Le site antique de Famars sur le territoire de la cité des Nerviens

Actualité historique, archéologique et muséologique.

L’actualité est riche concernant le site antique de Famars, près de Valenciennes. Une journée d’études, une exposition et un catalogue font le point sur les connaissances actuelles de la cité des Nerviens.

Fanum Martis : des fouilles et des études en cours

Au sud de Valenciennes, à seulement 5 km, l’antique site de Famars (Ier-IVe s. de notre ère), déjà connu au XVIIIe siècle offre aux archéologues un terrain d’activité intense depuis 2009 en particulier en raison du projet d’un vaste lotissement de 4,2 ha (2009), puis du projet Technopôle couvrant une surface de 7,8 ha (2011-2014). Le responsable en est Raphaël Clotuche qui coordonne les équipes de l’Inrap et du Service archéologique de Valenciennes. Il s’avère de ce fait que l’on peut désormais évaluer avec plus de précision l’ampleur maximale de l’agglomération, soit environ 150 ha et l’importance des bâtiments découverts (aqueduc, théâtre…). Ceci confirme l’importance de ce site autour de son sanctuaire ainsi que la vitalité économique de l’artisanat et du commerce qui s’y est développé, présentant le visage d’une bourgade active et prospère. L’étude poussée du castrum tardif a également permis de faire progresser les connaissances en ce domaine.

Les résultats de l’équipe ont été en grande partie présentés lors d’une journée d’études intitulée Famars. Les dernières découvertes à la lumière des trois siècles d’archéologie, dirigée par Claire Barat, maître de Conférences en histoire romaine de l’Université de Valenciennes et Raphaël Clotuche qui s’est tenue au Musée des beaux-Arts de Valenciennes, le 18 avril 2013 (voir le programme).

Fanum Martis : une exposition au musée des Beaux-Arts de Valenciennes

Exposition "La ville antique de Famars"
Exposition « La ville antique de Famars »

De même, le public peut aussi apprécier les découvertes par le biais d’une exposition dans ce même musée et ce sur deux niveaux de présentation : Aux origines de Valenciennes : la ville antique de Famars, 12 avril-16 septembre 2013. La mise en valeur des fouilles a fait l’objet d’un partenariat entre la Communauté d’Agglomération Valenciennes Métropole, la Ville de Valenciennes, la Ville de Famars et l’Inrap. L’exposition a été élaborée par Raphaël Clotuche de l’Inrap, et il en est commissaire aux côtés d’Emmanuelle Delapierre et de Philippe Beaussart. Ils ont rassemblé des documents d’archives sur les fouilles anciennes, mais aussi des objets provenant de fouilles nouvelles et de fouilles plus anciennes. De ce fait, des objets ont fait l’objet d’une première présentation et d’autres étaient conservés dans divers lieux et musées de la région : Archives départementales du Nord à Lille, Bibliothèque municipale de Lille, musée Henri Boez à Maubeuge, Forum antique de Bavay. Musée archéologique du département du Nord, Musée de la Société archéologique à Avesnes-sur-Helpe, mais aussi nationaux : Bibliothèque Nationale de France à Paris, et internationaux : Musées royaux d’art et d’histoire à Bruxelles, en Belgique.

Le catalogue de l’exposition

Catalogue « La ville antique de Famars »

