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Encyclopédie Saint Augustin
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«Pour tout savoir sur saint Augustin quel meilleur réceptacle que celui d'une encyclopédie» affirmait le regretté Serge Lancel dans la préface de l'édition française ; cette dernière élaborée sous la direction de Marie-Anne Vannier est plus qu'une traduction de l'édition américaine, en langue anglaise, publiée sous la direction d'Allan Fitzegerald sous le titre : Augustine through the Ages : An Encyclopedia (Grand Rapids, Michigan, Eerdmans, 1999) ; en effet, non seulement elle intègre les articles des deux traductions espagnole et italienne, mais elle en a introduit de nouveaux et en a revu d'autres. Elle a de plus mis à jour et adapté les bibliographies des articles pour un public francophone et introduit un cahier iconographique.
Cet ouvrage de 1489 pages est composé d'une
préface de Serge Lancel qui décrit cette encyclopédie
«comme une mosaïque, où chaque parcelle concourt à
l'élaboration d'une image globale de cette personnalité
si riche qu'est Augustin». Cette préface est suivie
d'un avertissement rédigé par Marie-Anne Vannier
qui présente les membres de la direction, du Comité Scientifique,
les 27 traducteurs pour l'édition française et les
quelques 150 contributeurs originaires du monde entier (Etats-Unis,
Japon, Australie, France, Angleterre, Espagne, Italie, etc
) p.
XIX-XXIX. Une liste très utile de toutes les uvres d'Augustin
classées par ordre alphabétique avec titre latin, titre
français, éditions latines, traductions françaises,
figure de la page XXI à XLIV. Suit une table des articles p.
XLV à LII qui témoignent de la diversité et de
la richesse de ce travail.
Le corps de l'ouvrage est constitué de 465 articles classés
par commodité par ordre alphabétique et composés
d'un texte, de liens et d'une bibliographie mise à
jour (par exemple, dans l'article intitulé Églises
d'Afrique du Nord est mentionné p. 513 l'ouvrage de
S. Lancel et P. Mattei, Pax et concordia : chrétiens des premiers
siècles en Algérie : IIIe - IV e s., paru en 2003).
Entre les pages 684 et 685 se trouve le catalogue iconographique présentant
le portrait le plus ancien d'Augustin, le cycle de San Gimignano
(épisode du jardin de Milan, baptême par Ambroise avec
son ami Alypius et son fils Adeodatus, la mort de Monique à Ostie,
Saint Augustin dans son bureau), six autres peintures dont deux de Boticcelli
représentant l'une Saint Augustin en train de prier et l'autre
en train d'étudier.
Il convient d'insister sur la richesse et la valeur scientifique
de cet ouvrage qui constitue une somme sur saint Augustin et permet
de trouver des informations diverses sur la vie, la pensée, les
uvres et l'influence d'Augustin. Tout essai de classification
reste artificiel, mais on pourra dégager à travers ces
articles quelques thèmes marquants.
On découvrira d'abord toute une série d'entrées sur la vie d'Augustin, ce jeune homme converti en quête d'une vie parfaite qui devient prêtre puis évêque de son Église d'Hippone ; sur ce thème, on renverra à l'article essentiel, vie, culture et controverses d'Augustin (p. 1462-1472) accompagné d'un tableau retraçant la chronologie de la vie d'Augustin (p. 1465-1467), auquel on ajoutera par exemple, Adéodat (p. 8-9), Monique (p. 975-977). Autour d'Augustin gravitent par exemple Nebridius, son ami d'enfance (p. 1000), mais aussi Ambroise de Milan (p. 13-17), Alypius de Thagaste (p. 12-13). On se référera aussi aux articles concernant les lieux liés à Augustin tels Thagaste, sa ville natale (p. 1401-1402), Madaure où il a reçu une partie de sa formation intellectuelle (p. 84-85), Ostie (p. 1062-1063), Hippone (p. 699-700), Carthage (p. 197-198), Cassiciacum (p. 198-199) etc D'autres entrées retracent les étapes de sa formation intellectuelle : Académiciens (p. 2-3), Manichéisme (p. 903-910), Néoplatonisme (p.1000-1006), Stoïciens (p. 1376-1382). Notons aussi quelques articles très importants tel celui intitulé conversion (p. 377-381) qui rappelle l'expérience personnelle d'Augustin, celui sur les influences classiques intitulé: impact de la pensée et de la culture de la Grèce et de Rome (p. 761-771) auquel on joindra ceux sur Cicéron (p. 236-240) ou Virgile (p. 1474-1476), celui sur les influences chrétiennes sur Augustin (p. 752-760) qui est divisé en plusieurs rubriques : jusqu'à sa conversion, le De doctina christiana, les auteurs chrétiens, à Thagaste (386-391), prêtre à Hippone (391-396), Augustin évêque (396-430) et ceux sur le clergé d'Afrique du Nord (p. 262-269).
