Bibliothèques universitaires et Twitter

Une « enquête » illustrée.

Le blog Insula propose une synthèse de l’utilisation de Twitter par les bibliothèques universitaires en limitant le propos à l’expérience française. Au-delà d’un simple classement en fonction du nombre d’abonnés, ce billet souhaite tenter une description des usages de ces comptes et s’interroger sur l’identité des bibliothèques universitaires au sein de leur établissement.


TwitterRégulièrement, des synthèses sont publiées concernant l’utilisation des réseaux sociaux par les universités. Educpros a ainsi publié en octobre 2012 un panorama des universités sur Twitter actualisé en avril 2013. À chaque fois, ces dossiers ne mesurent la présence et l’audience d’une université sur Twitter qu’à l’aune des seuls comptes officiels des universités, ignorant les comptes des laboratoires, ceux des services des universités et, en particulier, les comptes Twitter des bibliothèques1. Ce sont les comptes de ces dernières qui nous intéressent ici.

Nous avons, pour réaliser notre « enquête », fait un relevé le 2 novembre 2013 du nombre d’abonnés aux comptes Twitter des bibliothèques, du nombre de tweets envoyés et d’abonnements réalisés par ces comptes. Nous avons également fait une lecture des tweets postés par les bibliothèques ces derniers mois.

Notre billet a pour objet plus spécifiquement les comptes Twitter de SCD et de bibliothèques universitaires, ainsi que ceux d’une bibliothèque intégrée et d’une bibliothèque associée à un SCD.

Sommaire

Les BU sur Twitter : quelques chiffres (novembre 2013)

Peu nombreuses sur Twitter

Les bibliothèques d’enseignement supérieur sont loin d’être toutes sur Twitter. Parmi les BU et SCD, nous avons dénombré 23 établissements documentaires présents sur Twitter, totalisant 28 comptes2. Alors que de nombreuses bibliothèques universitaires sont sur Facebook, comme en témoigne la très longue liste de Bibliopedia, ont un blog, des bases images, sont sur netvibes, peu sont institutionnellement sur Twitter.

Des comptes peu bavards

Twitter exige des posts réguliers. Comme il est très justement écrit dans le dossier consacré aux réseaux sociaux réalisé par les bibliothèques de la Ville de Paris : « il faut poster régulièrement pour être suivi ». Et d’ajouter, ce qui est vrai également, que Twitter demande « un fort investissement qui doit être pris en compte lorsqu’une bibliothèque souhaite s’y investir »3. Or, les bibliothèques universitaires présentes sur Twitter utilisent cet outil avec parcimonie. Avec plus de 4600 tweets ou retweets en deux ans, la BSA de Lille 3 (@bsaLille3) fait près d’un tiers de tous les tweets envoyés par les bibliothèques recensées dans notre enquête (17062). Le SCD Poitiers (1789 tweets), l’Infothèque de l’ISIC de Bordeaux 3 (1727), la BULAC (1604) viennent ensuite.  Certaines bibliothèques sont presque aphones. D’ordinaire peu loquace sur Twitter, la BU Paris Diderot (@bup7) n’a pas tweeté depuis le 12 septembre.

Des comptes peu suivis

Le nombre de personnes qui suivent le compte de la bibliothèque universitaire peut paraître mineur, voire négligeable, par rapport au compte officiel de l’université qui l’héberge. Ainsi, si l’université de Nantes caracole en tête des universités françaises sur Twitter en nombre d’abonnés (8346 pour @UnivNantes), le nombre de ceux qui suivent le compte @UnivNantesBU peut paraître anecdotique : 463 abonnés.

Le gisement d’abonnés potentiels est important mais le ratio est faible entre le nombre d’usagers d’une bibliothèque et le nombre d’abonnés au compte de cette même bibliothèque. La Bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris, revendiquant 46000 lecteurs actifs et 2 millions de documents, n’a que 633 abonnés à son compte Twitter. La deuxième bibliothèque de France (BNU Strasbourg) et ses 687 abonnés est loin de la BnF (3276 abonnés) ou de la BPI (5163 abonnés). Même si le rapport d’activité 2012 de la BU de Lyon 3 déclare que « en complément d’une offre numérique accrue, Facebook et Twitter se sont imposés comme des moyens de communication efficaces entre professionnels et usagers, voire entre usagers », le compte Twitter stagne à 63 abonnés4. On comparera ces chiffres français avec les 545000 abonnés au compte @librarycongress

« Les comptes Twitter des bibliothèques françaises (universitaires ou non) sont des oisillons »

Pour en rester dans le domaine des bibliothèques universitaires, à titre de comparaison, @theUL (Bibliothèques de Cambridge university, UK) a plus de 7000 « Followers », les bibliothèques du MIT (@mitlibraries) plus de 8300, alors que l’ensemble cumulé des abonnés aux comptes Twitter des BU françaises recensés dans notre enquête est de 7777. Les comptes Twitter des bibliothèques françaises (universitaires ou non) sont des oisillons. Le compte @Gallica, avec plus de 16.000 abonnés, sort du lot des comptes Twitter issus de bibliothèques françaises.

