Blake et Mortimer, Lawrence d’Arabie, l’archéologie et l’Ashmolean Museum

Entretien avec Yves Sente et André Juillard à l’occasion de la parution du Serment des Cinq Lords.

Un nouvel album de la série « Blake et Mortimer » vient de paraître, avec un scénario d’Yves Sente et des dessins d’André Juillard. Notre blog Insula a l’honneur d’avoir été choisi pour interroger le scénariste et le dessinateur, de passage à Lille le 13 novembre 2012. Outre le plaisir de traiter dans Insula de personnages de bande dessinée qui ont tant à voir avec l’archéologie, le scénario du « Serment des Cinq Lords » intéresse la thématique de notre blog : l’action prend source dans les collections archéologiques de l’Ashmolean Museum, le premier musée universitaire au monde, et a pour personnage clé un homme célèbre, qui fut également archéologue : Lawrence d’Arabie …

Le Serment des Cinq Lords
Le Serment des Cinq Lords

Un nouveau « Blake et Mortimer » est un événement. Dans ce nouvel album, Le Serment des Cinq Lords, de mystérieux vols interviennent dans le prestigieux Ashmolean Museum de l’Université d’Oxford. Mortimer, en visite à Oxford où il doit donner un séminaire intitulé « La science moderne au service de l’archéologie » enquête sur ces étranges larcins réalisés par un individu masqué tandis que la jeunesse de Blake remonte à la surface à mesure que des Lords sont assassinés. Et si tous ces événements avaient un lien avec Lawrence d’Arabie ?

Dans cet entretien avec Yves Sente et André Juillard, il sera évidemment question de Jacobs et de Blake et Mortimer, de leur manière de travailler à eux, mais également de Lawrence d’Arabie, de l’Ashmolean Museum et, pour commencer, de James Bond …

Christophe Hugot : Hasard du calendrier, Le Serment des Cinq Lords paraît alors qu’un nouveau « James Bond » est récemment sorti sur les écrans1. James Bond, le héros du MI6, a connu de nombreux réalisateurs depuis cinquante ans, a été incarné par de nombreux acteurs, comme Blake et Mortimer ont eu plusieurs créateurs depuis 1946. Ce qui est important pour le spectateur ou le lecteur, n’est-il pas de retrouver les codes qui font  un « James Bond » ou un « Blake et Mortimer » et l’évolution de ces codes ?

André Juillard : Ce que j’aimais, dans un « James Bond », c’était le début du film. James Bond retrouve Miss Moneypenny, ensuite va voir le patron, … Il y a une récurrence. C’est ça que j’adore : retrouver la famille. Et c’est ça que j’aime retrouver dans « Blake et Mortimer ».

Yves Sente : C’est une très bonne question. C’est clair que les codes sont quelque chose d’attendu par le public et pour nous c’est un plaisir de jouer avec. On nous parle souvent des contraintes consistant à respecter les codes. C’est une contrainte et c’est motivant, c’est une contrainte et c’est ludique. Au jeu d’échecs, si vous pouvez bouger les pièces comme vous le voulez, ce n’est plus une partie d’échecs. Les règles font le jeu.
Dans ce sens, jouer avec les codes est très motivant, d’excitant. Ce n’est pas parce qu’elle met en scène des personnages connus, inventés par Jacobs, que cette aventure de « Blake et Mortimer » ne serait pas notre histoire. C’est notre histoire ! Par contre, ce qui est un peu plus compliqué, c’est qu’il faut effectivement respecter des codes, il faut respecter des attentes, en même temps qu’il faut parvenir à surprendre au-delà des attentes toutes faites. Le lecteur de « Blake et Mortimer » − comme le spectateur de « Bond » − attend telle ou telle chose, mais si on lui donnait exactement ce qu’il attend il serait déçu. Si on ne lui donne rien de ses attentes, il serait déçu également. C’est donc un équilibre subtil, un dosage entre ce qu’il attend et la surprise.

Ch. Hugot : James Bond a vu le monde vieillir autour de lui, pas Blake et Mortimer, qui en sont restés dans cet album aux années 1950.

