Le Tour de France – étape Picardie, d’après Xénophon.

La deuxième Anabase [extrait].

L’extrait inédit de Xénophon que nous publions ici illustre par anticipation l’étude que Roland Barthes consacra au « Tour de France comme épopée » (Mythologies). 2300 ans avant Antoine Blondin, l’historien grec saisit l’intérêt de cette épreuve, riche en péripéties de toutes sortes, pour décrire des contrées reculées et des peuplades aux mœurs étranges. Ce nouveau pastiche d’Insula nous emmène en Picardie.

Ce billet a été écrit « à la manière de… » par Anne de Cremoux.

De là, l’escadron continua à partir d’Abbeville jusqu’à la ville habitée de Saint-Quentin. Ils firent trois étapes, qui ne faisaient pas plus de vingt-trois parasanges, et traversèrent le fleuve de la Somme, qui faisait ici un plèthre de largeur. Au cours des journées, beaucoup de coureurs restèrent en arrière et s’affaiblirent par la faim. Des indigènes les ravitaillèrent avec de petites écuelles d’un breuvage de là-bas, à base d’orge, qui leur redonnèrent de la vaillance. Lors de la troisième journée, ils arrivèrent vers l’ensemble de la Picardie et en particulier à Saint-Quentin. Mais comme ils traversaient une plaine unie comme la mer, le ciel devint noir et il se mit à tomber de grandes quantités d’eau qui rendaient leur avancée difficile. Certains des coureurs s’enfonçaient dans la boue sur une profondeur de deux pieds si bien qu’ils brisèrent par moments leurs montures. Or la plaine était déserte et ils n’avaient pas d’alliés qu’ils connussent, qu’ils pussent rencontrer et avec lesquelles ils eussent tissé des liens d’amitié tels qu’ils fussent soulagés dans cette circonstance. Mais il s’y trouvait de grands bovins aux beaux yeux, noirs et blancs quant à leur peau. Induranos et ses compagnons chassèrent les bovins avec de longues lances en se postant en relais, mais il était impossible d’en faire des montures en raison de la lenteur de leur pas. Finalement, ils les mangèrent: leur chair était excellente.

Au cours de cette journée, une querelle éclata entre Pantanos et ses autres compagnons, car Pantanos refusait de se mettre en avant de l’escadron: il disait qu’il est juste que le chef puisse se reposer dans le sillage de ses hommes, mais ceux-ci se plaignaient de leur grande fatigue et de la famine.

Après cela, ils aperçurent une grande nuée blanche et tandis que de sourds grondements se faisaient entendre, il leur apparut l’éclair des chariots des indigènes, qui arrivaient pour leur offrir l’hospitalité. Lorsque les coureurs leur demandèrent de quoi se sustenter, ces hommes leur désignèrent une auberge et leur répondirent : « t’as là ça ! »

Le blog Insula poursuit sa nouvelle manière de parler des auteurs anciens : les faire intervenir sur des sujets contemporains. Les auteurs de ces billets écriront « à la manière de ». L’exercice n’est pas seulement frivole. En pastichant les Anciens sur des sujets actuels, ces textes peuvent révéler une manière d’écrire et de penser à l’aune de notre connaissance de ces mêmes sujets. Ils révèlent aussi notre rapport au texte par la traduction, avec ses imperfections et ses mécanismes qui peuvent eux-mêmes être objets de pastiche.

Photographie : sculpture au Tourmalet. Crédits : blog lesvoyagesetmoi - http://lesvoyagesetmoi.over-blog.com
Photographie : sculpture au Tourmalet. Crédits : blog lesvoyagesetmoi – http://lesvoyagesetmoi.over-blog.com
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on PinterestShare on RedditDigg thisBuffer this page

Lire aussi sur Insula :

Citer ce billet

Anne de Cremoux, « Le Tour de France – étape Picardie, d’après Xénophon. », Insula [En ligne], ISSN 2427-8297, mis en ligne le 29 novembre 2016. URL : <http://bsa.biblio.univ-lille3.fr/blog/2016/11/le-tour-de-france-etape-picardie-dapres-xenophon/>. Consulté le 9 décembre 2016.