Compte rendu d’une journée d’échanges entre le SCD de l’université Lille 3 et le CTLes

À l’occasion de la journée professionnelle proposée par le centre régional du SUDOC-PS Nord–Pas-de-Calais et le SCD de l’université Lille 3 le jeudi 05 juin 2014 sur le thème : « Désherber les périodiques : c’est possible… », Insula rend compte d’une journée d’échanges avec le CTLes organisée en février 2014.


Le CTLes est un opérateur national au service des établissements de l’enseignement supérieur, pour la région Île de France mais aussi pour l’ensemble du territoire, particulièrement reconnu sur les questions de gestion des magasins, de conservation et de conservation partagée.

Dans le cadre des chantiers internes préparatoires au Learning Center et dans la perspective de mise en place de nouveaux partenariats, le SCD Lille 3 recevait le vendredi 7 février 2014 quinze collègues du CTLes (Centre technique du livre de l’enseignement supérieur) pour une journée d’échanges professionnels.

journée

Portrait de deux établissements

C’est par une présentation de leur structure respective et de leurs missions que Jean-Louis Baraggioli, Directeur du CTLes et Isabelle Westeel, Directeur du SCD de Lille 3 ont introduit cette journée.

ctlesCréé fin 1994, le Centre technique du livre de l’enseignement supérieur (CTLes) a le statut d’établissement public national à caractère administratif placé sous la tutelle du ministre chargé de l’Enseignement supérieur. Il est aujourd’hui doté d’un budget d’environ 950 000 €, dont 700 000 € de subvention de fonctionnement et 250 000 € de ressources propres issues de la location d’espaces linéaires de stockage et de son activité de fourniture à distance de documents.

Implanté à Marne-la-Vallée, il offre une capacité de stockage de 72 kilomètres linéaires répartis en 4 étages de magasins de type traditionnel (soit 51% de la capacité de stockage) et 2 modules de magasins industriels de grande hauteur (près de 10 m, soit 49% de la capacité de stockage).

ctles-3Il assure la collecte, la conservation et la communication des livres et autres documents d’intérêt patrimonial et scientifique que lui confient en dépôt temporaire ou lui cèdent les bibliothèques des universités et autres établissements d’enseignement supérieur d’Île-de-France.
Il abrite également pour de courtes périodes les collections de bibliothèques en travaux ou confrontées à un problème momentané de conservation.

Les documents conservés au CTles peuvent ainsi avoir trois statuts :

  • la cession : le CTLes devient propriétaire des documents,
  • le dépôt : la bibliothèque reste propriétaire de ses collections,
  • le stockage provisoire : il s’agit alors d’un stockage inerte, les collections n’étant ni signalées ni communiquées.

Le CTLes organise tous les deux ans une campagne de transferts de documents représentant environ 100 mètres linéaires par semaine. L’opération prend place dans le cadre d’un marché.

ctles-04 Les documents intégrés suivent un circuit de traitement des collections, de la réception au dépoussiérage, puis le conditionnement avant traitement intellectuel – signalement et adressage – jusqu’au rangement en magasin.

Les documents conservés sont communiqués dans le cadre du prêt entre bibliothèques (PEB), l’établissement ne recevant pas de public. En 2013, 12 234 documents ont ainsi été prêtés.

Après une phase de constitution de collections de conservation, le CTLes évolue aujourd’hui vers un rôle de gestion coopérative des collections dans le domaine de la conservation partagée. Depuis avril 2004, il pilote conjointement avec la Bibliothèque interuniversitaire de Santé le plan de conservation partagée des périodiques de médecine en Île de France. Le dispositif est appelé à s’étendre à d’autres disciplines et d’autres projets de plans de conservation partagée de périodiques (PCPP) sont aujourd’hui en cours d’élaboration pour l’Île-de-France, en mathématiques mais aussi en SHS, à l’initiative des directeurs de bibliothèques universitaires et de grands établissements de la région Île-de-France1, domaine décliné en plusieurs plans thématiques en arts du spectacle, en géographie, et d’autres à venir.