Un beau catalogue de 136 pages, La ville antique de Famars, Service archéologique de Valenciennes, 2013, édité sous la direction de Raphaël Clotuche, avec pour responsable d’édition Philippe Beaussart, offre un très bel aperçu de la richesse des trouvailles. L’historique des fouilles a été retracé par R. Clotuche qui part des premières initiatives d’Alexandre le Hardy, seigneur des lieux dans la seconde moitié du XVIIe s. Soulignons la particularité de l’histoire des fouilles au début du XXe s. : le travail a été effectué alors par deux archéologues allemands Gehrard Bersu et Wilhelm Unverzagt, membres de la commission de l’armistice et de la paix après la Première Guerre Mondiale. Notons ensuite l’empreinte profonde laissée par Maurice Hénault, directeur des fouilles de Bavay à partir de 1920, qui révéla l’importance de l’aqueduc de Famars ; Henri Guillaume prendra la suite après la Seconde Guerre Mondiale. Depuis lors les nouvelles fouilles et les études permettent de mieux comprendre l’extension de l’agglomération, d’avoir un plan d’ensemble de plus en plus précis et de mieux connaître la parure édilitaire dont cet aqueduc ou encore le théâtre, mais aussi d’avoir le plan précis du castrum. On a désormais une vision d’ensemble de l’occupation du site de la période romaine (R. Clotuche, Pascal Neaud, Bérangère Fort). L’intérêt des fouilles récentes a été de montrer que la place de l’artisanat à Famars a été particulièrement dynamique et prospère durant le Haut-Empire. Si la métallurgie a été repérée à Famars, elle est encore mal identifiée (Bérangère Fort, Nicolas Tisserand, Benjamen Jagou). On prendra garde que les très belles stèles liées à ce travail et reproduites dans le catalogue (p. 68 fig. 68 musée de Sens, p. 68 et 75 fig. 69 et 75 dont l’origine n’est pas précisée) ne proviennent pas des fouilles de Famars, mais illustrent ce travail artisanal en Gaule en général. Les traces de l’élevage ont été étudiées par Jean-Hervé Yvinec et il faut souligner la présence peu courante d’os de paon (p. 80). En corollaire, la tabletterie est également bien présente (Annick Thuet). La production de poterie est aussi signalée en particulier par les fours qui ont fait l’objet d’études techniques poussées. Soulignons l’existence de très beaux vases à bustes tout à fait caractéristiques, exposés dans les vitrines du musée (Sonja Willems, R. Clotuche). Le catalogue des monnaies est déjà bien connu en raison de la découverte ancienne (XIXe s.) de cinq trésors représentant plus de 26000 pièces étudiées par Roland Delmaire s’est enrichi de deux nouveaux trésors, dont un enfoui dans un four à chaux date de 321-323 (site de la Rhonelle, 153 monnaies) et de séries de découvertes récentes (p. 112-115). Le catalogue se termine par un tour d’horizon de la vie quotidienne à Famars, où l’on remarquera tout particulièrement les décors peints d’un grand raffinement. Notons enfin que cet espace profondément marqué par les espaces sacrés présente des lots de céramiques déposées dans des fosses cultuelles qui se distinguent par les cassures ou le percement volontaire des vases.

Fanum Martis, un site antique sur le territoire de la cité des Nerviens : quelques repères

Détail de l'exposition Famars - Photographie Raphaël Clotuche
Détail de l’exposition Famars – Photographie Raphaël Clotuche

Fanum Martis est un site fascinant qui a encore beaucoup à nous apprendre en particulier grâce aux opérations archéologiques d’envergure actuellement en cours. En effet, bien que connu depuis le XVIIe siècle comme un site antique par ses vestiges archéologiques appréciés des amateurs, il n’apparaît pas dans notre documentation antique écrite de la période de la conquête ni dans celle du Haut-Empire. Il ne figure pas sur les documents cartographiques antiques (Carte de Peutinger, Itinéraire d’Antonin…) et n’a livré, jusqu’à présent, aucune inscription monumentale mais quelques graffites… La faible représentation de la documentation épigraphique est pour le moins surprenante car les vestiges archéologiques et numismatiques nous amènent à penser que dès le milieu du Ier siècle ap. J.-C., la cité des Nerviens a vu se développer aux confins de son territoire une agglomération importante signalée à la période romaine tardive dans la Notice des Dignités sous le toponyme Fanum Martis. Cette agglomération antique faisait donc partie de la Gaule Belgique dessinée par Auguste qui avait pour capitale Reims, puis elle fit partie de la Belgique Seconde.

Si le nom de ce lieu laisse envisager un développement autour d’un sanctuaire − restant à identifier − consacré à Mars, prenant une importance croissante en termes édilitaires (maisons aux riches décors picturaux, aqueduc, théâtre, thermes, ateliers…), la présence avérée du castrum lie Famars à la géographie militaire de la période tardive. Raymond Brulet s’est penché sur le cas des castra de Bavay et de Famars, montrant la nouvelle ligne défensive qui s’édifie le long de la voie depuis Cologne.

