Foundation and destruction, Nikopolis and Northwestern Greece : the archaeological evidence for the city destructions, the foundation of Nikopolis and the synoecism

edited by Jacob Isager

(Monographs of the Danish Institute at Athens ; 3)
Danish institute at Athens, 2001

Compte rendu par Marie-Pierre Dausse

Université de haute Alsace, U.M.R. 7044

Tandis que les archéologues anglais continuent leurs investigations sur l'Epire préhistorique (1), que pour les périodes classique et hellénistique les travaux de N.G.L.Hammond, S.I.Dakaris et P.Cabanes (2) font référence, ce volume vient apporter des éléments nouveaux sur l'Epire romaine, marquée par la fondation de Nicopolis. En 1984 se tenait le premier symposium de Nicopolis (3) qui relançait les recherches sur l'Epire romaine. A partir de 1991, une équipe gréco-américaine (4) parcourt le sud de l'Epire et les fouilles reprennent à Nicopolis. Le colloque organisé par l'Institut danois à Athènes en mars 1999, dont les actes sont publiés aujourd'hui sous le titre Foundation and Destruction : Nikopolis and Northwestern Greece. The archaeological evidence for the city destructions, the foundation of Nikopolis and the synoecism se propose de dresser un premier bilan, pour un espace qui dépasse donc le cadre épirote.

J.Isager le rappelle dans son introduction : il s'agit de "donner une image aussi nuancée que possible d'un processus complexe de transformation qui touche le nord-ouest de la Grèce à l'époque romaine" (5). En d'autres termes, examiner les conséquences de la fondation de Nicopolis sur les populations et les espaces environnants, tenter de mieux cerner le visage de cette Grèce du nord-ouest avant et après la fondation de Nicopolis, à partir des traces archéologiques qui attestent de destructions ou de constructions dans les cités ou encore de réorganisations des territoires. Car, à la différence de Patras où s'installe une colonie romaine dans une ville grecque déjà existante, Nicopolis est une création née d'un transfert de populations, le résultat du synécisme de cités grecques d'Epire, d'Acarnanie, d'Etolie, forcées par les Romains à venir s'installer sur la côte septentrionale du golfe d'Ambracie. Les anciens territoires sont-ils systématiquement abandonnés ? Comment s'effectue la redistribution des nouvelles terres ? Quels liens se nouent entre ces cités grecques et Nicopolis ? Autant de questionnements auxquels ce volume tente d'apporter des éléments de réponse, se plaçant dans les perspectives ouvertes par les travaux de S.E.Alcock (6). Le tableau présenté par Strabon dans son livre VII constitue le point de départ obligé de cet examen. Si J.Isager revient sur l'image de désolation présentée par Strabon (7), les découvertes archéologiques montrent combien elle doit être nuancée.

Pour mieux cerner le processus de romanisation, une quinzaine de communications s'interroge sur les signes possibles de changements, de destructions ou, à l'inverse, de continuité de l'occupation, à travers un large tour d'horizon qui va de l'Acarnanie à Bouthrotos en passant par Leucade et l'Epire. Bien avant la fondation de Nicopolis, la présence romaine est attestée. Cassopé, Ammotopos, Gardiki ou Kastritsa portent les marques du passage des armées de Paul-Emile en 167 avant J.C. E.L.Schwandner (8) a relevé a Cassopé des traces de destructions dans le katogéion et dans le prytanée (9). Et dès le 1er siècle avant J.C., de riches propriétaires romains s'installent en Grèce du nord, notamment dans les zones côtières. V.Karatzeni rappelle l'exemple de Titus Pomponius Atticus dans les environs de Bouthrotos ou encore de la villa découverte à Strongyli (10) ; tout comme à Leucade, où G.Pliakou (11) constate l'installation de fermiers romains à l'extérieur des murs et à proximité de la mer. Mais le véritable changement se place après la fondation de Nicopolis et se traduit d'abord par une série de constructions. La plus symbolique d'entre-elles est étudiée par K.Zachos (12). Il s'agit du monument commémoratif de la bataille d'Actium, situé sur les hauteurs de Michalitsi, là où Octave avait établi son campement. Au sud-est de Nicopolis, c'est toute la péninsule d'Agios Thomas (13) qui semble avoir subi de profonds changements : traces de centuriation sur tout le territoire, implantation du port d'Ormos Vathy et d'une ville de plus de seize hectares. Toujours sur la côte septentrionale du golfe d'Ambracie, I.Katsadima et A.Angeli se penchent sur les imposantes maisons de propriétaires (14) de Riza et d'Agia Pelagia. Elles avancent l'hypothèse de l'existence d'une élite grecque, influencée par "les modes romaines", qui partagerait son temps entre sa résidence permanente de Nicopolis et sa villa et ses domaines dans la campagne environnante.

Ces changements autour de Nicopolis se traduisent-ils par un abandon systématique des terres à l'intérieur des territoires ? La réponse est claire pour Cassopé par exemple, où l'on constate bien un abandon du site (15). Les populations ont été transférées et ont d'ailleurs emporté avec elles leurs cultes et leurs statues cultuelles (16) ; de même à Chalcis en Etolie, où aucune trace d'occupation de l'époque romaine n'a pu être relevée (17). Ailleurs, il s'agit plus de modifications dans l'occupation des territoires. En Epire, comme le suggère V.Karatzeni (18), les populations semblent avoir quitté les hauteurs et s'être déplacées dans les plaines ou les bassins. Dans la plaine d'Arta ou encore dans le bassin de Konitsa, on trouve des villages non-fortifiés de l'époque romaine. En Acarnanie, la partie nord du territoire de Stratos est désertée et la plaine préférée (19). Quelquefois enfin, il y a bien eu continuité de l'occupation. A Leucade par exemple, la cité n'est pas désertée et la production agricole continue, même si elle semble avoir été contrôlée par de riches propriétaires romains. G.Pliakou suppose que la situation stratégique de l'île explique qu'elle n'ait pas été abandonnée après la fondation de Nicopolis (20). Les prospections menées dans les environs de Castri, dans la vallée de l'Achéron, ne semblent pas indiquer de signe de désertification. De nouveaux sites ont été recensés et ce n'est qu'à partir du VIe siècle qu'il semble y avoir eu une baisse de la population (21).