Sur demande initiée par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, le CTLes s’ouvre aujourd’hui à la province se positionnant ainsi en opérateur national.

La construction d’un nouveau magasin permettra à terme d’accroître la capacité de stockage du CTLes de 110 kilomètres linéaires supplémentaires en deux phases : plus de 50 kilomètres linéaires lors d’une première tranche livrée en 2015 puis plus de 50 kilomètres linéaires en 2025, pour une surface de 10 400m² SHON2 et un coût de 33 M€. L’achèvement de ce chantier fera du CTLes l’une des plus grandes bibliothèques d’Europe en termes de collections conservées.

scdlille3

Le Service commun de la documentation (SCD) de Lille 3 présente un profil plus classique. Desservant une université SHS de 18 000 étudiants, 800 enseignants dont 550 enseignants chercheurs, il comprend la Bibliothèque universitaire centrale et 25 bibliothèques de composantes ou de laboratoires de recherche implantées sur le campus de Pont de Bois et les sites délocalisés de Lille, Roubaix et Tourcoing. Les statuts du SCD sont régis par le décret du 25 août 2011 qui en fixe les modalités de fonctionnement.

Un SIGB (système de gestion de bibliothèque) et un catalogue communs, un service de catalogage centralisé structurent ce réseau de bibliothèques qui emploie un centaine d’agents et conserve quelque 1,2M de documents.

Le budget documentaire du SCD s’élevait en 2013 à 870 000 €, dont 170 000 € aux bibliothèques de composantes et 700 000 € à la BU pour l’ensemble des supports, monographies, périodiques imprimés et ressources électroniques ; la part des ressources électroniques, qui représente aujourd’hui 45% du budget documentaire, est en constante augmentation.

La Bibliothèque universitaire résumée en quelques chiffres clés, c’est d’abord un bâtiment de 17 000m² dont 12 000m² de services publics et internes et 5 000m² de magasin, 800 000 documents soit 23 kilomètres linéaires de collections – 200 000 documents en libre accès pour 600 000 documents en magasin – 1 200 places assises, 500 000 entrées par an, 600 usagers présents aux heures de pointe, avec pour indicateurs d’activité en 2013 : 9 472 lecteurs actifs inscrits (soit une légère baisse de 5% par rapport à 2012), 180 322 transactions de prêt ou de communication indirecte de documents, traduisant une légère baisse après une baisse continue depuis 2005 et une stabilisation en 2011-2012, 17 391 volumes traités.

La bibliothèque, conçue comme l’ensemble du campus par l’architecte Pierre Vago d’après une programmation débutée en 1965, a ouvert en 1974. Le silo, d’une capacité de 29 kilomètres linéaires, repose sur une structure autoporteuse de 700 poteaux métalliques.

Un projet de Learning Center à maîtrise d’ouvrage de la Région Nord-Pas de Calais est en cours, dans le cadre d’un maillage du territoire d’un réseau de quatre Learning centers ayant vocation à accueillir tous les publics, prenant en compte les nouveaux modes d’enseignement, la culture numérique, la formation tout au long de la vie. Ce projet bénéficie d’un financement Plan Campus et CPER (contrat de plan État-Région).

D’importants chantiers collectifs internes s’inscrivent dans la dynamique de ce projet : la mise en œuvre de la RFID en 2014, la mise en service d’un module de gestion informatisée des demandes de communication des documents du magasin, une réinformatisation dans le cadre du projet national de SGBM (Système de gestion de bibliothèque mutualisé) piloté par l’ABES dont Lille 3 est l’un des sites pilotes.

Portraits d’agents

La présentation par quelques agents des deux établissements de leurs métiers et profils de poste a permis de compléter ces portraits de deux établissements aux missions différentes.

Deux agents du CTLes et quatre agents du SCD ont ainsi pu décrire leurs tâches, leurs interactions avec les autres services et le public, et évoquer l’évolution de leur métier.

Au CTLes, les fonctions sont axées sur le traitement et la valorisation des collections. Les fonctions présentées par quatre agents du SCD sont quant à elles liées aux services au public, à la formation et au traitement documentaire.

