« Horologia et Solaria, instrumentaliser le temps à l’époque romaine »

Journée d’études à Lille 3 le 29 mars 2013.

Le 29 mars 2013, l’université de Lille 3 accueillera une journée d’études internationale sur une thématique déjà abordée à de multiples reprises à présent sur le Blog Insula : les instruments de mesure du temps dans l’Antiquité. Organisée par Javier Arce et Jérôme Bonnin, cette journée d’études fait suite à la thèse de doctorat de ce dernier et clôture, en quelque sorte, l’exposition « Le temps des Romains » présentée au Musée de Picardie à Amiens jusqu’au 24 mars 2013. Nous avons demandé à Jérôme Bonnin  de nous présenter la journée.

Horologia et Solaria
Horologia et Solaria

L’objectif principal de cette journée est de faire le point sur nos connaissances concernant les instruments de mesure du temps gréco-romains et sur l’usage qui en était fait à l’époque romaine. Cette rencontre se veut surtout centrée sur l’objet lui-même, ses types, particularités, résonances artistiques ou sociales, et non sur la question du temps comme notion philosophique, métaphysique ou littéraire. En effet, l’horloge, quelle que soit sa forme ou sa signification, est bien souvent la grande oubliée des études portant sur le « Temps » dans l’Antiquité, ce qui est tout de même assez paradoxal. Il peut tout autant s’agir d’un signe de désintérêt que de prudence. En effet, malgré la place prépondérante prise par l’horloge, essentiellement sous la forme du cadran solaire, tant dans les textes que dans les faits archéologiques, il s’agit d’un instrument qu’il convient d’aborder avec prudence et c’est dans cette optique que cette journée d’études a été pensée.

Nos conceptions modernes du temps et de son utilité ne doivent pas être calquées sur les réalités antiques. Cela ne peut mener qu’à des impasses et à des non-sens. Il s’agit là d’un premier écueil à éviter. Le second voudrait que l’on puisse travailler sur un tel mobilier en restant enfermé dans une seule et même discipline, archéologie ou astronomie, peut importe. Or, à la croisée de plusieurs disciplines techniques, la gnomonique antique ne peut se comprendre qu’à travers une approche pluridisciplinaire. Le rapprochement des données provenant des inscriptions, des représentations iconographiques et des textes littéraires avec le mobilier archéologique conservé, mais également avec les connaissances actuelles astronomiques et gnomoniques, devrait permettre de regarder des objets souvent considérés comme trop complexes ou trop rudimentaires d’un œil nouveau, de redonner la place qui lui revient à un élément de parure urbaine ordinaire trop souvent ignoré. Elle devrait surtout permettre de reconsidérer la place des horologia dans la société gréco-romaine :

  • De la tour des vents aux cadrans portatifs, que nous apprennent ces instruments sur les usages et la représentation du temps dans l’Antiquité ?
  • Quelles informations donnaient-ils réellement, comment étaient-ils fabriqués ?
  • Quels problèmes posent encore certains objets ou monuments, parfois controversés ?
  •  En quoi ces instruments ou certaines habitudes ont-ils marqué les structures mentales ?

Plusieurs interventions se succèderont afin de répondre à ces quelques questions et d’en apporter d’autres, avec comme fil conducteur la volonté de comprendre comment le « Temps », donnée insaisissable par excellence, a été lentement apprivoisé par les Hommes, jusqu’à devenir un élément mesurable, mesuré et, à l’époque romaine, instrumentalisé, tant physiquement que mentalement.

La programmation rassemblera, pour la première fois en France, des chercheurs de trois nationalités, des spécialistes reconnus, en histoire de la mesure du temps, en archéologie, en astronomie ou encore en épigraphie.

Après une introduction générale présentée par Javier Arce et Jérôme Bonnin, Denis Savoie, chef du département « astronomie astrophysique » du Palais de la Découverte et chercheur au Syrte, proposera une intervention sur la thématique du fonctionnement et de la précision des cadrans antiques, essentiellement dans le cas des cadrans dits « incorrects ». Cette première approche devrait permettre de rappeler, dès le départ, ce que l’on entend par cadran incorrect et ce que cette réalité recouvrait réellement dans l’Antiquité.

