Galien et la philosophie

Resp. de publication J. Barnes et J. Jouanna

Entretiens sur l'antiquité classique
de la Fondation Hardt ; XLIX
Vandoeuvres-Genève, 2003
VIII-369 p.
ISBN : 2-600-00749-O

Compte rendu par Jacques Boulogne

Professeur de littérature grecque (université Lille3) ; il vient en particulier d'éditer, avec Daniel Delattre : Galien, Systématisation de la médecine : texte nouveau et traduction annotée, précédés d'études introductives, Presses universitaires du Septentrion, 2003.

Ce tome des Entretiens de la Fondation Hardt, dont la qualité n'a rien à envier aux précédents, comble un vide de cette prestigieuse Collection, en réunissant 8 exposés, riches et éclairants, qui, préparés par Jonathan Barnes et Jacques Jouanna et suivis de discussions pertinentes auxquelles a participé Vincent Barras, font sensiblement progresser la compréhension de la pensée de Galien.

C'est ainsi que Jonathan Barnes ("Proofs and Syllogisms in Galen", p. 1-24) explicite ce que Galien entend par "preuve linéaire", et son apport théorique à la logique avec les syllogismes relationnels. R.J. Hankinson ("Causation in Galen", p. 31-66) éclaircit la notion de cause synectique chez Galien, en montrant qu'il opère une double distinction entre les causes premières, qui assurent la fonctionnement des organes et les causes secondes qui provoquent son altération, et, au sein même du processus causal, les causes concomitantes, qui coopèrent à son déroulement. Michael Frede ("Galen's Theology", p. 73-126) analyse l'agnosticisme de Galien, qui se traduit par une assimilation du démiurge à la nature, et sa conviction d'après laquelle, Asclépios devant son pouvoir de guérir à Dieu, vénérer sa divinité revient à honorer Dieu. Teun Tieleman ("Galen's Psychology", p. 131-169) met en évidence une évolution de la position de Galien sur la question de la nature de l'âme, laquelle, dans l'ouvrage de la vieillesse Les facultés de l'âme suivent les tempéraments du corps, finit par recevoir une définition d'inspiration péripatéticienne, la substance de l'âme se confondant avec la forme du corps et la forme du corps avec les mélanges des qualités élémentaires des trois organes principaux, le cerveau, le coeur et le foie. Daniela Manetti ("Galeno, la lingua di Ippocrate e il tempo", p. 171-220) explique, par comparaison avec les modèles concurrents de l'époque de Galien, en quoi pour ce dernier Hippocrate est aussi un grand écrivain, notamment en termes de clarté, de correction et de brièveté. Jacques Jouanna ("La notion de nature chez Galien", p. 229-262) analyse comment Galien emploie la notion de nature dans quatre sens différents, et comment il reconstruit un Hippocrate fondateur de la méthode qui remonte à la nature première des êtres, et concepteur d'une nature organisant et structurant le vivant. Véronique Boudon ("Art, science et conjecture chez Galien", p. 269-298) dépasse la contradiction apparente de deux définitions opposées de la médecine chez Galien, qui tantôt la range parmi les disciplines les plus nobles de l'esprit, tantôt la ravale au rang des arts les plus vulgaires, parce qu'elle est l'application d'un savoir général, donc d'une science, à des cas particuliers, par la médiation de la stochastique. Enfin, Gotthard Strohmaier ("Die Ethik Galens und ihre Rezeption in der Welt des Islams", p. 307-326) constate que les considérations d'ordre éthique développées par Galien ont suscité un grand intérêt dans la tradition arabe, au point de lui valoir une hagiographie et de contribuer à y définir un style de vie.

Un index rédigé par Lavinia Galli Milic (Galien, auteurs et textes anciens, auteurs arabes et syriaques, auteurs modernes, p. 331-369) parachève ce volume substantiel.

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