La présentation de ces différents profils a permis un échange de questions / réponses avec la salle.

Des ateliers organisés l’après-midi dans la BU devaient permettre de poursuivre les échanges autour de problématiques majeures pour les deux établissements, telles que la conservation partagée et la gestion d’un magasin de conservation.

La conservation partagée et les liens possibles avec le désherbage

desherbageL’essor des collections électroniques et le mouvement d’évolution des bibliothèques vers des Learning centers qui poussent à passer d’une logique de collections vers une logique de services fragilisent les collections imprimées conservées dans les bibliothèques. Dans ce contexte, la conservation partagée s’impose comme une réponse possible à la question de la conservation cohérente d’une version papier des périodiques.

C’est ainsi que se sont développés les Plans de Conservation Partagée de Périodiques (PCPP) régionaux gérés par les Centres régionaux du Sudoc-PS et signalés dans le Sudoc.

Marie-Laure Saunier, responsable du CR-Sudoc-PS3 Nord-Pas-de-Calais a ainsi dressé l’historique du PCPP Nord-Pas-de-Calais, initié dès 1991 sous la forme d’une liste de périodiques conservés dans les bibliothèques publiques de la région, relancé en 1999 par la Bibliothèque municipale de Roubaix à la demande de l’agence régionale de coopération par la rédaction d’une charte de partage de la conservation et la diffusion de la liste sur le portail Eulalie4. Parallèlement, deux autres expériences de conservation partagée s’étaient développées sur le territoire régional, entre les bibliothèques du Littoral dunkerquois, autour de la BM de Dunkerque d’une part, et entre les bibliothèques du Bassin minier, autour de la BM d’Hénin-Beaumont d’autre part. En 2006 la coopération entre la structure régionale pour le livre et le CR SUDOC-PS d’une part et entre les différents types de bibliothèques publiques et d’enseignement supérieur d’autre part est affirmée pour donner un nouvel élan au projet et tous les établissements conviennent de la nécessité d’une structure pour porter et accompagner ce plan de conservation. En 2008, le groupe de travail constitué par la DRAC, le CR du SUDOC-PS et le CRLL organise une première réunion avec les responsables des SCD, des représentants de bibliothèques municipales, les responsables des plans du Bassin minier et du Littoral dunkerquois. Les 1ères conventions tri-partites entre le CRLL, l’Université Lille 3 pour CR SUDOC-PS et les établissements participants sont signées en 2010.

Tous les établissements documentaires de la région peuvent participer quel que soit leur statut ; en janvier 2014, 22 établissements ont adhéré dont 3 centres d’archives, 11 bibliothèques municipales, les 7 SCD des universités de la région Nord-Pas de Calais et l’École supérieure de journalisme de Lille. Tous les titres de périodiques imprimés peuvent être intégrés, le travail s’organise par corpus thématiques. En janvier 2014, 6 corpus ont été traités ou sont en cours de traitement (presse d’actualité, revues généralistes de niveau universitaire, presse et revues régionales, sciences-techniques-médecine, droit-économie-gestion, histoire-géographie). Le plan est signalé dans le catalogue Sudoc, 829 titres sont signalés à ce jour. Depuis 2012, sur proposition du CRLL, une coopération transfrontalière s’est instaurée entre les structures de conservation partagée du Nord–Pas-de-Calais et de la Fédération Wallonie Bruxelles (réserve centrale du réseau public de la lecture) pour renforcer la visibilité de leurs plans de conservation partagée respectifs, favoriser les conditions de transfert de collections et le PEB entre établissements documentaires de part et d’autre de la frontière afin de répartir la charge de conservation tout en mettant à disposition du public une collection de référence de plus grande envergure.

Le CTLes, dans le cadre de l’évolution de ses missions vers une gestion coopérative des collections, pilote depuis 2004, conjointement avec la bibliothèque interuniversitaire de santé (Université René Descartes – Paris 5), le plan de conservation partagée des périodiques de médecine en Ile de France (PCMed), un exemple rare de plan régional à visée exhaustive sur une discipline, dont le fonctionnement est régulier et continu depuis son lancement effectif en 2005. Il fédère 7 universités, 27 bibliothèques dont la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine et recense quelque 8 000 titres de périodiques. Les deux établissements en assurent le bon fonctionnement et mettent en place les outils méthodologiques nécessaires à sa réalisation.

