Landscapes archaeology in southern Epirus, Greece Volume 1, The Nicopolis project

édités par J. Wiseman et K. Zachos

American school of classical studies at Athens, 2003
(suppl. Hespéria ; 32 )
xvii-292 p.,
ISBN : 0-87661-532-9

Compte rendu par Marie-Pierre Dausse

Université de haute Alsace, U.M.R. 7044

Les prospections se multiplient en pays grec et l'Epire manquait jusqu'à présent à l'appel. Le premier volume de la publication des résultats du Nikopolis Project vient combler cette lacune et s'inscrit dans une tradition désormais bien établie (1) dont plus personne ne conteste l'intérêt: celle des surveys. Ce projet, conduit par James Wiseman (2) en terre épirote, est le fruit d'un travail d'équipe et d'une collaboration fructueuse avec les autorités grecques. On retrouve en effet les signatures de C. Runnels, déjà connu par ses prospections en Argolide(3), ou encore de T. Tartaron qui vient de publier sa thèse sur l'Epire préhistorique(4). Les recherches sur le terrain, menées de 1991 à 1994, ont été conduites en étroite collaboration avec les Ephories grecques et avec le soutien de l'Ecole Américaine d'archéologie à Athènes et de l'Institut grec de géologie. Grecs et Américains sont associés dans cette publication qui se divise en sept chapitres.

Ce premier volume accorde une très large place à l'approche méthodologique choisie et à sa mise en pratique lors des différentes campagnes. J. Wiseman et K. Zachos reviennent tout d'abord sur l'historique de ce projet(5), lancé lors du Premier Symposium de Nicopolis en 1984. La région retenue couvre le sud de l'Epire et correspond à l'actuel nôme de Prévéza(6). C'est près de 1200km2 qui ont ainsi été parcourus pour tenter de mieux cerner les changements dans le paysage du sud de l'Epire de l'époque préhistorique à l'époque moderne et montrer comment cette discipline -«landscape archaeology»- peut permettre une meilleure compréhension des sociétés antiques. Diversité des paysages, absence de survey systématique, rôle de Nicopolis sont autant de raisons qui expliquent le choix de cette vaste région, connue aussi bien pour ses découvertes de l'époque préhistorique que pour son rôle à l'époque romaine. T. Tartaron détaille(7) ensuite les pratiques mises en oeuvre sur le terrain et les apports méthodologiques du Nicopolis project, rappelant notamment la place importante accordée aux investigations géomorphologiques menées dans la basse vallée de l'Acheron et dans le golfe d'Ambracie. Dans un premier temps, des zones susceptibles d'être explorées ont été définies, en fonction de critères topographiques(8) et historiques et de l'accessibilité des terrains(9). Dans un second, trois types d'approches ont été testés sur le terrain: le survey extensif non systématique, le survey extensif systématique(10) et le survey intensif(11). Il s'agissait dans les trois cas de recenser le plus grand nombre de sites, d'expliquer leur répartition, de tenter d'établir une chronologie, de mieux cerner leur fonction ou encore de montrer leur lien avec le contexte environnemental.

Les quatre contributions suivantes nous permettent de mieux apprécier les premiers résultats de cette enquête sur le terrain. Dans ce premier volume, ils concernent l'époque préhistorique et la géologie. C'est un bilan très complet que dresse tout d'abord C.N. Runnels et T.H. van Andel(12), à partir de leur reconnaissance d'une cinquantaine de sites paléolithiques et la collecte de 13 000 artefacts. La très grande majorité des sites est située sur la côte et appartient au Paléolithique moyen(13). Il s'agit de sites de plein air, localisés sur des sols riches, à proximité de points d'eau. Un des acquis importants de cette recherche est de montrer concrètement le lien entre les types de sols et le choix des sites, notamment comment les structures karstiques semblent avoir été privilégiées. Elle élargit aussi nos connaissances par rapport aux travaux fondateurs d'E.S. Higgs sur cette région. Au nombre des découvertes figure le site de Spilaion, qui fait l'objet d'un développement particulier(14) et illustre l'intérêt de prospections pour une meilleure compréhension de l'occupation des sites. L'analyse de la répartition du matériel trouvé permet en effet de déterminer des aires d'activités sur le site. Les deux dernières contributions sont des études géomorphologiques qui montrent l'apport de ce domaine aux sciences de l'Antiquité, dans une perspective proche de celle éprouvée par l'équipe d'Eric Fouache(15). Z. Jing et G. Rapp se sont penchés sur la côte nord du golfe d'Ambracie, dont ils ont étudié les changements depuis 10 000 ans(16). Bouchétion, identifié par Dakaris à Rogon, semble avoir bénéficié dans l'Antiquité d'une situation particulièrement avantageuse puisque cette place importante se situait alors sur une petite île à proximité de la côte. Au nombre des autres changements, ils s'arrêtent aussi sur les mouvements tectoniques qui ont agité la péninsule de Prévéza et la modification du cours du Louros, semble-t-il assez récente(17). Pour mieux comprendre les divergences entre les indications des auteurs anciens et les paysages actuels, M.R. Besonen, G. Rapp et Z. Jing ont exploré eux la basse vallée de l'Achéron(18). Ils confirment ici deux éléments importants: l'apparition tardive du lac Achérousian(19) et la modification du cours de l'Achéron au niveau de Kastri(20).