Le tableau proposé reste donc très nuancé et il ne s'agit que des premiers éléments de réflexion. Les recherches sont en cours et le deuxième symposium de Nicopolis, prévu pour septembre 2002, devrait apporter de nouveaux matériaux. On remarquera en tout cas la place importante accordée dans ce volume à l'apport de prospections sur le terrain, avec près de la moitié des communications. Tandis que les Danois ont choisi d'explorer l'Etolie (22), le "Nicopolis project" est présent en Epire du sud depuis une dizaine d'années maintenant. Une équipe gréco-allemande (23) parcourt l'Acarnanie, plus précisément les environs de Stratos où elle a pu recenser plus de deux cents sites dont elle tente ici d'établir une typologie. Ce colloque est aussi l'occasion de rappeler tout l'intérêt de ces approches et pour les équipes présentes en Grèce du nord-ouest de revenir sur leur demarche et d 'en présenter les resultats.

1) équipe menée par G.Bailey, qui a dirigé la publication en 1997 des deux volumes Excavation and intra-site analysis at Klithi et Klithi in its local and regional setting.

2) N.G.L.Hammond, Epirus : the geography, the ancient remains, the history and the topography of Epirus and adjacent areas, Oxford 1967 ; S.I.Dakaris, Cassopia and the Elean colonies, Athènes 1971 et Thesprotia, Athènes 1972 ; P.Cabanes, L'Epire, de la mort de Pyrrhos à la conquête romaine (272-167), Paris 1976.

3) Nicopolis I, 1er symposium international de Nicopolis, 23-29 septembre 1984, actes publiés à Prévéza en 1987.

4) menée conjointement par l'Ephorie de Jannina et le laboratoire de J.Wiseman de l'Université de Boston.

5) Introduction, p. 14.

6) S.E.Alcock, Graecia Capta : the landscapes of roman Greece, Cambridge 1993.

7) STRABON VII, 7 et J.Isager, "Eremia in Epirus and the foundation of Nikopolis. Models of civilization in Strabo", pp. 17-29.

8) E.L.Schwandner, "Kassopé, the city in whose territory Nikopolis was founded", pp. 109-117.

9) Mais les points de vue convergent pour dire que ces destructions de 167 ne marquent pas la fin de l'occupation de ces sites. Pour Cassopé, E.L.Schwandner note l'absence de destructions sur les maisons privées et l'article de K.Gravani ("Archaeological evidence from Cassopé. The local workshops of mould-made bowls", pp. 117-147) montre que s'il y a bien eu une baisse de la population après les événements de 167, dès 140 celle-ci se stabilise et la cité reste florissante jusqu'à la fondation de Nicopolis. Quant aux sites d'Ammotopos, Gardiki et Kastritsa, V.Karatzeni rappelle qu'ils continuent à être habités jusqu'à la fin du 1er siècle avant J.C. ("Epirus in the roman period", pp. 163-181).

10) V.Karatzeni, "Epirus in the roman period", pp. 163-181.

11) G.Pliakou, "Leukas in the roman period", pp. 147-163.

12) K.Zachos, "Excavations at the Actian Tropaeum at Nicopolis. A preliminary report", pp. 29-43, qu'il propose de dater de l'été 29 avt J.C.

13) J.Wiseman, "Landscape archaeology in the territory of Nicopolis", pp. 43-65 ; C.Stein, "In the shadow of Nicopolis : patterns of settlement on the Agios Thomas peninsula", pp. 65-79 ; M.G.Moore, "Roman and late antique pottery of southern Epirus. Some results of the Nicopolis project", pp. 79-91.

14) A.Angeli et I.Katsadima, "Riza and Agia Pelagia : two architectural assemblages of the roman era along the coast of southern Epirus", pp. 91-109. Elles datent ces maisons des Ier-IVe siècles ap. J.C., avec la présence de bains à Riza (IIIe) et d'un réservoir et d'un mausolée à Agia Pélagia.

15) cf note 9.

16) même phénomène observé par S.Houby-Nielsen en Etolie : les cultes d'Artémis Laphria et de Dionysos de Kalydon par exemple sont transférés à Patras ; références note suivante.

17) S.Houby-Nielsen, "Sacred landscapes of Aetolia and Achaia : synoecism process and non-urban sanctuaries", pp. 257-277. L'auteur pense que les populations étoliennes ont pu rejoindre Nicopolis ou Patras.

18) cf note 10. L'auteur considère que le IIIe siècle marquera un nouveau tournant important. Devant des incursions de plus en plus fréquentes et un sentiment d'insécurité croissant, les villas de la plaine sont abandonnées (à Strongyli par exemple), les fortifications de la période classique et hellénistique restaurées (à Rogous, Pandosia, Kastritsa) et de nouvelles sont même construites (à Nicopolis, Photiké, Konitsa).

19) F.Lang, "The dimensions of material topography", pp. 205-223.

20) cf note 11.

21) J.Wiseman, cf note 13.

22) dans le cadre du "danish Kato Vasiliki project in Aetolia".

23) dans le cadre du "Stratiké surface project".

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