En tant que coordinateur du PCP, le CTLes mobilise des compétences méthodologiques, de la sélection des périodiques à intégrer au plan à partir du SUDOC et de l’Index Medicus (liste de référence de périodiques indexés par la United States National Library of Medicine) aux transferts de collections, en passant par le renseignement et l’exploitation des données bibliographiques et d’exemplaires nécessaires à la gestion d’un plan de conservation partagée. 1,5 kilomètres linéaires de collections ont été transférés dans le cadre du PCMed depuis 2005.

Le CTLes est aussi considéré au sein de ce PCP comme une bibliothèque à part entière pour les collections qu’il conserve, la conservation partagée ne pouvant porter que sur les collections cédées. La cession de collection est en effet indispensable pour permettre – in fine – le désherbage.

Enfin, le CTLes a vocation à récupérer par transfert et à conserver les titres dits « orphelins », pour lesquels aucune bibliothèque ne s’est déclarée pôle de conservation.

Les objectifs d’un PCP sont multiples pour les établissements participants. Répartir l’effort de conservation d’un corpus de périodiques tend à faire baisser les coûts de conservation des documents en évitant la conservation de multiples doublons d’un même titre dispersés dans divers établissements. Chacun peut ainsi libérer de l’espace de stockage en magasins pour les accroissements à venir tout en assurant sur le long terme et de manière rationnelle la conservation d’un nombre limité de collections pour chacun des titres. Les conventions signées dans le cadre de l’adhésion au PCP garantissent l’accès aux collections de périodiques concernés en termes de fourniture de documents. Ces dispositifs doivent favoriser le passage au « tout électronique » pour les établissements qui ne sont pas pôles de conservation dans la mesure où l’archivage pérenne de l’imprimé est assuré par le pôle de conservation et permettre à ceux-ci de cibler de façon plus précise les collections papier qu’ils souhaitent conserver, en fonction des besoins de leurs lecteurs et de leurs spécialités.

Le CTLes réalise le bilan annuel de son activité en matière de conservation partagée, analysant le fonctionnement des PCP et proposant les adaptations souhaitables aux évolutions bibliothéconomiques.

Une démonstration des outils a permis d’appréhender le fonctionnement du PCMed, administré au moyen d’une base professionnelle de gestion des exemplaires sous Filemaker et d’une plate-forme de travail partagé pour les transferts de collections à partir du module GED du SIGA Flora utilisé au CTLes. Constituée initialement par un export de données du Sudoc, la base Filemaker complète les fonctionnalités du Sudoc en offrant de nombreux critères de recherche et de tri internes au PCP, mais la double saisie des données dans le Sudoc et Filemaker constitue une contrainte qui ne doit pas être reproduite dans la gestion des PCP ultérieurs.

Le logiciel open source PMB, dont le CTLes a pris en charge des développements spécifiques, a donc été adopté pour la gestion des exemplaires des PCP en arts du spectacle et en géographie en cours de mise en œuvre. Le Sudoc reste la base de référence, les mises à jour de PMB se font actuellement par imports exports trimestriels.

L’élargissement des missions du CTLes en direction des régions permet d’envisager la participation d’un établissement comme Lille 3 au PCP consacré aux arts du spectacle.

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La gestion des magasins de conservation : la rationalisation des espaces en magasin

Une présentation du magasin a permis d’exposer la répartition et la nature des collections conservées à Bibliothèque universitaire centrale de Lille 3.