Toutes les uvres d'Augustin sont répertoriées dans cette encyclopédie avec une entrée pour chacune d'entre elles ; on s'attardera sur les uvres majeures que sont les Confessions (p. 324-332), et la Cité de Dieu (p. 249-258) où sont étudiés après une excellente présentation de l'ouvrage, la critique de la pensée païenne, les deux cités, l'idéal moral d'Augustin, le problème de l'augustinisme politique. On s'arrêtera sur deux articles très utiles pour tous les chercheurs s'intéressant aux uvres d'Augustin, le premier concerne les lettres (epistulae) (p. 852-867) où se trouve un tableau de toutes les lettres y comprises les lettres «Divjak» avec leur numéro, la référence du texte latin dans le CSEL, les destinataires, une présentation des personnes et des controverses ; le second concerne les Sermons (p. 1323-1349) où sont présentés le cadre liturgique, l'homélie, le travail des sténographes et surtout une liste des Sermons dans lesquels sont indiquées les collections les éditions latines, le lieu et la date de leur lecture.
Ces uvres témoignent de l'engagement d'Augustin dans les débats de son temps qui secouent l'église d'Afrique ; on se référera aux articles Église d'Afrique du Nord de 312 à 430 (p. 504-513) qui est une synthèse magistrale sur le rôle qu'a joué Augustin lors du schisme donatiste, Église et état (p. 513-527) qui non seulement analyse les relations institutionnelles dont héritait Augustin, mais décrit la législation contre les donatistes, les manichéens et les pélagiens. En ce qui concerne le donatisme, on trouvera de nombreux articles qui donnent un état précis de la recherche sur cette question où s'affrontent diverses théories ; on renverra le lecteur aux articles Donat, Donatisme (p. 481-486), Circoncellions (p. 247-249), Hérésie, Schisme (p. 688-690), Conférence de 411 (p. 321-323), etc. Augustin a aussi pris position dans d'autres conflits, comme le prouvent ses uvres polémiques condamnant le manichéisme, l'arianisme, le priscillianisme et surtout le pélagianisme. On se reportera aux articles suivants : Contre Fauste le Manichéen (p. 350-352), Contre le discours des Ariens (p. 358-359), Contre les priscillianistes (p. 371-373) ; son opposition au pélagianisme est bien étudiée à travers toute une série d'articles parmi lesquels ceux de synthèse intitulés Pélage, pélagianisme (p. 1102-1113), uvres antipélagiennes (p. 1028-1038), Julien d'Eclane (p. 832-834), Contre Julien (p. 353-355), Péché originel (p. 1091-1102) thème sur lequel Augustin s'oppose aux pélagiens qui nient la transmission du péché originel, Grâce (p. 647-659) et Prédestination (p. 1171-1174) qui permettent d'analyser la pensée d'Augustin.
En effet le mérite de cette encyclopédie est
de présenter tous les aspects d'Augustin magister et d'insister
sur la pensée augustinienne. En ce qui concerne les pratiques
liturgiques, on renverra aux articles Liturgie eucharistique (p. 873-
879), baptême (p.135-146), pénitence (p. 1114-1123), etc.
La théologie d'Augustin est bien mise en valeur à
travers par exemple les articles suivants : Christologie (p. 224-232),
Jésus-Christ (p. 809-819), Dieu (p. 457-466), récits de
la Genèse sur la création (p. 1220-1224), la Trinité
(p. 1421-1431) qui synthétisent la pensée augustinienne
sur les thèmes majeurs du christianisme ; on pourra se référer
aussi aux articles âme (p. 19-27), ascension de l'âme
(p. 88-95), anges (p. 40-43), Incarnation (p. 737-739), Rédemption
(p. 1224-1228), etc.