Le Top 5

Notre classement des cinq premiers comptes de Bibliothèque, en ne tenant compte que du nombre d’abonnés est :

Abonnés Abonnements Tweets
BULAC @B_U_LA_C 694 165 1604
BNU Strasbourg @BNUStrasbourg 687 1014 355
BIU Ste-Geneviève @BIUSteGenevieve 633 53 542
BSA Lille 3 @bsaLille3 602 443 4695
BU Angers @BUAngers 481 499 332

Pour rappel, les chiffres indiqués sont ceux observés le 2 novembre 2013. Le tableau complet est présenté en fin de billet.

NB : de ce tableau nous avons retiré @buboscd (bibliothèques du Service commun de documentation de l’université de Bretagne Occidentale) qui aurait du y tenir la première place avec ses 782 abonnés mais qui est « mis en sommeil » depuis octobre 2012.

Bénéficier de sa notoriété pour être suivi, mais pas seulement

La notoriété

Logo-BSG-coulTwit2Ce n’est pas une surprise : parmi les comptes Twitter les plus suivis, on trouve le fleuron des bibliothèques universitaires françaises, bénéficiant d’une forte notoriété. La BNU de Strasbourg − créée en 1871, revendiquant 3 millions de documents − se prévaut d’être la « Seconde bibliothèque de France et première bibliothèque de l’Enseignement supérieur ». De même, avons-nous déjà dit, la Bibliothèque Sainte-Geneviève, interuniversitaire (universités Paris 1, 2, 3, 4 et 7) et publique, pluridisciplinaire et patrimoniale, est prestigieuse.

Travaux et locaux nouveaux

Une période de travaux, de rénovation, voire de création de bibliothèque, avec ses fermetures, ses changements d’accès et de lieux est un moment propice à la fois pour réfléchir à définir les attentes d’une bibliothèque universitaire aujourd’hui et pour mettre en place des réseaux sociaux pour communiquer avec ses usagers en manque de repères. De même, la réouverture d’une bibliothèque transformée avec des changements d’horaires, d’habitudes et la mise en place de nouveaux services, souvent d’une nouvelle identité, est un moment à saisir pour utiliser les réseaux sociaux.

bulac-logoLa BULAC, création récente dans le paysage des bibliothèques parisiennes (décembre 2011), née du regroupement de près de 20 bibliothèques, a ainsi jugé nécessaire d’établir une communication pour se faire connaître, en particulier en utilisant les réseaux sociaux5:

« Les travaux d’information des publics ont eu lieu, entre septembre et décembre 2011, via la poursuite du projet 8.4 (information des publics) et l’édition de brochures écrites, l’information sur le site web (informations pratiques, services), l’affichage en salle et l’utilisation des réseaux sociaux (Facebook et Twitter) » (Rapport d’activité 2011 de la BULAC)

BNUActuellement, la BNU est en travaux. Dans son « Rapport d’activité 2011 », l’établissement strasbourgeois notait, alors qu’il n’y avait que 66 abonnés à son compte Twitter6 :

« La BNU est présente sur les réseaux sociaux depuis 2010. Le nombre d’abonnés s’accroît, mais reste limité. Une campagne de promotion des réseaux sociaux devra être envisagée d’ici la réouverture du bâtiment République. »

Le « Rapport d’activité 2012 » montre les progrès réalisés par la BNUS sur les réseaux sociaux7 :

« Ce secteur progresse très nettement en 2012, La promotion de nos activités y a suscité l’engouement des internautes qui nous suivent en doublant notre audience sur Facebook et en la quintuplant sur Twitter. La mise en place de widgets sur le site internet de la BNU (interfaces graphiques d’accès), notamment le partage de pages et de notices du catalogue, facilite également l’accès à celles-ci. »

Les efforts n’ont pas été vains : le compte @BNUStrasbourg est aujourd’hui le deuxième des bibliothèques universitaires françaises, derrière la BULAC.