Le Serment des Cinq Lords © Dargaud / Yves Sente - André Juillard
© Dargaud

Y. Sente : Les scénaristes de « James Bond » ont pris l’option de moderniser le personnage avec l’actualité. L’autre option était de se cantonner à la période des années 50. C’est une option qui a été prise par l’éditeur des « Blake et Mortimer » et que nous respectons. Personnellement, je trouve que c’est une bonne idée. Je ne vois pas comment cadrer ces deux personnages avec leur physique et leur mentalité dans le monde de 2013. Avec des téléphones portables, ce ne serait plus eux …

Ch. Hugot : Il y aurait moins de standardistes …

Y. Sente : Oui, Blake et Mortimer ne devraient plus courir pour trouver un téléphone : « By Jove, vite, il faut trouver un téléphone ! ». Ce serait fini cela.

A. Juillard : Et je ne pourrais plus dessiner ces belles cabines téléphoniques …

Ch. Hugot : Dans cet album, vous introduisez un personnage historique en la personne de Thomas Edward Lawrence, le fameux Lawrence d’Arabie. Comment vous est venue l’idée de Lawrence d’Arabie ? On sait par Le Mystère de la grande pyramide que Blake a fait ses études à Oxford. Est-ce par Oxford et l’Ashmolean Museum que vous en êtes venus au personnage de Lawrence ? Ou Lawrence vous a t-il amené à Oxford ?

Y. Sente : Ce n’est pas totalement nouveau de mettre un personnage historique dans la série. Blake et Mortimer se sont rencontrés sous le regard de Gandhi … Il a un petit rôle, mais il parraine cette rencontre2.
Pour cet album, André voulait qu’on travaille un peu plus sur le personnage de Blake. Or, on sait par la biographie que Jacobs a faite de ses personnages, et par cette coupure de presse dans Le Mystère de la grande pyramide, que Blake avait été à Oxford pour y faire ses études. Et Oxford, pour moi, c’est le mythe du collège anglais avec l’imagerie qui va avec, d’amitiés solides … Une ambiance très club. Je me suis donc documenté sur Oxford et j’ai effectivement dû lire à cette occasion que Lawrence était également passé par là, qu’il y a fait ses études, qu’il est archéologue comme Mortimer est archéologue amateur …

A. Juillard : Qu’il a fait don d’œuvres à l’Ashmolean Museum …

Le Serment des Cinq Lords © Dargaud / Yves Sente - André Juillard
© Dargaud / Y. Sente – A. Juillard

Y. Sente : Cela nous renvoie à l’Ashmolean qui est le plus vieux musée universitaire du monde, dont l’origine est liée à Elias Ashmole, considéré comme l’un des fondateurs de la franc maçonnerie au XVIIe siècle3. L’histoire s’est mise en place de cette façon, par des lieux, des thèmes, par un tas de choses chouettes qui ne vont pas ensemble. Il faut laisser les choses venir pour les assembler les unes aux autres. Je me suis alors plongé dans la vie de Lawrence que je ne connaissais pas bien. Comme tout le monde, j’avais vu le film de David Lean, je savais deux ou trois grandes lignes de sa vie, et je tombe sur l’épisode de ce premier manuscrit des Sept piliers de la sagesse.

C’est une anecdote magnifique, une histoire incroyable, surtout pour quelqu’un qui écrit, comme moi qui suis scénariste, comme vous : imaginez … Vous avez écrit quelque chose que vous n’avez sauvé sur rien. Le truc en question, ce sont mille pages manuscrites, un document unique sur ce que Lawrence a vécu. Et ce manuscrit, il le met dans une valise qu’il perd dans une gare. Lawrence recommence alors son texte en un mois et, dans la seconde version, il n’accorde qu’une seule ligne ou deux sur cette disparition, et il continu. Je ne crois pas à cette version d’une simple perte. C’est peut être la vérité, mais je n’y crois pas. C’est une base du scénario : c’est de l’Agatha Christie, c’est du Blake et Mortimer !

Ch. Hugot : Comme sont étonnantes les circonstances de la mort de Lawrence.

Y. Sente : La mort de Lawrence est évacuée en trente secondes de générique dans le film de David Lean. C’est aussi un épisode hallucinant. Il y a eu des témoins à l’époque qui ont certifié de la présence d’une voiture noire avant l’accident de moto qui tua Lawrence. Ces témoins, ce sont deux cyclistes et un Caporal. Ce dernier sera le seul à maintenir cette version et se suicidera l’année suivante par arme à feu. Fin de l’histoire. C’est peut être vrai, c’est peut être un hasard surprenant. Mais l’intéressant, pour nous, était d’utiliser ces faits pour donner une crédibilité à Francis Blake, qui doute par rapport à sa profession, son métier, sa hiérarchie, son pays … Ça le rend plus humain, plus crédible, et en même temps cela permet de poser des questions, à travers de la fiction, sur la mort de Lawrence d’Arabie. De sa mort étonnante, de son premier manuscrit perdu, plus personne ne parle. Notre scénario n’est pas contradictoire avec la vérité, même si nous savons que ce nous disons est une invention.