Hermann J. Kienast, membre de l’Académie des Sciences d’Athènes et ancien vice président du D.A.I d’Athènes interviendra ensuite sur la tour des vents d’Athènes, sur son architecture et sa fonction. Cette présentation sera l’occasion, à n’en pas douter, de riches débats sur la chronologie de ce bâtiment emblématique tant de la gnomonique que de l’architecture antique.

La question des cadrans solaires présents sur les faces de cet édifice sera abordée par Karlheinz Schaldach, chercheur indépendant spécialiste des instruments de mesure du temps de Grèce antique et mathématicien. Ce dernier présentera également le résultat de ses recherches sur deux autres instruments exceptionnel bien que controversés, le globe de Prosymna, véritable tour de force et exception gnomonique et la fameuse méridienne d’Auguste, débarrassée de son habit gênant  « d’horloge monumentale ».

L’après-midi sera l’occasion d’échanger sur des sujets touchant autant aux problématiques techniques que symboliques. La place de l’horloge dans l’iconographie romaine sera ainsi abordée par Jérôme Bonnin, en mettant l’accent sur les significations données à cet élément et à la fréquence de son utilisation.

Christine Hoët Van-Cauwenberghe interviendra ensuite sur un sujet particulièrement complexe et en pleine reconsidération, les cadrans solaires portatifs, avec une approche historique centrée sur la question de la perception du monde romain antique à partir de ces objets bien particuliers.

Christophe Schmidt, chargé d’enseignements à l’université de Genève, présentera ensuite une communication sur le thème de la mesure du temps au quotidien d’après les inscriptions latines. Le corpus épigraphique sur les horloges est en effet vaste et permet de comprendre quelle était la place réelle occupée par le temps et ses subdivisions dans la vie quotidienne des administrés de l’Empire.

Enfin, la journée se conclura par une intervention d’Anthony Turner, chercheur indépendant et spécialiste de l’histoire de horlogerie et des instruments scientifiques de l’Antiquité au XVIIIe siècle, sur la thématique, extrêmement riche et complexe, de la place des instruments de mesure du temps dans l’Antiquité tardive et au Haut Moyen-Âge (IIIe – IXe siècle).

Accueillie et soutenue par le laboratoire Halma-Ipel ainsi que par le Ministère des Affaires Étrangères, cette journée se veut une première étape dans une réflexion plus vaste sur la question de l’usage des techniques et des connaissances scientifiques à l’époque romaine. Elle devrait également, et ce n’est pas là la moindre des choses, montrer la richesse qu’il est possible de générer sur la base d’une recherche doctorale et de travaux complémentaires menés par d’autres membres du laboratoire. Un chercheur n’avance pas seul et nous ne pouvons que saluer la synergie des différents acteurs de ces projets, véritable force pour le laboratoire et pour ses chercheurs. Les discussions n’en seront que plus passionnantes, novatrices et instructives. Espérons que le public, universitaire ou non, viendra nombreux. Cette journée d’études est en effet ouverte à toute personne intéressée par la thématique, très large, de la mesure du temps dans l’Antiquité.

Voir le Programme « Horologia et Solaria » (pdf)

Informations pratiques

  • Le vendredi 29 mars 2013 : Journée d’études « Horologia et Solaria, instrumentaliser le temps à l’époque romaine » : Université Lille 3. Maison de la Recherche. Salle F0.13. Y aller.
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Jérôme Bonnin, « « Horologia et Solaria, instrumentaliser le temps à l’époque romaine » », Insula [En ligne], ISSN 2427-8297, mis en ligne le 24 février 2013. URL : <http://bsa.biblio.univ-lille3.fr/blog/2013/02/horologia-et-solaria/>. Consulté le 22 août 2017.