8af7a3091cbf65821f6e37abfd263ee2La Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne (BIS) rouvre en novembre 2013 après réhabilitation d’un bâtiment ancien qui n’était plus aux normes de sécurité. Un Comité de pilotage mis en place à cette occasion a constaté que si les collections étaient indéniablement l’atout majeur de la bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne, des leviers d’amélioration étaient à rechercher du côté de la médiation avec les lecteurs et du développement de services adaptés au public que la bibliothèque souhaitait cibler :

« Un poste de chargé de mission pour la communication interne et externe, créé en juillet  2010, a permis d’améliorer la visibilité de la bibliothèque (en particulier sa e-réputation) et l’information à destination des usagers, dans une période où beaucoup pensaient la bibliothèque de la Sorbonne fermée. La page Facebook, le blog Extra-muros, l’envoi régulier de mailings sur l’actualité de la bibliothèque… autant d’actions qui participent de la volonté de développer une médiation renouvelée entre la bibliothèque, ses collections, ses services et son public (Issartel, Pascale, « La bibliothèque de la Sorbonne », BBF, 2013, n° 3, p. 69-76  [en ligne] <http://bbf.enssib.fr/> Consulté le 29 octobre 2013)« 

C’est dans ce contexte que le compte Twitter @BIS_sorbonne  est né en mai 2010 avant de gazouiller plus régulièrement, mais encore faiblement, depuis janvier 2011 (44 tweets à trois jours de la réouverture). Treizième dans notre tableau, la marge de progression de ce compte est sans doute très importante.

Tw-BIStw-bis-nouvelleUne forte identité disciplinaire

Dans le haut du tableau, la Bibliothèque universitaire des langues et civilisations (@B_U_LA_C ) et la Bibliothèque des sciences de l’Antiquité (@bsaLille3) ont pour elles de bénéficier d’une forte identité disciplinaire : la première en traitant des aires culturelles d’Europe balkanique, centrale et orientale, du Maghreb, du Proche-Orient, du Moyen-Orient, d’Asie centrale, d’Afrique, d’Asie et l’Océanie, jusqu’aux civilisations amérindiennes (soit, le monde entier, à l’exclusion des civilisations et des langues de l’Europe occidentale ou issues de celle-ci) ; la seconde en ayant l’Antiquité pour sujet8. Celles et ceux qui s’abonnent à ces comptes connaissent immédiatement le contexte de ces bibliothèques et donc de leur compte Twitter. Ce n’est certes pas suffisant pour attirer une foule d’abonnés, mais c’est sans doute un avantage par rapport aux bibliothèques et aux comptes plus généralistes. On y reviendra.

L’identité des bibliothèques sur Twitter

SCD, BU, BIU, BNU, Bib, etc

Les intitulés des comptes Twitter montrent une variété dans l’identité des structures qui tweetent. Deux comptes s’intitulent Service commun de la documentation : celui de Poitiers (@SCD_Poitiers) et celui d’Antilles-Guyane (@scduag). Toutefois, ces comptes ne se définissent pas comme des SCD, sigle né en 1984 mais encore mal connu par les usagers eux-mêmes, mais « Compte officiel des BU de Poitiers » et  « BU Antilles-Guyane »9.

Les comptes sont essentiellement identifiés par les abréviations plus parlantes de Bibliothèques universitaires (« BU ») ou Bibliothèques interuniversitaires (« BIU »), voire « BNU » à Strasbourg. On compte une « bib » : @BibULCO. Comme nous le signale David Oliviero dans son commentaire à notre billet, « le compte @BibULCO a été choisi parce que tout simplement le compte @bulco existait déjà », soulignant l’importance de « réserver un nom de compte même si le projet de communication sur Twitter n’a pas encore été acté »10.

Les bibliothèques associées ou intégrées à des SCD ont des dénominations plus originales : Infothèque de l’ISIC, bibliothèque intégrée au Service Commun de la documentation de l’Université Bordeaux 3 (@Infotheque_ISIC) et Bibliothèque des sciences de l’Antiquité de Lille 3, bibliothèque associée du Service commun de documentation de l’université Lille 3 (@bsaLille3).

Un nom parlant ?

Pour les SCD ou les BU, le nom de l’université apparait derrière l’appellation @SCD ou @BU en toutes lettres (@BUAngers ; @buAssas etc) ou en abrégé (@BUbdx3, @bup7 etc). À Nantes, la BU vient derrière le nom de l’université qui l’héberge : @UnivNantesBU. On le verra : ce n’est peut-être pas qu’un détail.

Bénéficiant d’une forte identité ou notoriété, les bibliothèques interuniversitaires parisiennes @B_U_LA_C @BIUSteGenevieve et @BIUSante n’inscrivent pas de rattachement administratif à leur nom. Le nom de « Sorbonne » étant partagé par de nombreux établissements, de Paris à Abu Dhabi, il est peu évident de savoir qui tweete. Le compte de @BUParisSorbonne souligne ainsi d’emblée qu’il ne faut pas le confondre avec @BIS_sorbonne !