Ch. Hugot : Dans l’album Le Serment des Cinq Lords, le Professeur Diging, Conservateur de l’Ashmolean Museum, dit à Mortimer que peu de gens savent que Lawrence a été un brillant étudiant en archéologie à Oxford. Le film de David Lean ne parle pas de cet épisode de la jeunesse de Lawrence qui est, de fait, ignoré par beaucoup. En vous emparant de ce moment de l’histoire de T. E. Lawrence, vous perpétuez en quelque sorte le mythe de l’archéologue aventurier, comme peuvent l’être Gertrude Bell dans la réalité, et Indiana Jones ou Mortimer dans la fiction… On est dès lors très intéressé par la conférence que Mortimer est censé venir donner à Oxford. Savez-vous ce qu’aurait dit le professeur Mortimer lors de ce séminaire intitulé : « La science moderne au service de l’archéologie » ?

Y. Sente : Je ne sais pas très bien ce qu’aurait dit Mortimer. Notre aventure étant située juste après l’épisode de la Marque jaune, je crois que Mortimer aurait parlé de la seule histoire archéologique alors connue, celle du Mystère de la grande pyramide, l’endroit où l’archéologie peut amener les scientifiques à réfléchir autrement qu’un autre à ce qui semble mystérieux ou surnaturel. Mortimer aurait pu en dire plus après son voyage dans l’espace temps, mais cette aventure se passe après Le Serment des Cinq Lords.

Ch. Hugot : Parce que, chronologiquement, Le Serment des Cinq Lords se déroule entre l’album de La Marque jaune et celui de L’Affaire Francis Blake.

Y. Sente : Exactement. André et moi serions favorables à ce que la quatrième de couverture donne les titres des aventures dans l’ordre chronologique des événements, et non pas dans leur ordre de parution, ou par qui ils sont réalisés, ce qui n’a pas d’importance. On glisse des indications de date, par petites touches, comme le Traité de Rome ou le lancement du Spoutnik dans L’Affaire Voronov. On doit évidemment tenir compte de la chronologie dans la construction du scénario.

Ch. Hugot : L’action se passe uniquement en Angleterre. Une fois que le scénario a décidé de camper le récit à l’Ashmolean Museum, vous vous y rendez avec votre carnet de croquis ?

A. Juillard : Nous avons été ensemble à Londres et à Oxford. J’y suis allé avec mon appareil photo, c’est plus rapide et plus précis. Le problème que nous avons eu à l’Ashmolean Museum est que l’endroit a été modernisé très récemment. Il reste certaines salles dans un état relativement ancien, mais les salles intéressantes pour notre histoire avaient été totalement refaites. Heureusement, le Conservateur a fait des recherches et nous a envoyé des photographies du Musée dans son état dans les années 50. J’ai également utilisé internet pour me documenter. Une autre difficulté fut de retrouver de la documentation concernant la gare de Reading en 1919, pour le début de notre histoire. Il y a eu un appel sur internet pour éventuellement nous aider et nous avons reçu des documents d’Angleterre. Nous avons ainsi découvert qu’il y a des fans de Blake et Mortimer en Grande-Bretagne : à Reading, à Bristol, à Oxford, … On m’a ainsi adressé deux livres sur la compagnie des chemins de fer et on a pu ainsi se débrouiller. C’est vrai que le fait d’aller à Oxford et à Londres, pour voir les lieux de Scotland Yard et de Park Lane par exemple, fait travailler l’imagination, suscite des idées.

Ch. Hugot : Lawrence a appris à dessiner pour faire ses relevés de châteaux, par souci de fidélité par rapport à la photographie.

A. Juillard : C’est aussi une époque où les gens, quand ils partaient en voyage, partaient longtemps et donc pouvaient prendre le temps de dessiner. C’est vrai que le croquis est parfois plus fidèle qu’une photographie mais nous ne sommes partis que deux jours à Oxford, pas six mois !

