L’Auvergne, d’après Hérodote

Livre X : Les Logoi Clermontois (extrait).

Le blog Insula inaugure une nouvelle manière de parler des auteurs anciens : les faire parler sur des sujets contemporains. Les auteurs de ces billets écriront « à la manière de ». L’exercice n’est pas seulement frivole. En pastichant les Anciens sur des sujets actuels, ces textes peuvent révéler une manière d’écrire et de penser à l’aune de notre connaissance de ces mêmes sujets. Ils révèlent aussi notre rapport au texte par la traduction, avec ses imperfections et ses mécanismes qui peuvent eux-mêmes être objets de pastiche. Pour le premier billet de cette série, Hérodote traite des Clermontois et d’un jeu étonnant que pratique ce peuple, dénommé Rugboi.

Ce billet a été écrit « à la manière de… » par Hélène Parenty et Anne de Cremoux.

herodote« Les Clermontois sont plus petits que les Lillois, bruns, et réputés pour leur modestie. J’ai rencontré un Grand Prêtre de là-bas qui m’a raconté d’où leur venait cette fameuse modestie, que les autres peuplades appellent avarice. Un jour … mais avant d’entamer le récit de cette journée, il faut préciser que les Clermontois se distinguent tout particulièrement dans un jeu nommé Rugboi, dont les Grecs n’ont pas d’équivalent, et qui se joue avec une vessie de porc. Les règles en sont confuses et ressemblent à celles du pancrace pour ce que j’ai pu en juger, à ceci près que, la lutte une fois terminée, les adversaires se retrouvent rituellement lors d’un grand symposion [NDT : nous avons préféré garder le terme grec plutôt que de traduire par « banquet » ; il faudrait peut-être même donner au mot son sens étymologique de « beuverie collective »] où on vide bien plus de trois cratères, la plupart des participants finissant souvent ivres-morts.  Il est d’ailleurs admirable [NDT : thaumaston est toujours intraduisible] de voir une peuplade avoir autant de force, d’agilité et de pugnacité alors qu’elle est si petite. Les Bordelais racontent en effet que les Clermontois sont plus petits que les Pygmées. Cependant, je suis allé les mesurer moi-même et ils ne sont pas aussi petits. Les hommes font quatre pieds, les femmes en font deux et cinq pouces. Mais j’ai rencontré un géant Clermontois, Manos, qui dépassait de loin la taille habituelle de la peuplade. Il mesurait en effet dix pieds de haut. Tous le respectaient, d’un côté à cause de cette taille étonnante [NDT : thaumaston], de l’autre parce qu’il pouvait interpréter le mouvement des étoiles. On dit même qu’à l’approche du printemps, il avait prévu une grande transformation du soleil [NDT : mot grec commençant par meta, peu précis, qu’Hérodote utilise faute d’un vocabulaire adéquat pour désigner une éclipse] et en avait averti les maîtres d’école. Ceux-ci, apeurés par ce phénomène étonnant [NDT : thaumaston], occultèrent les fenêtres de leurs classes avec de grandes tentures pour en préserver leurs disciples. Pour en revenir aux propos du Grand Prêtre, il m’a fait savoir qu’un jour, les chefs des Français avaient décidé de relier toutes les cités du pays par des voies couvertes de fer sur lesquelles on voyagerait dans des chariots. S’il est vrai que Clermont elle-même fut reliée par voie de fer à la cité la plus prospère de celles de cette époque, Paris, néanmoins, les chariots ne pouvaient y voyager que très lentement, en raison de la quantité de montagnes qui entourent le pays, de sorte que les Auvergnats se retrouvèrent isolés au point qu’ils furent considérés comme des barbares par les Parisiens. De là vient, selon le Grand Prêtre, cette modestie de leur peuple. »

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Citer ce billet

Anne de Cremoux, « L’Auvergne, d’après Hérodote », Insula [En ligne], ISSN 2427-8297, mis en ligne le 6 octobre 2015. URL : <http://bsa.biblio.univ-lille3.fr/blog/2015/10/auvergne-d-apres-herodote/>. Consulté le 20 janvier 2017.