La période est à la fusion des établissements, ce qui a des répercussions sur les bibliothèques universitaires. Près de deux ans après son entrée en vigueur, l’Université d’Aix-Marseille n’a pas de compte Twitter officiel11. @uCezanne a cessé de gazouiller depuis avril 2012. De même, il n’existe pas de compte Twitter fédérant l’ensemble des BU d’Aix-Marseille mais un compte Twitter différent pour quatre des cinq bibliothèques universitaires, avec un résultat encore peu probant en terme de fréquentation : les comptes des bibliothèques d’Aix-Marseille sont en queue de tableau et seul celui de la BU de droit d’Aix-Marseille Université dépasse les 100 abonnés.

L’avatar

Avatar de @scduag : le compte BU Antilles-Guyane
Avatar de @scduag : le compte BU Antilles-Guyane

Outre un nom, un compte Twitter se reconnait à son avatar, l’illustration qui représente ce compte. Ce sera souvent le logo de la bibliothèque, s’il en existe un12. À défaut de posséder un logo, l’avatar sera la façade du bâtiment de la bibliothèque (@BNUStrasbourg, @bureims@BuLyon3, @BU_Sc_Grenoble), ou une vue de la salle de lecture (@BUParisSorbonne, @bup7), ou des rayonnages (@DijonBU). Certaines bibliothèques choisissent de mettre pour avatar le logo et l’identité de leur établissement, légèrement modifié (Panthéon-Assas, Bordeaux 3, Université de Nantes) pouvant rendre malaisée la différenciation entre les messages de l’université et ceux de sa bibliothèque dans un fil de lecture.

Twitter : un réseau social parmi d’autres ou au service des autres ?

Déjà citée, la récente et intéressante enquête des bibliothèques de la Ville de Paris montre le grand intérêt d’utiliser Twitter pour une bibliothèque municipale, bien placé dans leur Top 10 des plateformes, devant Facebook : « Twitter reste l’outil incontournable des plateformes de blogging rapide et le seul qui se détache vraiment en 2013 » est-il souligné13.

Twitter parmi d’autres

Twitter est le plus souvent un élément de plus parmi les sites de réseaux ou médias sociaux dont disposent les bibliothèques. Pour ne prendre que le top 5 de notre classement, la BULAC possède un compte Facebook, un Delicious (le monde en signets), un scoop.it, une lettre d’information ; la BNUS possède un compte Facebook, Pinterest, Flickr, Dailymotion ; la Bibliothèque Sainte-Geneviève possède un compte Facebook ; le SCD d’Angers possède autant de comptes Facebook qu’il y a de bibliothèques universitaires (BU Belle Beille, BU Saint Serge et même pour la galerie 5 qui, au cœur de la BU Belle-Beille, est un lieu de sensibilisation à l’art contemporain), un compte Slideshare. Dans ce top 5, seule la BSA n’a pas (encore ?) de compte Facebook mais, outre le blog Insula, alimente des comptes Scoop.it, Pinterest, Slideshare et Delicious.

Twitter, un simple lien vers Facebook ?

Quand elles ont un compte Twitter, les bibliothèques ne lui donnent pas souvent une vie autonome, de microblogging, mais utilisent cet outil comme moyen de renvoyer aux autres réseaux et médias sociaux, les tweets faisant le lien vers des informations et des ressources disséminées ailleurs, sur le blog, la base images, Facebook, etc.

Sur les comptes des bibliothèques, Twitter répond souvent à la question « what’s happening  ? » par : « J’ai publié 7 photos sur Facebook », « Le numéro 8 de la Revue de la BNU est arrivé !!!! », « La BNU est aussi sur Pinterest ! Rejoignez-nous ! »,

tw-bnus-flickr

Les BU : un problème d’identité au sein de l’université ?

Évidemment, la Bibliothèque universitaire ou le Service commun de la documentation sont des composantes de l’université, comme n’importe quel service. En matière de communication, l’université peut à bon droit vouloir canaliser l’ensemble de l’information délivrée par les services qui la composent. C’est l’université qui parle quand la recherche, la formation, l’orientation, la documentation souhaitent informer. La difficulté est réelle quand il s’agit de bibliothèques interuniversitaires ou appartenant à des composantes et services liés conventionnellement à l’université (le CNRS par exemple) : les bibliothèques ne sont pas la voix de la seule université et peuvent sans doute plus aisément s’exprimer par elles-mêmes.

