La nouvelle éducation, d’après Tacite

Dialogue des professeurs (extraits).

On connaît bien tous les reproches adressés par Tacite aux décadences de ses contemporains. Quels propos aurait-il tenus aujourd’hui ?

Le blog Insula poursuit sa nouvelle manière de parler des auteurs anciens : les faire parler sur des sujets contemporains. Les auteurs de ces billets écriront « à la manière de ». L’exercice n’est pas seulement frivole. En pastichant les Anciens sur des sujets actuels, ces textes peuvent révéler une manière d’écrire et de penser à l’aune de notre connaissance de ces mêmes sujets. Ils révèlent aussi notre rapport au texte par la traduction, avec ses imperfections et ses mécanismes qui peuvent eux-mêmes être objets de pastiche.

Ce billet a été écrit « à la manière de… » par Marie-Andrée Colbeaux.

J’aimerais vous dire quelques mots de l’éducation, la discipline et la sévérité des générations antérieures. D’abord, un enfant né dans une famille équilibrée n’était point confié à quelque crèche, publique ou privée, mais le petit restait dans les jupons de sa mère, dont toute la gloire était de se dévouer corps et âme à la garde de sa maison et au soin de sa famille. Et mieux encore, on confiait les enfants à une parente d’âge mûr, une vieille tante, pour le dire précisément, célibataire endurcie qui n’aurait souffert quelque écart d’éducation, menant à bien non seulement le suivi des études mais aussi les jeux et divertissements. Forts de cette discipline austère, ces jeunes gens, qui n’avaient jamais eu l’occasion d’être détournés de leur innocence naturelle, s’emparaient de toutes les sciences et connaissances et s’y adonnaient sans relâche.

Mais aujourd’hui, le nouveau-né est confié à une inconnue, secondée de jeunes animateurs qui n’ont trouvé d’emploi plus sérieux. Les histoires qu’on lui raconte, les dessins qu’on lui montre, les tablettes qu’on lui confie, le détournent de sa véritable nature. Plus personne ne prend garde à ce que voit et entend le petit. Plus un livre ! Les parents mêmes ne montrent plus de retenue et s’abandonnent des heures devant leurs écrans de toute sorte, accoutumant les enfants à un laisser-aller et un papillonnage qui engendrent une insolence sans borne. Mais la vie dans nos contrées comporte en elle les sources mêmes de ces vices : je veux dire l’enthousiasme pour les chanteurs les plus niais, le goût effréné des acteurs et des spectacles grand-public. Quelle place pour la littérature ? Combien trouvez-vous de jeunes gens qui parlent à la maison d’autre chose que de Guerre des étoiles ? Et quels autres mots frappent nos oreilles, si nous entrons dans une cour d’école ?

Sans parler des plus petites classes, les élèves ne s’occupent point assez de lire les auteurs, ni d’étudier l’Antiquité, ni d’apprendre les sciences, la philosophie et l’histoire. On se hâte de rejoindre ceux qu’on appelle communicants, grands maîtres non seulement de tous nos jeunes gens mais encore de tous nos gouvernants.

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Citer ce billet

Marie-Andrée Colbeaux, « La nouvelle éducation, d’après Tacite », Insula [En ligne], ISSN 2427-8297, mis en ligne le 12 janvier 2016. URL : <http://bsa.biblio.univ-lille3.fr/blog/2016/01/la-nouvelle-education-dapres-tacite/>. Consulté le 20 juillet 2017.