Housing and City organization at Olynthus

Nicholas Cahill

Yale university press, 2002
Danish institute at Athens, 2001

Compte rendu par Markus Kohl

HALMA - UMR 8142 (CNRS, Lille 3, MCC)

Les fouilles menées à Olynthe à la fin des années 1920 et au début des années 1930, dont les résultats ont été rapidement publiés dans la belle série des Excavations at Olynthus dans laquelle, par coutume, le mobilier est séparé de l'immobilier, ont livré une quantité de données archéologiques que N.C. tente ici de remettre dans leur contexte spatial et fonctionnel. À cet effet, il a repris les carnets de fouilles et les publications en essayant de restituer le mobilier dans son contexte stratigraphique et dans sa pièce d'origine à l'intérieur de chaque maison. Sur cette base, il a entrepris d'analyser l'association des objets entre eux pour tenter d'établir la fonction prédominante de l'espace domestique. En dépit de quelques incertitudes dans l'attribution spatiale des objets, et malgré quelques lacunes dans l'observation et l'enregistrement au cours des fouilles, la démarche est probante. Il s'agit d'une tentative heureuse qui a le mérite de montrer que la division souvent avancée - et encore très récemment - entre un espace féminin et un espace masculin ne trouve ici pas de confirmation archéologique. Il est en revanche davantage possible de pointer les affinités qu'entretiennent les maisonnées avec des activités de production et de consommation différentes. Ainsi, les unes se caractérisent par des activités agricoles avec un stockage à long terme, les autres par de l'artisanat de types variés et par la vente des produits, ce qui implique un stockage à plus court terme, lié vraisemblablement à l'achat des vivres sinon au quotidien du moins en quantité moyenne.

L'auteur ne résume pas son ouvrage à l'étude spatiale de l'intérieur de chaque maison, mais il étend également le champ de son analyse pour évaluer la situation de chaque maison dans le tissu urbain, social et économique de la cité d'Olynthe. La diversité des plans et affectations des édifices sur le seul secteur fouillé est très grande. N.C. tire des conclusions sur la production agricole extra-urbaine, il omet cependant l'élevage d'animaux et leur transformation en produits artisanaux et alimentaires, malgré l'évocation d'os proches de foyers dans les maisons et de squelettes entiers de veau, de vache et de cheval dans des cours ou des rues. Il suppose une exploitation potagère des jardins se situant dans la ville au quartier des villae. L'auteur localise dans la ville la transformation de produits agricoles par des meuniers et boulangers, sur des presses d'olives et / ou de vin et signale la pêche et l'artisanat textile, la taille de la pierre ainsi que la coroplathie. L'artisanat du métal est curieusement restreint à la seule fabrication d'armes, de monnaies ou de fausses monnaies. Il est fort probable que les observations faites au cours des fouilles sont ici plus lacunaires que pour d'autres domaines de production, si l'on considère le nombre de culots de forges encore visibles sur le site. N.C. repère des lieux de commerce et une maison d'association ou une hôtellerie. Ces divergences d'utilisation des maisons coexistent en un même voisinage ; en effet, il ne semble pas y avoir eu à Olynthe de séparation entre un quartier riche et un quartier pauvre. Les actes de vente retrouvés dans quelques demeures indiquent que celles qui sont les plus richement ornées ne sont pas forcément les plus onéreuses.

Même si nous ne pouvons pas suivre l'auteur dans toutes ses conclusions, en particulier en raison du déséquilibre numérique des habitations dégagées dans le secteur de la colline Nord et dans le quartier de villae - ce qui rend ses interprétations trop poussées -, nous disposons enfin d'une publication qui rompt avec l'interprétation stéréotypée qui ne s'appuyait jusqu'alors que sur un plan type présupposé des maisons. Cette publication apporte un aspect humain dans les demeures d'Olynthe et insuffle la vie à l'étude urbanistique. Avec cet ouvrage devrait s'achever la vision d'une maison type et la théorie de l'isonomie octroyée, celle des maisons toutes identiques et préfabriquées. Ainsi disparaît l'idée d'une démocratie dictatoriale promulguée par quelques architectes-archéologues. Il reste à espérer que cette approche sera affinée et complétée, elle livre tout au moins un canevas pour des problématiques à prendre en compte dans des fouilles à venir.

Dommage que la base de données SIG promise dans la publication et sur internet (www.stoa.org/olynthus) ne soit pas encore entièrement disponible et qu'elle soit restée à l'état du 25 avril 2002.

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