En ce qui concerne les conséquences des vagues d’invasions, l’installation de populations germaniques, et la réaction du pouvoir romain en Gaule Belgique, Patrick Thollard avait en 1994 réuni des chercheurs pour évaluer de façon systématique l’Insécurité et (la) militarisation en Gaule du nord au Bas-Empire (n° 313 du tome 77 de la Revue du Nord 1995). Dans son article évocateur « L’importance des invasions du Bas-Empire : peut-on faire confiance aux historiens ? », Dick Whittaker évoque d’abord le problème du manque de sources écrites en particulier pour le IVe s. et le début du Ve s. et pour le reste les problèmes d’interprétation de celles qui existent. Il souligne à juste titre qu’une des clefs de lecture est précisément l’évolution des modèles urbains aux IIIe et IVe s. liée à l’apparition des structures défensives, fait confirmé par l’archéologie et les études récentes : on consultera la Topographie chrétienne des cités de la Gaule des origines au milieu du VIIIe s. Province ecclésiastique de Reims (Belgica secunda), vol. XIV, Paris, 2006, sous la direction de L. Pietri, Br. Beaujard, J. Biarne et alii, dont la 2e édition va bientôt paraître, et le programme dirigé par Didier Bayard sur les « Fortifications des villes de l’Antiquité tardive, dans le nord de la Gaule », dont le dernier volet a été présenté à Beauvais en mars dernier (22 mars : 3e journée d’études) a donné l’occasion aux chercheurs de faire le point sur cette question.

On considère que malgré les dangers représentés par ce demi-siècle tourmenté, le castrum ne serait apparu que plus tard dans la continuité de la politique de Constantin visant à partir de 312 à renforcer les défenses intérieures. Les invasions de Saxons et de Francs reprennent sous ses fils.

Détail de l'exposition "Famars"
Détail de l’exposition « Famars »

Par ailleurs, à l’extrême fin du IIIe s., on assiste à l’installation de Germains en Gaule du nord. Le Panégyrique de Constance Chlore de 297 (Pan. Lat. IV, 21) mentionne leur établissement chez les Nerviens, les Ambiens et les Bellovaques. Le but est de remettre en culture des terres laissées en friche à la suite des invasions, de repeupler cet espace et d’y installer des soldats capables de se défendre et de défendre cette zone. Famars prend une ampleur militaire non négligeable car un castrum est bâti et une cohorte de Lètes y est installée sous la direction d’un préfet afin de protéger le secteur. Il fait partie d’un groupe de 45 officiers qui sont sous le commandement d’un magister in praesenti. D’autres unités se trouvent à Arras et à Reims. L’installation de ces Lètes leur permet d’occuper des terres en friche et de servir l’armée romaine tout en conservant un statut privilégié par rapport à celui des déditices, privés de la plus grande partie de leurs droits. Les Nerviens sont également attachés au système de défense du littoral sous le contrôle d’un duc du tractus Armoricanus et Nervicanus car le litus saxonicus implique des bases arrières solides.

Au IVe s., il ne reste que le castrum (construction débutée vers 320) dont l’évolution suit celle de Bagacum (Bavay), dont le castrum est centré sur l’ancien forum. Il s’agit à Famars de la fortification du Bas-Empire la mieux connue car le plan est désormais quasiment complet et les phases de construction et de réfection sont bien repérées comme l’a montré l’archéologue Raphaël Clotuche.

La continuité d’occupation est remarquable car le castellum de Famars et son pagus sont au début du Moyen Âge signalés comme actifs. Le christianisme, désormais religion officielle de l’Empire romain, s’installe durablement. Chaque cité accueille un évêque. Dès 346, un « évêque des Nerviens » nommé Superior est attesté, même si la liste qui donne son nom, intégrée dans un document falsifié au VIIIe siècle, suscite encore beaucoup de discussions (nous renvoyons aux travaux de Charles Mériaux).

La richesse de ce site est confirmée : son étude de plus en plus précise est l’objet d’une attention toute particulière qui suscite un vif intérêt pour le travail déjà réalisé et les fouilles encore en cours. Souhaitons de nouvelles et belles découvertes à Fanum Martis

Pour en savoir plus

L’exposition : « Aux origines de Valenciennes : la ville antique de Famars ». Musée des Beaux-Arts de Valenciennes. Jusqu’au 16 septembre 2013. Voir le site des expositions temporaires

Le catalogue : Raphaël Clotuche, La ville antique de Famars, Illustria, 2013. 135 pages. ISBN 978-2-35404-037-6

Détail de l’exposition Famars – Photographie Raphaël Clotuche
Détail de l’exposition Famars – Photographie Raphaël Clotuche
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Christine Hoët-Van Cauwenberghe, « Le site antique de Famars sur le territoire de la cité des Nerviens », Insula [En ligne], ISSN 2427-8297, mis en ligne le 24 juin 2013. URL : <http://bsa.biblio.univ-lille3.fr/blog/2013/06/site-antique-famars/>. Consulté le 23 février 2017.