Si la bibliothèque se contente d’utiliser Twitter pour signaler les jours de fermeture de la bibliothèque, les horaires particuliers ou l’arrivée du chauffage, un compte Twitter indépendant semble avoir peu d’intérêt : le compte Twitter officiel de l’université, s’il est réactif, doit pouvoir diffuser cette information, et sans doute au plus grand nombre. L’université Lyon 2 a fait clairement ce choix14 :

« Les informations urgentes concernant les BU (fermeture pour travaux, horaires modifiés) ainsi que certaines actualités sur les services sont régulièrement diffusées sur les comptes Twitter ou la page Facebook de l’université. Ne ratez plus les informations de dernière minute en rejoignant les milliers d’étudiants Lyon 2 déjà inscrits sur ces réseaux sociaux. »

tw-lyon2La BU dans sa coquille ?

twitter-avatar-nantesL’exemple nantais semble illustrer la difficulté pour les bibliothèques universitaires de revendiquer une identité propre au sein de l’université. On a vu que le compte @UnivNantesBU reprend le logo de l’université (avec ajout d’un coquillage, symbole de Nantilus, le portail documentaire) et que l’abréviation BU figure derrière le nom de l’université, et non devant, comme si la BU devait vivre cachée derrière son établissement. Cette impression se confirme par un point assez étrange : l’existence du compte Twitter de la BU n’est pas signalée sur les pages dédiées à la Bibliothèque universitaire sur le site de l’université, mais seulement sur Nantilus. D’ailleurs, contrairement à ce que l’intitulé « BU » du compte pourrait laisser croire, il ne s’agit pas du compte de la bibliothèque universitaire elle-même mais − nuance intéressante − celui de ses bibliothécaires : « Les bibliothécaires des BU de Nantes vous informent » est-il précisé dans l’intitulé du compte.

Les bibliothécaires étant censés être experts en veille et en information, ils sont nombreux à être sur Twitter à titre privé, allant parfois (mais rarement) jusqu’à mettre leur identité numérique au service leur établissement15. Il peut dès lors être frustrant pour eux de ne pouvoir s’exprimer directement aux usagers de leur bibliothèque par un compte spécifique de la bibliothèque et de le faire par le truchement du compte fourre-tout de l’université. Il est donc intéressant de connaître ce que gazouillent les bibliothèques universitaires quand celles-ci ont la liberté de tweeter de leurs propres ailes.

Que tweetent les bibliothèques universitaires ?

Horaires et aléas

Évidemment, les bibliothèques se sont saisies de cet outil de communication pour donner des renseignements sur la structure elle-même : horaires de la bibliothèque durant les vacances, fermetures exceptionnelles, arrêts du serveur, etc. C’est l’usage souvent premier et (hélas) parfois exclusif de Twitter en BU :

Tw-stetienne

Tw-grenoble Tw-guyane-fermeture

tw-lyon-panne

Promotion des acquisitions et des services

Outre le fait d’annoncer des questions d’horaires d’ouverture, la bibliothèque peut se servir de Twitter pour faire la promotion de ses richesses, annoncer de nouvelles ressources en ligne, informer de services rendus.
tw-bis2

tw-busanteamuTW-Assas-service

Tw-bua-revues

Tw-bup7Signaler l’action culturelle

Les bibliothèques organisent des rencontres littéraires, des expositions, etc qu’elles peuvent annoncer en tweetant :

Tw-saintebarbe-animationtw-poitiers-animationtw-bua-wikipediatw-bua-expositiontw-nantes-animation

Tw-bulac-culturelTw-bibulco-culturelValoriser son patrimoine

La bibliothèque, si elle dispose d’un patrimoine, peut diffuser la connaissance de celui-ci via Twitter. En France, c’est le compte Twitter de Gallica de la BnF qui fait autorité par le nombre de tweets envoyés quotidiennement, le ton employé et (donc) par son nombre d’abonnés. Souvent, c’est à cette occasion que les bibliothèques utilisent Twitter pour relayer une information publiée sur un autre compte : une base images, le blog de la bibliothèque, etc.

tw-bulac-patrimoine

Faire de la veille et informer

Twitter, on le sait, est un formidable outil de veille. Or, une fois ce constat posé, il est à noter que peu de bibliothèques universitaires se servent de cette richesse informationnelle pour nourrir leur compte, préférant parler d’elles-mêmes plutôt que de sujets extérieurs. Les bibliothèques spécialisées font généralement exception. Ainsi, le compte de la BULAC ne se contente t-il pas d’informer sur les services ou sur le fonds de la bibliothèque mais réalise une véritable veille sur les disciplines qui sont les siennes pour en faire profiter ses abonnés, bien au-delà des seuls usagers de la bibliothèque. Alors que la plupart des bibliothèques universitaires utilisent Twitter en solo, ne gazouillant que d’une seule voix, la BULAC se permet d’enrichir son information en retweetant des informations venues d’autres comptes, comme ici une information postée par l’Institut français du Proche-Orient :

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L’avantage de la BULAC, nous l’avons dit, est de bénéficier d’une forte identité disciplinaire.

