Hydromel, bière et vin en Gaule

Compte rendu du livre de Fanette Laubenheimer, Boire en Gaule, CNRS Éditions, 2015.

Que buvait-on en Gaule ? Dans quelles circonstances ? De quelles manières ? Comment ces boissons étaient-elles produites ou importées ? C’est à ces questions que Fanette Laubenheimer, archéologue et Directeur émérite au CNRS, répond dans un ouvrage à lire sans modération.

Compte rendu par Christophe Hugot, responsable de la Bibliothèque des sciences de l’Antiquité de l’université Lille 3.

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Quand l’eau n’est pas toujours bonne à boire, l’alcool vient étancher la soif. Boire en Gaule est divisé en trois chapitres d’inégales épaisseurs qui correspondent à trois boissons alcoolisées bues en Gaule : l’hydromel (p. 11-34), la bière (p. 35-106) et le vin (p. 107-161). Pour étudier la production, la commercialisation et la consommation de ces trois alcools en Gaule, Fanette Laubenheimer a recours a un ensemble de sources d’inégales importances selon la période étudiée : les sources littéraires et épigraphiques, l’iconographie, les vestiges archéologiques (issus d’ateliers, de tombes…), l’analyse des contenants (les amphores, comme la fameuse Gauloise 4 étudiée par Fanette Laubenheimer, les tonneaux), l’archéobotanique et l’étude des macrorestes, « ces résidus conservés au fond des vases ».

L’hydromel

L’hydromel est sans doute la boisson fermentée la plus ancienne que l’on ait bue, en raison de la simplicité de sa recette : de l’eau, du miel (auxquels on peut ajouter des plantes et des fleurs), de la chaleur. De fait, on retrouve cette boisson un peu partout et jusqu’aux périodes les plus reculées. En Gaule, territoire riche en forêts bourdonnantes d’essaims, il existait différents hydromels, plus ou moins forts selon le pourcentage de miel incorporé, selon le vieillissement du breuvage, qui en faisaient une boisson sans doute rare, mais appréciée de tous, y compris de la frange aristocratique.

La bière

« Boire en Gaule, c’est avant tout boire de la bière. »

Entre les chapitres concernant l’hydromel et le vin, celui consacré à la bière ressemble à un solide bock, une chope bien remplie. L’auteure, qui se présente d’emblée comme descendante d’une lignée de brasseurs, ne fait pas mystère de vouloir redonner à la bière la place qu’elle avait en Gaule : la première. Si le vin a été largement étudié, notamment en raison de la richesse documentaire à son sujet, la bière était tenue dans un oubli dont il fallait l’en sortir. C’est chose faite.

Fanette Laubenheimer en vient à la bière en Gaule après avoir brossé un panorama de la bière depuis son attestation en Chine, avec la bière de riz au VIIe millénaire avant notre ère, et avoir évoqué la bière en Mésopotamie, en Inde, en Égypte (dont la réputation de la bière se répand jusqu’à Rome), et même en Grèce, ce qui est une surprise, les auteurs grecs traitant souvent de la bière avec mépris.

La bière apparaît en Europe dès la période préhistorique, et « bien avant le vin » souligne l’auteure. Les premières attestations sont relevées dans la péninsule ibérique, entre 3800 et 3450 avant notre ère. Dans ce qui deviendra la Gaule, les premières traces d’un brassage primitif datent du Bronze final (1400-800 avant notre ère) mais c’est à l’âge du fer que la tradition brassicole s’installe. « La bière apparaît une boisson encore et toujours traditionnelle aux derniers siècles avant notre ère pour l’ensemble des divers peuples qui constituent la Gaule ». Boisson de subsistance, la bière n’est pas (seulement) la boisson du pauvre. Si tout le monde peut créer de la bière, bue sans doute d’une manière courante, elle est aussi une boisson de plaisir et d’ivresse, celle-ci étant servie lors des festins.

La Gaule regorge de céréales, qui est la matière première pour confectionner la bière : orge, froment, blé, avec ou sans miel. La fabrication de la bière est difficile et mal connue pour la période gauloise. Les Gaulois n’ont pas laissé de recettes, mais Orose rapporte la confections de la bière en Espagne. Quant aux traces archéologiques, elles sont incertaines, car très souvent non spécifiques à la fabrication de la bière. Nous savons toutefois que les Gaulois savaient faire vieillir la bière (en particulier en ajoutant de l’armoise) et donc la faire voyager pour la commercialiser. La bière est transportée dans des amphores, objet d’étude de Fanette Laubenheimer, mais également dans des tonneaux, étudiés par Élise Marlière dans une thèse soutenue à Lille 3, qui ont laissé trop peu de traces1.

Malgré la conquête romaine, avec l’arrivée du vin et la culture du vignoble de plus en plus étendue, la bière connaît toujours un franc succès en Gaule.

Le vin

Avec le vin, on est dans un chapitre plus connu, celui-ci ayant laissé de nombreux vestiges, comme les amphores. Si la bière est une boisson du terroir, le vin est d’abord une boisson exotique en Gaule : c’est du vin grec, étrusque, puis de Marseille à partir du VIe siècle avant notre ère. Les Gaulois boivent le vin pur, non coupé d’eau, comme ils le font pour la bière, ce qui choque les Grecs  : les Gaulois sont des ivrognes, résume Platon. Au IIe siècle avant notre ère, le vin est un luxe réservé aux élites et on échange volontiers une amphore contre un esclave, contre des métaux. Comme la bière, le vin est bu dans de grands banquets et on emporte des amphores vides dans la tombe.

Avec la conquête, on l’a dit, les Gaulois deviennent viticulteurs, réussissant à acclimater la vigne en développant des cépages spécifiques pouvant résister au froid. Pline l’Ancien peut alors écrire que le Gaule est une autre Italie. La vigne devient omniprésente en Gaule et la consommation de vin peut se démocratiser : comme la bière, il devient progressivement un produit du terroir et se trouve à la table de chacun, dans les tavernes. « C’est toute la culture de la France, pays du vin, qui s’est mise en place au cours de ces quelques siècles ». Le vin le plus connu de Gaule est celui de Narbonnaise, mais on boit en Gaule des vins variés, vins gaulois transportés comme la bière par amphores et tonneaux (la région de Bordeaux apparaît comme le deuxième grand centre de tonnellerie) ou vins importés. On s’est essayé à refaire du vin romain : le goût est très différent de nos vins actuels et s’assimile plus aux vins jaunes du Jura.

Fruit d’une longue maturation de l’auteure avec son sujet, le texte est gouleyant, Fanette Laubenheimer parvenant à aborder des détails techniques pour un public beaucoup plus large que celui des spécialistes. Ce souci d’expliquer qui apparait dans le livre est le même qui fut à l’origine de la création du Musée Amphoralis, à Sallèles-d’Aude, près de Narbonne, sur la fouille d’un atelier de potiers où ont été fabriqué des milliers d’amphores vinaires Gauloise 4.

Références du livre

Fanette Laubenheimer
Boire en Gaule
CNRS Éditions, 2015
186 pages, 68 figures en noir et blanc.
ISBN 978-2-271-08795-9

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Notes du texte

  1. Élise Marlière, L’outre et le tonneau dans l’occident romain, Montagnac, M. Mergoil, 2002. []

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Christophe Hugot, « Hydromel, bière et vin en Gaule », Insula [En ligne], ISSN 2427-8297, mis en ligne le 28 octobre 2015. URL : <http://bsa.biblio.univ-lille3.fr/blog/2015/10/hydromel-biere-et-vin-en-gaule/>. Consulté le 20 juillet 2017.