Le magasin ou silo à livres, bâtiment cubique à bardage métallique enchâssé dans le plus vaste parallélépipède de la bibliothèque, s’organise sur huit niveaux dont l’un totalement enterré et un autre semi-enterré pour une surface totale d’environ 5 000  m², 29  kilomètres linéaires de rayonnages, abritant aujourd’hui quelque 600 000 documents. Le silo, dans sa configuration actuelle, est considéré comme suffisamment dimensionné pour accueillir le stockage projeté sur vingt ans et les travaux, s’ils doivent permettre la mise en sécurité du magasin et des collections et garantir de meilleures conditions de conservation, n’en accroîtront pas la capacité.

magasin-lille3Chaque étage du silo couvre une surface de 750 m² pour une contenance qui varie selon la nature des collections.

Le magasin abrite, pour des raisons historiques, la Réserve patrimoniale des trois universités lilloises, un fonds indivis de 14 000 volumes antérieurs à 1801, dont le document le plus ancien, issu « fonds Agache-Desmedt » est un manuscrit daté de la fin du 12e siècle.

Le deuxième étage, qui contient 140 000 documents rangés sur 3 kilomètres de rayonnages, est l’étage « historique » du magasin puisqu’il renferme les fonds XIXe, documents les plus anciens hors réserve patrimoniale et hors fascicules de périodiques. Les ouvrages les plus anciens sur cet étage datent des années 1820 – 1830. On y trouve les cotes anciennes, qui étaient en vigueur dans l’ancienne Bibliothèque universitaire de Lille de la place Georges Lyon. L’absence de distinction réelle entre les formats entraine une perte de place sur les étagères. Les autres étages de magasin, occupés de manière plus récente intègrent davantage ce paramètre. Les anciens inventaires témoignent de ce rangement initial.

Le reste du magasin est organisé selon un mode de cotation et de classement issu des « Instructions concernant les nouvelles sections et les sections transférées des bibliothèques des universités » édictées par la Direction des Bibliothèques de France et parues au Bulletin des bibliothèques de France en juin 19625. Ces instructions, destinées aux nouvelles bibliothèques universitaires s’implantant sur campus suburbains dans le cadre du vaste programme de constructions des années 60 jusqu’au milieu des années 1970, repensent l’organisation des bibliothèques, de leurs services et de leurs collections.

Le numéro d’inventaire sert au classement des ouvrages en magasins. L’ensemble des disciplines couvertes est divisé en vingt divisions spécialisées désignées par des lettres. Dans chaque lettre et catégorie (périodiques d’une part, ouvrages de l’autre), le classement se fait selon les numéros d’entrée. Les périodiques sont entrés dans un ordre unique sans qu’il soit fait une distinction entre les formats. Le numéro d’entrée du périodique est précédé de la lettre correspondant à la division (A, B, C, etc.) suivie elle-même de la lettre « P » (périodique). Pour les ouvrages et les brochures on peut distinguer des formats, en se limitant cependant à deux, le format inférieur à 30 cm et le format égal ou supérieur à 30 cm. Les magasins comportent un emplacement pour les périodiques, un autre emplacement pour les ouvrages, brochures et collections.

Le rez-de-chaussée et le 1er sous-sol sont consacrés aux importantes collections de périodiques, 8 000 titres vivants et morts, et de thèses − du 19e siècle au milieu du 20e siècle.

Cet atelier fut l’occasion d’évoquer les modes de gestion des collections en magasin, en lien avec les contraintes de classement, de communication, de rangement, et d’accroissement des collections. Le classement par disciplines et par types de documents tend à multiplier les espaces vacants ménagés pour l’accroissement des collections et la ré-intercalation des documents retirés du libre accès ; des refoulements périodiques des collections en magasin sont donc nécessaires. Nombreuses sont les bibliothèques à rechercher une gestion plus systématique de leurs collections pour une meilleure rationalisation des espaces. La question des conditions de conservation en magasin est également une préoccupation constante, dans un magasin où les conditions de température d’hygrométrie peuvent difficilement être régulées, les courbes d’hygrométrie et de température font l’objet d’une surveillance régulière et une vaste campagne de dépoussiérage a été menée entre 2010 et 2013.