La BNUS, quant à elle, possède la particularité d’avoir un domaine d’excellence reconnu depuis la fondation de la bibliothèque : la documentation concernant l’Alsace (Alsatiques). La BNU vise l’exhaustivité des productions imprimées et audio-visuelles qui touchent de près ou de loin à cette région. Le compte Twitter est au diapason de cette particularité et produit une information régulière concernant l’Alsace.tw-strasbourg-alsaceSignalons également l’Infothèque de l’Institut des Sciences de l’Information et de la Communication (ISIC) de l’Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3, au huitième rang des comptes Twitter, qui offre une très intéressante veille en Info-com, nouvelles technologies, médias… Notons que le compte de cette bibliothèque intégrée au SCD de Bordeaux 3 attire trois fois plus d’abonnés que le compte @BUbdx3 des BU de Bordeaux 3.

tw-isic-boss

Focus sur @bsaLille3 : le compte Twitter de la BSA de Lille 3

Créé en octobre 2011, le compte Twitter de la Bibliothèque des sciences de l’Antiquité de l’université Lille 3 a dépassé les 600 abonnés deux années plus tard, se hissant à la quatrième place de notre classement. En comparaison des bibliothèques prestigieuses et imposantes qui la précèdent, la Bibliothèque des sciences de l’Antiquité est minuscule : elle possède 28000 documents dépendant de deux UFR et d’un laboratoire CNRS16. Son originalité tient dans sa spécialisation, l’Antiquité, discipline affichée parmi les pôles de documentation remarquables de l’université.

Le compte Twitter complète l’arsenal web de la BSA. Il permet de donner de l’information rapide sur la bibliothèque elle-même, mais de manière très exceptionnelle (et même rarissime) : les abonnés à @bsaLille3 ne sont pas (ou très rarement) des usagers de la bibliothèque elle-même. Il s’agit essentiellement d’un compte de veille sur l’Antiquité, relayant l’information véhiculée par divers médias. Dans un contexte universitaire, l’information tweetée n’est pas uniquement académique : comme le blog Insula, le propos s’adresse à tous. Sont annoncés aussi bien des comptes rendus d’ouvrages que le tournage d’un péplum, les découvertes archéologiques, les expositions, les sites web intéressants, les publications en ligne etc.

tw-bsa-platontw-bsa-crtw-bsa-acropolisSi le compte Twitter de la BSA relaie l’information des médias, il est également un excellent moyen pour faire connaître les billets publiés sur le blog de la bibliothèque, parmi d’autres sources. De fait, les chiffres d’audience du blog ont augmenté de manière importante à partir du moment où la parution des billets fut annoncée sur Twitter. Quand un des abonnés influents redirige l’intitulé d’un billet d’Insula aux 3000 abonnés de son compte, le lectorat d’un billet de blog augmente.

tw-bsa-vqp2La bibliothèque ne possède pas de service de communication : l’alimentation du compte Twitter se fait au fil des lectures d’une veille imposée − ou motivée − par la spécialisation de la bibliothèque. Le compte émet environ six tweets par jour en moyenne (123 tweets postés pour le seul mois d’octobre 2013). Toujours en moyenne, l’expérience montre qu’il faut huit tweets pour gagner un abonné. On comprend, dans ce contexte, que les bibliothèques qui tweetent peu stagnent dans leur popularité.

À noter que la BSA possède un deuxième compte Twitter, qui ne tweete que les nouvelles acquisitions de la bibliothèque : @BsaAcquisitions. Ce compte très particulier, régulièrement alimenté, est très peu suivi.

En conclusion (provisoire)

La présence encore très modeste des bibliothèques d’enseignement supérieur sur Twitter est sans doute liée à la place des Services commun de la documentation sur les portails des universités. Très souvent, les bibliothèques ont la stratégie du coucou : les Services communs de la documentation ont rarement un site propre mais hébergent leurs pages sur le site de l’université. Cette stratégie (si on peut appeler ainsi ce qui peut être pour certaines un état de fait, ou une contrainte) peut avoir pour avantage de bénéficier de la visibilité de l’université, de s’identifier à l’établissement porteur, mais encore de bénéficier de sa cellule de communication, car souvent les bibliothèques universitaires en sont dépourvues. Mais cette position au sein des pages du portail de l’université ne permet pas à la bibliothèque (ou au SCD) de « parler » directement à ses usagers. Or, les professionnels de la documentation peuvent être des experts dans la diffusion d’informations ciblées.

