Le western et le western spaghetti, d’après Aristote

Poétique, Livre III.

Dans sa Poétique, Aristote a traité de la comédie, de la tragédie, de l’épopée, mais qu’a t-il dit concernant le western spaghetti ? Un fragment retrouvé du troisième livre répond à cette question fondamentale dans un nouveau pastiche du blog Insula.

Le blog Insula poursuit sa nouvelle manière de parler des auteurs anciens : les faire intervenir sur des sujets contemporains. Les auteurs de ces billets écriront « à la manière de ». L’exercice n’est pas seulement frivole. En pastichant les Anciens sur des sujets actuels, ces textes peuvent révéler une manière d’écrire et de penser à l’aune de notre connaissance de ces mêmes sujets. Ils révèlent aussi notre rapport au texte par la traduction, avec ses imperfections et ses mécanismes qui peuvent eux-mêmes être objets de pastiche.

Ce billet a été écrit « à la manière de… » par Anne de Cremoux.

[…] Le meilleur western est donc celui dans lequel on s’apprête à tuer, puis on reconnaît un lien de réciprocité et on ne tue pas, comme John Wayne quand il reconnaît sa nièce et, s’apprêtant à la tuer, la ramène finalement chez elle. Il y a ici reconnaissance et renversement, et dans cela réside le dénouement du drame.

Au sujet du western en général, on en a assez dit.

Au sujet du western spaghetti, les Romains revendiquent sa naissance en utilisant son nom, disant que son meilleur poète était Sergio Leone et qu’il se nourrissait uniquement de spaghettis. Mais les Ibères disent que c’est chez eux qu’est né le drame de cette sorte, puisque les acteurs se déplaçaient à cheval et en secret dans leur désert pour le jouer et que leurs trajets, comme ils étaient sinueux, ressemblaient à des spaghettis. Cependant, il existe un troisième récit sur ses origines, selon lequel ce sont les Américains qui auraient inventé ce genre, en y plaçant des comédiens grands et maigres qui ressemblaient à des spaghettis pour y incarner des gardiens de bœufs ; toutefois, il n’y a probablement rien de vrai dans leur récit.

Le western spaghetti a son achèvement quand il met sous les yeux un personnage qui est assez semblable à nous, mais dont la ressemblance a quelque chose de remarquable qui le rend chrèstos1 en ce qu’il est confronté au destin de la Cité. Et il y a le westernistique lorsque le chrèstos doit agir envers des hommes de basse qualité, soit parce qu’ils sont violents [hubristai], soit parce qu’ils sont truands [ponèroi], et que leurs relations connaissent un basculement. Le basculement peut s’effectuer de l’alliance à l’inimitié, mais il est meilleur lorsqu’il s’effectue de l’inimitié à l’alliance et à l’amitié, par exemple lorsque le Colonel Mortimer fait reconnaître qu’il défend sa sœur.

En ce qui concerne la taille du western spaghetti, elle ne doit pas dépasser la capacité du spectateur à percevoir.

Sur ce sujet, j’en ai assez dit.

clint
Clint Eastwood dans Le bon, la brute et le truand (1966) de Sergio Leone – https://it.wikipedia.org/wiki/File:Clint_Eastwood.jpg, Public Domain
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Notes du texte

  1. Plusieurs traductions de ce terme ont été proposées. La plus appropriée nous semble être « Bon ». Cependant, aucune n’est totalement satisfaisante. []

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Citer ce billet

Anne de Cremoux, « Le western et le western spaghetti, d’après Aristote », Insula [En ligne], ISSN 2427-8297, mis en ligne le 27 septembre 2016. URL : <http://bsa.biblio.univ-lille3.fr/blog/2016/09/le-western-et-le-western-spaghetti-d-apres-aristote-poetique-livre-iii/>. Consulté le 9 décembre 2016.