Ch. Hugot : Votre album nous fait visiter l’Ashmolean, comme Jacobs nous fait découvrir le Musée du Caire dans Le Mystère de la grande pyramide. Votre voyage vous a t-il inspiré la manière dont les vols des antiquités sont effectués dans le musée ?

Y. Sente : Pas la manière, mais les objets volés eux-mêmes. Ils ont changé entre le scénario de départ et la réalisation. Nous sommes partis avec les grandes lignes du scénario, mais il fallait découvrir la collection de l’Ashmolean pour choisir quels objets seraient volés.

A. Juillard : Au départ le scénario prévoyait le vol d’un tambourin yéménite, mais le musée n’en possède pas.

Ch. Hugot : Toutes les antiquités présentes dans l’album sont donc visibles à l’Ashmolean Museum ?

A. Juillard : Toutes, oui. Tout ce qui peut figurer dans l’album est d’ailleurs plus ou moins lié à Oxford. L’Ashmolean est un musée généraliste, on y trouve de tout avec de très belles collections d’archéologie, de préraphaélites, d’impressionnistes …

Y. Sente : C’est un cabinet de curiosités. Ashmole achète la collection réalisée par deux frères et il en fait don à l’université d’Oxford.

Ch. Hugot : On retrouve cette ambiance de collectionneurs chez les Lords ainsi que dans l’appartement de Blake et Mortimer à Park Lane …

Y. Sente : Il y a une ambiance de collectionneurs à Oxford. J’ai découvert que l’Ashmolean s’est en particulier développé avec des dons des étudiants. Une vieille tradition oxfordienne voulait en effet que les étudiants donnent une partie de leurs trouvailles au Musée de l’université.

Le Serment des Cinq Lords © Dargaud / Yves Sente - André Juillard
© Dargaud / Y. Sente – A. Juillard

Ch. Hugot : Lawrence a ainsi offert à l’Ashmolean des poteries médiévales des alentours d’Oxford, ainsi que des cachets hittites achetés ou découverts lors de ses voyages archéologiques en Orient, pour Hogarth, le Conservateur de l’Ashmolean, qui lui en réclamait.

Y. Sente : Il a également offert sa tenue. La fameuse vitrine avec la tenue de Lawrence, que ce dernier a offerte à l’Ashmolean, est exposée au musée. Sa découverte fut pour moi un moment impressionnant. La vie de Lawrence est si fascinante.

Le film de Lean ne parle que de quatre années de sa vie, finalement, alors qu’avant il a une vie de dingue et après également, dans un autre registre. Il s’engage dans la RAF sous un faux nom, pour être soldat, alors que c’est une star que les gens arrêtent dans les rues de Londres pour demander son autographe. Quand j’ai vu cette vitrine avec ce mannequin sans visage, très graphique, qui porte cette tenue, je lui ai trouvé quelque chose de fantomatique, de mystérieux.

A. Juillard : Je trouve curieux que David Lean choisisse un acteur comme Peter O’Toole, qui est à peu près l’opposé de ce qu’était physiquement Lawrence. En travaillant pour Le Serment des Cinq Lords j’ai été très surpris de voir le portrait de Lawrence d’Arabie, par rapport à l’image que j’en avais par Peter O’Toole. J’ai d’ailleurs eu beaucoup de mal à le dessiner. On verrait bien un acteur comme Harvey Keitel dans le rôle, plutôt trapu.

Y. Sente : Peter O’Toole était magnifique dans ce film qui triche maintes fois avec la réalité, qui romantise cette aventure. Aujourd’hui l’acteur idéal serait quelqu’un comme Matt Damon : un peu prognathe, trapu, très musclé.

Ch. Hugot : Cinquante ans après le film de David Lean, c’est Robert Pattinson qui incarnera Lawrence dans le biopic « Queen of the Desert » de Werner Herzog retraçant la vie de l’archéologue et espionne Gertrude Bell. Mais, pour revenir à Oxford, il y a une dizaine d’années, une toile de Paul Cézanne fut dérobée à l’Ashmolean Museum et le voleur est passé par une trappe du toit pour réaliser son forfait4. Ce fait divers vous a t-il inspiré ?

Y. Sente : Nous l’ignorions complétement. Par le toit ? Ce qui est certain, c’est que le toit est exactement comme cela parce qu’une terrasse permet de le voir : le velux, tout y est.