Encore faut-il tweeter souvent et savoir quoi écrire. Si la bibliothèque diffuse peu de messages, avoir son propre compte est inutile. Si la bibliothèque se contente de n’annoncer qu’heures d’ouverture et fermeture, le compte de son université le fera sans doute aussi bien, et à destination de plus de monde. Les rares bibliothèques universitaires qui ont ouvert un compte Twitter utilisent encore trop souvent cet outil comme un simple panneau d’affichage. C’est sans doute l’une des raisons qui fait que le succès de leur compte tarde à venir.

À l’heure où les usagers réclament des « subject librarians », des bibliothécaires référents censés les aider non seulement sur les méthodes de recherche mais aussi pour valoriser leurs secteurs disciplinaires, Twitter peut être un outil très appréciable, de veille et de partage17. Les bibliothèques doivent pouvoir user de ce gisement d’informations à leur disposition pour diffuser de l’information sélectionnée. Et, pour ce faire, le twitteur « doit bénéficier d’une marge de manœuvre suffisante », comme le souligne Lionel Maurel dans Bibliothèques 2.0 à l’heure des médias sociaux18. En raison du tempo rapide de Twitter, véritable robinet d’informations toujours ouvert, de la réactivité nécessaire à son utilisation, « un établissement doit accepter que le service puisse être géré par des personnels dans une « zone d’autonomie relative » » écrit encore Lionel Maurel. Devant déjà gérer son positionnement vis-à-vis de son université, les questions de la modération et du temps à consacrer à cet outil peuvent sans doute être encore vécues comme des freins à la mise en place de Twitter en bibliothèque universitaire.

Le tableau des BU sur Twitter

Les chiffres indiqués sont ceux observés le 2 novembre 2013 ; la recherche s’est faite en particulier à partir des sites internet des universités. Il est possible qu’un compte n’y figure pas : merci de nous signaler les oublis éventuels.

Tableau modifié le 19 novembre 2013 : ajout de @DijonBU

Abonnés Abonnements Tweets
BULAC @B_U_LA_C 694 165 1604
BNU Strasbourg @BNUStrasbourg 687 1014 355
BIU Ste-Geneviève  @BIUSteGenevieve 633 53 542
BSA Lille 3 @bsaLille3 602 443 4695
BU Angers @BUAngers 481 499 332
Université Nantes BU @UnivNantesBU 463 393 1012
BU Panthéon-Assas (Paris 2) @buAssas 457 2 152
Infothèque de l’ISIC (Bordeaux 3) @Infotheque_ISIC 452 344 1727
Bibliothèques de Paris-Sorbonne @BUParisSorbonne 446 287 341
BIU Sainte-Barbe @BIUSainteBarbe 432 19 379
BU Reims @bureims 370 24 808
SCD Poitiers @SCD_Poitiers 327 197 1789
La bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne (BIS) @BIS_sorbonne 263 60 44
BIU Santé @BIUSante 255 457 460
BU Lyon1 @BULyon1 251 158 366
BU de droit d’Aix-Marseille Université @budroitamu 159 64 591
BU de Bordeaux 3 @BUbdx3 153 0 179
BU Saint-Etienne @BUSaintEtienne 125 12 113
BU Paris Diderot (Paris 7) @bup7 112 0 193
BU Antilles-Guyane @scduag 105 87 282
BU Lyon 3 @BuLyon3 63 0 261
Bibliothèque universitaire de Sciences de Grenoble (SICD1) @BU_Sc_Grenoble 60 11 117
BULCO (Université du Littoral Côte d’Opale) @BibULCO 55 30 389
Bibliothèques de Lettres et Sciences humaines d’Aix-Marseille
@bulshamu 49 81 142
BU Droit-Lettres de Dijon (ajout le 19/11/2013)
@DijonBU 35 19 82
Bibliothèques de sciences d’Aix-Marseille @busciencesamu 20 2 123
Bibliothèques universitaires de Santé d’Aix-Marseille @busanteamu 15 9 66
TOTAL 7777 4420 17062

À noter le compte des acquisitions de la BSA (Lille 3)

Acquisitions de la BSA (Lille3) @BsaAcquisitions 36 1 734

Quelques liens

La liste des comptes Twitter des Bibliothèques de l’enseignement supérieur en France répertoriée sur Bibliopedia : http://www.bibliopedia.fr ;
La liste Twitter des bibliothèques universitaires de France réalisée par @GallicaBnF : Bib. univ. France : https://twitter.com/GallicaBnF/bib-univ-france ;
L’enquête : Adeline Foucher, « Classement des universités sur Twitter : avril 2013 », Campus Communication [En ligne], mis en ligne le 22 avril 2013. URL : <http://www.campuscommunication.fr/2013/04/classement-des-universites-sur-twitter-avril-2013/>. Consulté le 28 avril 2013.

