les ouvrages en français, on aurait pu citer la notice D. Magnus Ausonius p. 307-352 du tome V de la Nouvelle Histoire de la Littérature latine.

- Le troisième débute par un résumé de la vie de Paulin. L'auteur ne cite pas dans ses notes la notice Meropius Pontius Paulinus 1 rédigée par J. Desmulliez dans la PCBE 2 (qui présente toutes les sources sur Paulin de Nole) alors qu'elle est mentionnée dans la bibliographie générale. Il fait une simple allusion à cette prosopographie (p.16). On s'étonnera aussi de la non distinction entre carmen et epist. dans la note 1 de la page 13 (la lettre 10 est adressée à Delphin de Bordeaux et ne doit pas être confondue avec le poème 10). De plus certains faits ne sont pas toujours justifiés : par exemple, rien ne prouve dans les sources que Paulin ait exercé la profession d'avocat, ce qui est affirmé par l'auteur p. 14 ; la mort du frère de Paulin ne peut être placée avant 389 puisque dans la lettre de condoléances envoyée par Delphin après 389, il est dit que l'évêque de Bordeaux est le père spirituel de Paulin de Nole, et que c'est lui qui a administré le baptême au frère de Paulin (Ep. 35, CSEL 29, p. 312, lignes 20-21). Nous pensons qu'il faut déplacer cet événement en 393. De plus l'hypothèse de Coskun concernant l'assassinat du frère de Paulin et l'implication de Paulin menacé d'exécution n'est pas nouvelle: elle avait déjà été présentée par U. M. Moricca dans la revue Didaskaleion de 1926 et ne repose sur rien de fiable. D. Amherdt reprend dans sa présentation la chronologie traditionnelle de Fabre suivie par Trout, Mratschek (ordination presbytérale à Barcelone en décembre 394) sans expliquer pourquoi il rejette la date de 393 retenue par Perler, Desmulliez, Perrin, Piscitelli Carpino. Il affirme uniquement que "les dates de la vie de Paulin sont sujettes à caution". On ne peut accepter les conclusions du chapitre de l'ouvrage de Coskun, "Die Bekehrung des Paulinus von Nola" qui, selon l'auteur, jette une lumière novatrice et originale sur la conversion de Paulin : aucune source ne permet de placer en 391 le baptême de Paulin après la mort de son frère. Coskun n'a pas dû lire avec attention la lettre 35 de Delphin à Paulin qui évoque le baptême de Paulin, celui de son frère et la mort de ce dernier. De pus il semble d'après la lettre 24, 118 que le frère de Paulin est encore vivant en 393, lorsque Ausone imagine le retour de son ami traversant les propriétés de son frère à Preignac. Par contre l'analyse des œuvres et de la langue de Paulin est très pertinente, l'auteur démontrant très justement l'influence de la tradition classique et post-classique dans les deux poèmes du nouveau converti ; mais la présentation des destinataires des lettres est très rapide et incomplète par exemple on aurait aimé retrouver les trois références des lettres de Jérôme à Paulin (lettres 53, 58, 85) même si cela n'est pas le sujet de l'ouvrage. Le Schanz énoncé page 18 est désormais remplacé par la Nouvelle Histoire de la Littérature latine.

- Le quatrième point de l'introduction présente la correspondance proprement dite (p. 18-30) et la division des lettres en deux groupes distincts avant et après la conversion. On trouvera un excellent tableau de synthèse (p. 20-21) qui amène l'auteur à placer l'ordination de Paulin en 394. Janine Desmulliez dans sa thèse de 1997 sur la christianisation de la Campanie des origines à 604 a présenté sous forme d'hypothèse le même schéma mais avec une chronologie différente que l'on peut justifier ainsi : en effet, dans le carmen 10, vers 1-8, Paulin rappelle que "quatre fois l'été est reparu (389,390, 391, 392) et je n'ai pas eu un seul écrit, puis j'ai reçu trois lettres à la fois ". La reconstitution proposée par J. Desmulliez est donc la suivante : au cours de l'été 389, Paulin quitte l'Aquitaine pour l'Espagne ; Ausone envoie à Paulin une première lettre perdue. L'année suivante en 390, une seconde lettre (ep. 22 = ep.23 MGH) est envoyée par Ausone et reçue par Paulin en 392 ; en 391 une troisième lettre d'Ausone perdue a été également reçue par Paulin avec la quarta epistula ou quatrième lettre (ep. 21 = ep. 24 MGH). Paulin répond à cet ensemble par le carmen 10 dans lequel il évoque au vers 103 le fait que Paulin a abandonné depuis bientôt trois années les terres paternelles (tota treteride), fin été 389-été 392. Si l'on date de 393, le carmen 10, comme le propose D. Amherdt, cela ferait quatre ans que Paulin aurait quitté la Gaule et non trois comme le suggère le texte. C'est pourquoi nous maintenons la date de 392 pour cette quatrième lettre d'Ausone et pour la réponse de Paulin. On trouvera toutefois un excellent développement sur les deux versions courte ou longue des lettres 23, 24= 25 MGH. En plein accord avec l'auteur nous pensons que le carmen 11 de Paulin est une réponse à la version longue de cette lettre. Nous le datons de 393 et non de 394. L'analyse du "choc des deux mondes" est excellente ; l'auteur montre que c'est pour des motifs religieux que Paulin a changé de vie, ce que Ausone sait ; mais ce dernier place le débat sur un autre plan reprochant à son ami d'avoir trahi les valeurs sociales de l'aristocratie gallo-romaine. Suit une réflexion très pertinente sur le christianisme d'Ausone : l'auteur reprend l'analyse de Skeb qui refuse d'employer les épithètes "païen" ou "chrétien" qu'il juge impropres et présente celle de Coskun qui fait d'Ausone le défenseur d'une branche modérée du christianisme. La dernière partie de cette présentation de la correspondance concerne les lieux communs épistolaires (p. 18-30) où l'auteur montre avec raison que l'échange épistolaire est une activité nécessaire qui nourrit l'amitié. Faire exister la relation, tels sont les devoirs (officia des correspondants).

- Le cinquième point concerne les éditions de textes et les diverses traductions, avec p. 32 une concordance des principales éditions de textes d'Ausone. Le texte de référence est celui de Green avec quelques corrections (p. 34-35).

De la page 37à 211, on trouvera ce qui constitue l'essentiel de cette publication, le texte latin, la traduction française placée en regard et les notes explicatives des sept lettres d'Ausone et des deux carmina de Paulin de Nole. Nous disposons désormais d'une excellente traduction française de l'ensemble de cette correspondance avec un commentaire historique et philologique. Je ne m'attarderai pas sur quelques détails discutables, par exemple dans l'ep. 21, la note 52 p. 117 peut être commentée différemment. Ausone s'angoisse à l'idée que Paulin puisse suivre des sectateurs de Priscillien, ce que l'auteur n'évoque pas ; en effet, dans le carmen 10, p. 147-153 Paulin répond à Ausone en expliquant qu'il n'a pas perdu la raison, que ce n'est pas son épouse devenue sa soror qui est responsable de son changement de vie et qu'il n'habite pas des lieux déserts, reproches faits aux priscillianistes. Ausone se place donc aussi sur le plan religieux. Une bibliographie bien structurée (p. 213-222) et quatre indices (p. 223-247) complètent cet ouvrage qui est désormais le livre de référence indispensable pour l'étude de la correspondance entre Ausone et Paulin de Nole.

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