Les résultats sont accompagnés d'une série de cartes et de relevés comme il se doit pour ce type de publication. Ce volume montre tout l'intérêt de prospections et souligne combien fructueuses peuvent être les collaborations scientifiques sur le terrain. C'est avec impatience que nous attendons le second volume. Cet ensemble permettra de «rafraîchir» nos connaissances sur la partie méridionale de l'Epire, trente ans après les deux livres fondateurs de Dakaris(21).

(1)Cf. T.F. Tartaron, «The Archaeological Survey: sampling Strategies and Field Methods», p. 27.

(2)Center for archaeological Studies, Boston University. La plupart des participants appartiennent au département d'archéologie de cette Université. Rappelons, en outre, que James Wiseman n'est pas un novice en la matière puisqu'il est connu pour ses recherches sur le territoire de Stobi; cf. J. Wiseman (ed. ), Studies in the Antiquities of Stobi, trois volumes, Belgrade 1973-1975 et Skopje 1983 (volume 3, avec Blaga Aleksova).

(3)M.H. Jameson, C.N. Runnels and T.H. van Andel, A Greek Countryside: The Southern Argolid from Prehistory to the Present day, Stanford 1994.

(4)T.F. Tartaron, Bronze Age Landscape and society in Southern Epirus, Greece, BAR int. Series 1290, Oxford 2004.

(5)J. Wiseman and K. Zachos, «The Nikopolis Project: Concept, Aims and Organization», pp. 1-22.

(6)Avec, comme limites naturelles, le Louros à l'Est et l'Achéron au Nord.

(7)T.F. Tartaron, «The Archaeological Survey: Sampling Strategies and Field Methods», pp. 23-47.

(8)Cinq types de terrains ont été définis: «floodplain, coast, swamp/bay, foothills, high hills».

(9)T.F. Tartaron rappelle ici une des spécificités épirotes: des terrains souvent difficilement accessibles et une végétation luxuriante qui ne facilite pas la tâche pour ce type de travail. Il revient plusieurs fois sur cet aspect qui constitue la principale difficulté de ce survey.

(10)Un marcheur tous les 15 mètres.

(11)Un marcheur tous les 5 mètres.

(12)C.N. Runnels and T.H. van Andel, «The Early Stone Age of the Nomos of Preveza: Landscape and Settlement», pp. 47-135.

(13)p. 97.

(14)C.N. Runnels, E. Karimali and B.Cullen, «Early Upper Palaeolithic Spilaion: an Artifact-Rich Surface Site», pp. 135-147.

(15)E. Fouache, L'alluvionnement historique en Grèce occidentale et au Péloponnèse, Suppl. 35 B.C.H., Paris 1999. E. Fouache, C. Vella, L. Dimo, G. Gruda, M. Denefle, O.Monnier, M. Hotyat, E.Huth, «6000 ans d'évolution de la ligne de rivage sur le territoire d'Apollonia», L'Illyrie méridionale et l'Epire dans l'antiquité 4, actes du 4e colloque international, édités par P.Cabanes et J.L. Lamboley, Grenoble 10-12 octobre 2002, Paris 2004, pp. 241-261.

(16)Z. Jing and G. Rapp, «The Coastal Evolution of the Ambracian Embayment and its Relationship to Archaeological Settings», pp. 157-199.

(17) Survenue à l'époque médiévale alors que la plupart des phénomènes observés auraient eu lieu avant 7000 av. J.C.

(18)M.R. Besonen, G. Rapp and Z. Jing, «The lower Acheron River Valley: Ancient Accounts and the changing Landscape», pp. 199-265.

(19)Entre 800 et 400 av. J.C.

(20)Identifié par Dakaris avec l'antique Pandosia. Si l'Achéron passe aujourd'hui au sud du site, dans l'Antiquité il le contournait par le nord.

(21)S.I. Dakaris, Cassopia and the Elean colonies, Athènes 1971 et Thesprôtia, Athènes 1972.

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