Cette encyclopédie a voulu honorer tous les grands thèmes
de la pensée augustinienne qui seront repris au cours des siècles
ultérieurs. L'originalité de cette publication est
de faire découvrir l'influence d'Augustin jusqu'à
aujourd'hui. Ceux que Serge Lancel nomme «les partenaires
d'Augustin» n'ont pas été oubliés,
de Bède le Vénérable à Hannah Arendt, critiques
ou suiveurs s'interrogeant tous sur la philosophie augustinienne.
Dans ce domaine on se référera aux entrées Influences
d'Augustin de la Renaissance aux Lumières, en particulier
aux études sur la théologie protestante et la philosophie
cartésienne (p. 739-748) et Influence d'Augustin sur la
pensée politique contemporaine (p. 748-753) qui constituent une
synthèse, sans négliger pour autant les articles Bède
le Vénérable (p. 150-151), Adomnan (p. 8-10), Scot Erigène
Jean (p. 1305-1307), Bernard de Clairvaux (p. 171-173), Robert Grosseteste
(p.1259-1260), Gilles de Rome (p.644-646) qui concernent la période
médiévale, l'article Erasme (p. 531-535) pour la
Renaissance, les articles Martin Luther (p. 890-894) et surtout Jean
Calvin (p. 177-184) et le concile de Trente (p. 306-308) pour la Réforme
où il est affirmé avec raison «que les Réformateurs
étaient particulièrement d'accord avec Augustin et
livrèrent en son nom une vraie bataille en son nom au concile
de Trente» ; son influence sur le cartésianisme peut s'étudier
à partir de la présentation de Descartes (p. 438-441).
Son impact sur la pensée contemporaine peut s'analyser à
travers les articles Kierkegaard (p. 839-841), Adolf von Harnack (p.
682-685), Heidegger (p. 685-687), Karl Jaspers (p. 798-901) et Hanah
Arendt (1906-1975) juive allemande formée à l'école
de Jaspers et de Heidegger et qui considère Augustin comme «le
premier philosophe chrétien».
Bref ces exemples montrent la richesse et la diversité de cette encyclopédie. Certes on peut parfois s'interroger sur la pertinence de la présence de certains articles dans cette oeuvre; par exemple pourquoi avoir intégré Ausone (p. 119-120) qui n'a eu aucune relation avec Augustin? Il aurait peut-être fallu aussi dans certains cas justifier la chronologie choisie, en particulier pour les lettres d'Augustin à Paulin de Nole ; la lettre 45 étant postérieure à la lettre 42, on ne peut accepter la datation proposée à savoir automne 398 pour la 42 et début 398 pour la 45 ; à la page 700, on trouve Tagaste pour Thagaste qui est la graphie choisie ailleurs ; p. 699, macella étant un neutre, on ne peut écrire de telles macella ; d'autre part, une seule définition est donnée pour les circoncellions (p. 248) : «ceux qui rôdent autour des maisons», ce qui est incomplet, de plus on ne peut affirmer que les circoncellions «sont un groupe appartenant à l'église donatiste» même si ensuite on corrige en affirmant plus loin que la relation entre circoncellions et donatistes reste ambiguë : il convient de se reporter aux travaux plus récents de Claude Lepelley en particulier à son article sur les sénateurs donatistes paru en 2001.
Ces quelques remarques de détail n'enlèvent rien à la valeur scientifique de cette encyclopédie qui comble une lacune majeure ; tous les étudiants et les chercheurs qui s'intéressent à Augustin ont désormais à leur disposition un ouvrage qui leur donne toutes les informations sur Augustin, sa vie, sa pensée, son uvre, son influence et qui est indispensable pour toute étude sur ce maître à penser qui «a joué un rôle primordial dans la constitution des racines chrétiennes de l'Europe».
Bibliothèque des Sciences de l'Antiquité - Université Lille 3 - 59653 Villeneuve d'Ascq Cedex FRANCE