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Archilochos Heros The cult of poets in the Greek polisDiskin ClayHarvard university press, 2004 Compte rendu par Marie-Andrée ColbeauxMarie-Andrée Colbeaux appartient à l'UMR 8519 Savoirs et textes et est titulaire d'un doctorat consacré aux biographies d'Homère dans l'Antiquité. |
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Diskin Clay présente, sous le titre Archilochos Heros, un ouvrage précis et utile, rassemblant des nombreux documents, de différentes natures, sur le culte des poètes, sujet jusqu'alors délaissé puisque les ouvrages de référence consacrés à la question du culte héroïque passent sous silence les honneurs rendus aux poètes (1).
Le culte voué à Archiloque est d'autant plus intéressant qu'il présente le caractère exceptionnel d'honorer non seulement le poète mais aussi le guerrier. S'il occupe ainsi le cur de l'étude, cela est justifié par le fait que les traces les plus anciennes d'un tel culte, datant du VIème siècle avant J.-C., concernent ce poète. Diskin Clay réunit ainsi tous les documents attestant l'héroïsation d'Archiloque et le culte qui lui est rendu. La première partie, p. 9 à 39, expose les textes relatant ce culte. L'auteur y reprend l'étude complète des témoignages littéraires et épigraphiques. Après avoir rappelé les grandes lignes de ce que l'on connaît de la vie d'Archiloque, de son engagement militaire et de son rôle dans la colonisation de Paros, éléments mis en relation avec les poèmes dont nous disposons, Diskin Clay présente l'édition des textes épigraphiques maintenant connus comme l'inscription de Mnesiepes et celle du marbre de Paros attribuée à un certain Sosthènes, édition suivie de traductions et commentée. Cette étude permet d'aborder un certain nombre de récits biographiques se rapportant à Archiloque, mis en relation avec d'autres traditions de vies de poètes. Archiloque semble ainsi s'inscrire dans une constellation de représentations de poètes, dont D. Clay dévoile quelques liens.
La
deuxième partie, p. 40 à 62, présente le pendant
iconographique à ce premier temps de l'ouvrage. Reliefs,
vases et pièces de monnaie y sont présentés et
analysés de manière systématique et précise,
avec de nombreuses photographies à l'appui. L'intérêt
de ce détour est double : les documents iconographiques nous
informent non seulement sur la représentation que se faisaient
les Anciens du poète, mais aussi sur la réalité
du culte qu'ils lui vouaient. On voit, par exemple, Archiloque ressemblant
à l'image traditionnelle d'Homère ; ailleurs, il porte
une lyre, ce qui est à chaque fois interprété,
avec de nombreux parallèles s'appuyant souvent sur ce que nous
rapporta Pausanias.
La seule réserve concernera l'assimilation des différentes
sources comme documents, sans évaluer la part " inauthentique
" que peuvent avoir des textes littéraires. Il me semble
difficile, par exemple, de prendre au pied de la lettre certaines épigrammes
citées, p.101, dans la mesure où leur contexte de composition,
à la période hellénistique, présente un
niveau de sophistication trop important pour les lire sans défiance.
Peut-on davantage lire les vers d'Archiloque, p. 23-24, comme des témoignages
autobiographiques, sans imaginer tout le travail du poète sur
une poésie épique où l'individu, et, qui plus est,
la couardise, n'avaient pas de place.
Le
dernier temps de l'étude, p. 63 à 98, offre un élargissement
de la question à d'autres poètes. Pour montrer l'existence
de ce type de culte héroïque, l'auteur traite la question
sous deux angles, en s'intéressant aussi bien aux poètes
honorés qu'aux cités qui les honorent. C'est ainsi qu'il
ouvre cette dernière partie sur le cas d'Archiloque, en rassemblant
les éléments qui attestent un culte à Thasos, mis
en relation avec celui de Glaucos, de Telesikles et Theogenes. Une fois
ce type de culte attesté, l'étude, sous-tenue par une
réflexion portant sur ce qui fait d'un homme un héros
honoré par une cité, est alors essentiellement centrée
sur les cultes rendus à quelques poètes, depuis la période
archaïque jusqu'à l'Empire, en passant par Homère,
Hésiode, Eschyle, Sophocle, Ésope et Sapho. Diskin Clay
analyse tous les témoignages relatifs aux manifestations de ces
cultes (sacrifices, libations, temples, statues, reliefs, processions
et compositions poétiques), sans limites chronologiques et chaque
texte est présenté en appendice, avec une brève
notice et une traduction.
On regrettera le peu de place réservée aux enjeux de l'héroïsation
des poètes. A la question : " pourquoi les cités
grecques honoraient-elles des poètes comme des héros?
", quelques pistes sont avancées, p. 94, mais restent allusives
(2). Plus gênant encore le silence de l'auteur sur le rôle
des biographies de poètes, évoquées pourtant en
quelques endroits, p. 24 et 134, dans l'héroïsation des
poètes.
Pour
conclure, cette étude offre une documentation exhaustive et nécessaire
sur le culte rendu aux poètes, présentée avec élégance.
Diskin Clay soulève alors des questions trop larges pour le cadre
de l'ouvrage mais qui ont le mérite d'engager la réflexion.
(1) Cf. FARNELL L.R., Greek Hero Cults and Ideas of Immortality, Oxford, 1921 et BRELICH A., Gli eroi greci : un problema storico-religioso, Rome, 1958. [Retour au texte]
(2) D. Clay évoque en note 14 p. 156 une hypothèse de G. Nagy, sur ce problème : le culte d'Archiloque a pu être un vecteur de transmission de sa poésie. [Retour au texte]
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