À propos du Corpus des mosaïques du Portugal II.2

Compte rendu de J. Lancha, C. Oliveira, Corpus dos mosaicos romanos de Portugal, II, 2 Algarve Est, Faro, Universidade do Algarve, 2013.

Compte rendu par Roger Hanoune,
Maître de conférences honoraire en archéologie romaine de l’université Lille 3,
membre de l’UMR HALMA-IPEL, CNRS 8164

Corpus dos mosaicos romanos de PortugalUn volume de 3 kg, dans un format un peu supérieur à A4, épais de 4 cm, et très bien présenté, voilà comment se présente le tome II,2 du Corpus des mosaïques du Portugal, qui traite de la partie orientale de la province d’Algarve et présente 108 fiches de mosaïques (des pavements le plus souvent), appartenant surtout à la mosaïque d’Océan de Faro et aux villas de Milreu et Cerro da Vila. C’est l’œuvre de Janine Lancha et Cristina Oliveira, les deux directrices de la mission luso-française Mosaïques du sud du Portugal, qui se sont en gros réparti les pavements figurés et les décors géométriques, et ont rédigé un ouvrage triplement original : d’abord il est bilingue et l’on y passe souvent d’une langue à l’autre selon les auteurs ou les sujets ; ensuite il ne comporte que des figures d’architecture (reprises dans le CD) tandis que toute l’illustration, en couleurs, des mosaïques se trouve dans les planches et uniquement sur le CD, que l’on doit donc ouvrir en permanence en même temps que le livre (il aurait d’ailleurs été plus simple de n’avoir que des illustrations numérotées en continu et en chiffres arabes) ; enfin il traite autant d’archéologie et d’architecture que de mosaïque et de peinture, ce qui le rend fondamentalement satisfaisant puisque les pavements ne sont pas traités isolément, sans la vision d’ensemble des murs, du plan d’ensemble, des trouvailles archéologiques (céramique, numismatique) ou du reste du décor (par ex. les chapiteaux de Milreu).

On y trouve donc, dans une première partie, la documentation ancienne (le plus souvent ce sont, sauf à Faro, des découvertes anciennes pour lesquels il y a beaucoup de documents), puis la description des sites (disposés sur ou à proximité de la voie côtière, de part et d’autre de Faro), puis la documentation archéologique, puis l’interprétation de l’architecture (voir par ex., à partir de la p. 80, la relecture du plan de la villa de Cerro da Vila, avec thermes et usine de garum), et les interprétations historiques (datations, mais aussi les hypothèses sur les commanditaires : en particulier celle des IVviri d’Ossonoba comme commanditaires de la mosaïque d’Océan de Faro). Une seconde partie est consacrée au corpus des 108 pavements, à des synthèses sur les trois ensembles principaux et à des annexes plus techniques  (par exemple sur les tesselles à feuille d’or). On a là une étude très savante, qui donne accès à toute la matière et aboutit à des conclusions de grand intérêt, par exemple la filiation africaine de très nombreux décors et l’existence d’un atelier itinérant fin IIe-IIIe s.

Comme un tel corpus n’est pas à lire en continu mais à consulter, j’ai surtout été intéressé par quelques thèmes : ainsi le répertoire géométrique est peu novateur, (à noter que le décor envahit même les marches d’un bassin thermal pl. CV) ; au contraire le décor marin y est remarquablement privilégié, depuis Océan, qui fait l’objet d’une belle étude, jusqu’à la faune marine (voir les seiches aux yeux ronds qui rappellent les représentations étudiées par P.-A. Février dans  « L’abeille et la seiche (à propos du décor du baptistère de Kélibia) », RAC LX, 1984, p. 277-292 » ; on note aussi la représentation graphique des vaguelettes (les curieuses « mouches d’eau » de la pl. CXV). Comme J. Lancha, on est étonné à Milreu par l’abondance de statues impériales, qui suggère une interprétation qui dépasse la simple propriété privée (on pense à l’analyse de la villa de Chiragan, justement invoquée ici, et aux  travaux de J.-Ch. Balty). Et on est fasciné par les traces de mosaïques de murs et de voûtes, ou par la peinture de colonne de la pl. CLX, ou par le débat sur le sens de l’édifice à abside de Milreu (temple ou sanctuaire ?).

Dans ce livre de grande richesse, tout lecteur trouve donc sa pâture, mais parfois avec quelque difficulté. Ce qui en effet gêne le plus, ce n’est pas la nécessité de manipuler ensemble livre et ordinateur, ni l’usage des deux langues ; c’est plutôt, et d’abord, le choix qui a été fait de ne donner aucune figure pour la description des mosaïques : il me semble que, au moins, le plan général de l’édifice avec le report des pavements s’imposait pour faciliter la consultation ; surtout, ce qui est vraiment discutable, c’est la distribution (ou l’explosion ?) de l’étude en thèmes séparés, l’archéologie, l’architecture, les mosaïques, etc), tandis que l’édifice n’est pas présenté globalement : on souffre un peu (critique qui n’enlève rien à l’intérêt de l’étude), si l’on veut lire l’étude de ce gros morceau qu’est la villa de Milreu, d’avoir à se reporter aux p. 54-75 pour la description du site, aux p. 126-156 pour la recherche archéologique, aux p. 169-172 pour l’architecture (et aux p. 175-180 pour le « sanctuaire des eaux »), aux p. 182-186 pour le commanditaire, aux fiches n° 83-108 (p. 224 -420) pour les pavements, et aux p. 533-543 pour une synthèse sur les mosaïques, avec une annexe p. 553-560 pour les tesselles à feuilles d’or.

À propos de ce livre

J. Lancha, C. Oliveira, Corpus dos mosaicos romanos de Portugal, II, 2 Algarve Est, Faro, Universidade do Algarve, 2013, 596 p., 106 fig. et 211 pl. sur 1 CD. (ISBN 978-989-97666-1-7)

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Citer ce billet

Roger Hanoune, « À propos du Corpus des mosaïques du Portugal II.2 », Insula [En ligne], ISSN 2427-8297, mis en ligne le 18 mars 2014. URL : <http://bsa.biblio.univ-lille3.fr/blog/2014/03/corpus-des-mosaiques-du-portugal/>. Consulté le 3 décembre 2016.