La comparaison avec les magasins du CTLes est frappante par la différence d’échelle : 72 kilomètres linéaires répartis en 4 étages de magasins de type traditionnel (soit 51% de la capacité de stockage) et 2 modules de magasins industriels de grande hauteur − 14 m sous plafond, 10 à 12 m de hauteur de stockage, communication par nacelle − (soit 49% de la capacité de stockage). Le stockage sur grande hauteur est coûteux en raison de l’important dispositif de nacelle, de sa maintenance, de la formation des agents que nécessite sa manipulation. Le futur bâtiment en construction comportera 60 kilomètres linéaires de rayonnages mobiles (de type « Compactus ») simples répartis en blocs de 8 à 10 épis maximum, 30 kilomètres linéaires de rayonnages mobiles de double hauteur et 10 kilomètres linéaires de rayonnages fixes traditionnels, mais des rails seront posés dès la construction afin de permettre une évolution en rayonnages mobiles.

En tant que centre de conservation, le CTLes dispose de magasins garantissant d’excellentes conditions de surveillance et de conservation des documents, et dispose d’un système de gestion d’archives permettant de rationaliser le transfert, le stockage, la communication et le signalement des collections à rotation lente qui lui sont confiées.

Les magasins du CTLes respectent les standards de conservation des magasins d’archives. Les magasins sont contrôlés en permanence par des thermohygrographes − deux par cellule de magasin − des capteurs collectent et envoient des données pour traitement informatique au Centre technique de la BnF (CTBnF) qui communique des relevés bimensuels. La température moyenne est de 19°c (+/- 5) et le taux d’humidité relative moyen de 53 %.
Tout document entrant dans le magasin est dépoussiéré avec aspirateur à filtre absolu, sans rejet de poussière.

Les documents font l’objet d’un triple contrôle visuel au cours de la chaine de traitement : les déménageurs acheminent les documents en caisses sur palettes, les agents du CTLes les répartissent par chariots selon leur statut, leur format, leur type (monographies, périodiques, thèse) : 1er contrôle ; chaque document est dépoussiéré : 2e contrôle, puis inventorié : 3e contrôle.

Les magasins font l’objet d’un nettoyage complet annuel magasin.

Enfin, les bibliothèques versantes s’engagent dans les conventions de dépôt de collections à ne déposer au CTLes que des documents sains.

Deux types de containers sont utilisés lors du conditionnement. Avec couvercle pour les collections en dépôt, qui respectent les dernières normes en matière de conservation, en containers transparents sans couvercle pour les collections cédées.

ctles-05Chaque container – et par extension son contenu − est identifié par un code barres. Les magasins sont organisés par numéros de demi-épi, d’armoire, d’étagère, et de position sur l’étagère.
L’adressage est le rapprochement matériel et informatique du container et de l’adresse en magasin. Il constitue une étape dans la chaîne de traitement du document lors de laquelle l’agent enregistre dans le système de gestion d’archives le lien entre le document et son container.
Les documents ne sont pas classés selon une logique de collection, par types de documents, secteurs disciplinaires ou même par fréquence de communication. Il s’agit d’une gestion d’emplacement, selon une logique d’archivage.
Un container − quel que soit son contenu − peut être déplacé en fonction des emplacements disponibles.
La difficulté vient de ce que le CTLes gère à la fois des collections en dépôt, gérées comme des archives (gestion d’emplacements), et des collections en cession qu’il souhaiterait valoriser, comme le ferait toute bibliothèque, et qui nécessiteraient donc une gestion intellectuelle de collection.
La réflexion porte actuellement sur la possibilité de supprimer le rangement par containers sur certains segments de collections (par exemple les périodiques en conservation partagée), pour parvenir à une gestion mixte : par containers pour les documents en dépôt, et par collections (au sens intellectuel du terme) pour les documents en cession.