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Notes du texte

  1. Voir « Classement des universités sur Twitter : avril 2013 » sur le site Campus Communication : http://www.campuscommunication.fr/2013/04/classement-des-universites-sur-twitter-avril-2013/. []
  2. Le 19 novembre 2013 a été ajouté le compte @DijonBU à cette liste, compte créé en juillet 2013 ; cet ajout, faisant porter la liste de 22 à 23 établissements, ne bouscule en rien le propos du billet. []
  3. Benchmark, les réseaux sociaux en bibliothèque : étude comparative – Etude coordonnée par la préfiguration de la bibliothèque Canopée – Ville de Paris (juin 2013), disponible en pdf (54 pages). Ce fait est encore très récemment rappelé dans le billet « La bibliothèque tweete! … Aidons la! » publié par bibliobang, le think tank des bibliothèques : http://bibliobang.tumblr.com/post/10929828952/la-bibliotheque-tweete-aidons-la-1-2 []
  4. Rapport d’activités 2012 au format PDF [PDF – 1 Mo]. []
  5. Rapport d’activité 2011 de la BULAC (pdf). []
  6. Rapport d’activité 2011 de la BNUS (pdf). []
  7. Rapport d’activité 2012 de la BNUS (pdf). []
  8. On peut en dire autant du compte de l’Infothèque de l’Institut des Sciences de l’Information et de la Communication (ISIC) de l’Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3, au huitième rang des comptes Twitter. []
  9. Les SCD existent depuis le décret n° 85-694 du 4 juillet 1985 – décret d’application de la loi n° 84-52 du 26 janvier 1984 relative à l’enseignement supérieur. []
  10. ajout au billet le 25/11/2013. []
  11. Aix-Marseille Université a été créée par le décret n° 2011-1010 du 24 août 2011. Elle est entrée en vigueur le 1er janvier 2012, se substituant à l’université de Provence, de la Méditerranée et Paul-Cézanne []
  12. @bsaLille3, @SCD_Poitiers, @BULyon1, @BIS_sorbonne @BUSaintEtienne, @BibULCO etc []
  13. Benchmark, les réseaux sociaux en bibliothèque : étude comparative – Étude coordonnée par la préfiguration de la bibliothèque Canopée – Ville de Paris (juin 2013), disponible en pdf (54 pages). []
  14. Site : http://etu.univ-lyon2.fr/doc/suivre-l-actualite-des-bu-sur-twitter-et-facebook-454860.kjsp. []
  15. Voir à ce propos : Silvère Mercier, « Quelle identité numérique pour une institution publique ? », Bibliobsession [En ligne], mis en ligne le 5 mai 2009. URL : <http://www.bibliobsession.net/2009/05/05/quelle-identite-numerique-pour-une-institution-publique/>. Consulté le 17 novembre 2013. []
  16. La BSA est l’une des bibliothèques associées du Service commun de la documentation de Lille 3. Les ouvrages de langues et littératures gréco-latines proviennent du département de Langues et cultures antiques de l’UFR Humanités ; les ouvrages d’archéologie et d’histoire antique de l’UFR des Sciences historiques, politiques et artistiques ; la bibliothèque détient également une partie des ouvrages du Centre de Recherches HALMA-IPEL UMR 8164 (CNRS, LILLE 3, MCC). []
  17. Lire en particulier sur notre blog : Anne Morenvillé, « Enquête auprès des publics de la Bibliothèque universitaire centrale de Lille 3 », Insula [En ligne], mis en ligne le 17 avril 2013. URL : <http://bsa.biblio.univ-lille3.fr/blog/2013/04/enquete-publics-bibliotheque-universitaire-lille-3/>. Consulté le 17 novembre 2013. []
  18. Muriel Amar, Véronique Mesguich, Bibliothèques 2.0 à l’heure des médias sociaux, (Bibliothèques) Editions du Cercle de la librairie, 2012, p. 107. Voir notice []

Lire aussi sur Insula :

Citer ce billet

Christophe Hugot, « Bibliothèques universitaires et Twitter », Insula [En ligne], ISSN 2427-8297, mis en ligne le 18 novembre 2013. URL : <http://bsa.biblio.univ-lille3.fr/blog/2013/11/bu-et-twitter/>. Consulté le 20 juillet 2017.