L’atelier a permis de s’attarder sur les notions de désherbage6 et de gestion dynamique des collections.
Le CTLes intègre 90 mètres linéaires de collections par semaine, soit 4 kilomètres linéaires par an. Sans désherbage la totalité de ses magasins serait saturée depuis fin 2013.
Désherber est une nécessité − « sinon, on ne pourrait plus travailler » − pour pouvoir continuer à offrir ce service de collecte et de conservation des documents d’intérêt patrimonial et scientifique que lui confient en dépôt ou lui cèdent les bibliothèques d’enseignement supérieur d’Ile-de-France qui − sans ce centre de conservation − devraient trouver ailleurs, à des coûts sans commune mesure (42 fois plus cher) des solutions de stockage pour leurs collections.
Le CTLes désherbe 150 mètres linéaires par an. Une facturation de la prestation de mise au pilon aux bibliothèques versantes est en place (18,60€ / ML). Les établissements auront donc intérêt à désherber leurs collections avant de les céder.
Il importe de considérer le désherbage comme intégrant le circuit du document. Désherber, c’est évaluer la pertinence de la présence d’un document dans son établissement, conserver ce qui est pertinent pour son établissement et s’appuyer sur le réseau pour le reste.

La notion de gestion dynamique des collections est également au cœur des réflexions des bibliothèques. Mais elle ne peut se résumer au simple fait de transférer périodiquement les documents du libre du libre accès au magasin ou inversement selon leur fréquence de consultation. C’est aussi le recours au stockage distant, en magasin de dépôt, au fonctionnement en réseau, dans le cadre de la conservation partagée. Cela peut aller jusqu’à la gestion automatisée et systématisée du magasin − de la communication à l’adressage − où n’importe quel document peut en remplacer un autre dans n’importe quel emplacement libre, voire même où le système rapproche les documents les plus fréquemment utilisés… Il n’existe pas d’exemple connu de ce mode de gestion dans nos bibliothèques.
Serait-il plus juste de parler de dynamique des flux et de rationalisation des magasins en fonction des usages ?

Au terme de cette journée, l’ensemble des participants a pu conclure au caractère fructueux de ces échanges entre deux établissements aux statuts et missions différentes, mais que rassemblent des problématiques professionnelles communes.

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Notes du texte

  1. Regroupés en un réseau informel « BRESILE » (Groupe des directeurs de bibliothèques d’enseignement supérieur d’Île-de-France). []
  2. SHON : Surface hors œuvre nette. []
  3. CR-Sudoc-PS : Centre régional Sudoc-Publications en série. Le réseau Sudoc-PS a la charge du signalement des publications en série dans le catalogue Sudoc. Son périmètre est plus étendu que celui plus strict des bibliothèques déployées, puisqu’à celui-ci s’ajoutent des bibliothèques non universitaires (bibliothèques municipales, bibliothèques privées, centres d’archives, etc.) qui signalent les états de collection de leurs publications en séries dans le Sudoc. In « Le réseau Sudoc-PS », [en ligne], n° 8, 1962 [consulté le 26 février 2014]. Disponible sur le Web : http://www.abes.fr/Sudoc/Le-reseau-Sudoc-PS. []
  4. Eulalie, portail du livre et de la lecture Nord-Pas de Calais – http://www.eulalie.fr/. []
  5. Instructions concernant les nouvelles sections et les sections transférées des bibliothèques des universités (à l’exclusion des sections « Médecine»). Bulletin des bibliothèques de France [en ligne], n° 8, 1962 [consulté le 24 février 2014]. Disponible sur le Web : <http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-1962-08-0401-001>. ISSN 1292-8399. []
  6. « Le désherbage consiste à retirer des rayonnages en magasin ou en libre accès les documents qui ne peuvent plus être proposés au public ». Fiche pratique enssib « Désherber en bibliothèque » [en ligne], bibliothèque numérique de l’enssib [consulté le 25 février 2014]. Disponible sur le Web : <http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/1735-desherber-en-bibliotheque.pdf. []

Lire aussi sur Insula :

Citer ce billet

Anne Morenvillé, « Compte rendu d’une journée d’échanges entre le SCD de l’université Lille 3 et le CTLes », Insula [En ligne], ISSN 2427-8297, mis en ligne le 2 juin 2014. URL : <http://bsa.biblio.univ-lille3.fr/blog/2014/06/journee-scd-lille-3-ctles/>. Consulté le 20 janvier 2017.