A. Juillard : Nous avons également été voir Park Lane à Londres. Cela permet d’avoir une idée des lieux. Devant l’appartement de Blake et Mortimer, c’est Hyde Park qui commence. D’un autre côté, cette visite nous rassure. Jacobs est perçu comme un monstre de rigueur or, quand on regarde les extérieurs de leur appartement, l’intérieur est incompréhensible. Ted Benoit a dessiné tout l’intérieur de Park Lane. Chaque objet est connu. Mais, dans le fond, Jacobs faisait comme au cinéma, où les déplacements sont parfois incohérents et les spectateurs n’y voient que du feu. On était tellement obsédé par l’idée de respecter la réalité qu’on s’est pris au jeu plus que lui pour trouver une logique dans la topographie des lieux, au Centaur Club ou à Park Lane, qui dans l’œuvre de Jacobs n’en a pas. Personne ne s’en aperçoit, et cela n’a d’ailleurs pas beaucoup d’importance. Cela devient juste un amusement personnel.

Ch. Hugot : Ce souci du détail que vous avez à la fois dans le scénario et dans les décors, ce n’est donc pas pour éviter d’être assailli par des blogs de fans disant que le meuble a bougé de dix centimètres …

Y. Sente : Je ne les lis pas. Ça me déprime. Je suis ouvert et même intéressé par toute remarque positive. Un lecteur des Echos, où l’album Les Sarcophages du 6e continent était prépublié, m’a fait remarquer que l’hydravion ne pouvait techniquement pas rattraper le bateau dans le temps que j’avais prévu. On a changé le délai grâce à ce lecteur. On peut faire des critiques, mais qu’un internaute anonyme dise et redise que Jacobs se retourne dans sa tombe, cela ne m’intéresse pas. On fait de notre mieux, d’album en album on espère s’améliorer, on tient compte des remarques constructives, mais je ne suis pas intéressé par le jeu de blogueurs. Je n’ai pas le temps de m’arrêter à ça.

Ch. Hugot : Vous avez prépublié Le Serment des cinq Lords en strips. Y a t-il des changements, outre le passage à la couleur, entre ce passage en strips et en album ?

A. Juillard : C’est le même album. Pour la série « Blake et Mortimer » je travaille avec des dessins plus grands que d’habitude, à cause des détails et du texte. Je le fais par strips, sinon la planche serait trop grande. C’est plus facile ainsi. Je scotche ensuite les strips sur des planches mais l’éditeur a trouvé le procédé des strips très intéressant et en a proposé l’édition dans un journal belge et l’a également édité en livre.

Ch. Hugot : Il y a moins de longues didascalies …

Y. Sente : Certains de vos confrères trouvent qu’il y en a encore trop !

A. Juillard : S’il n’y avait pas ces textes, il faudrait huit pages de plus pour raconter l’histoire. Nous n’avons pas quinze à seize cases par planches comme chez Hergé mais plutôt dix ou douze. Yves aime bien les histoires bien denses. Il faudrait deux épisodes par histoire pour Yves. Beaucoup de lecteurs disent leur satisfaction de passer un peu de temps pour la lecture d’un album. On essaie d’équilibrer. C’est vrai que dans La marque jaune il y a des textes d’une longueur insensée, qui ne seraient plus possibles aujourd’hui …

Y. Sente : Il y a des raisons historiques. Jacobs n’avait qu’une page dans le journal Tintin alors qu’Hergé en avait deux. C’était une manière de retenir le lecteur sur la page, d’en donner un maximum. Et une raison intentionnelle, lue dans un entretien donné par Jacques Tardi : il faut mettre du texte parce que, quand le lecteur lit, il s’arrête plus longtemps sur l’image et celle-ci s’imprime dans son œil. On s’imprègne du dessin et l’album refermé on s’en souvient. Plus le message va durer, plus il a une chance de rester dans la mémoire.

Lawrence d'Arabie archéologue

T. E. Lawrence aurait eu un attrait pour l’archéologie, l’archéologie médiévale en particulier, à l’occasion de l’installation de sa famille à Dinard, en Bretagne, entre 1891 et 1894. De retour en Grande-Bretagne, Lawrence peut poursuivre sa passion pour les antiquités médiévales dans les environs d’Oxford.
En 1904, alors âgé de seize ans, il rencontre Charles Francis Bell (1871-1966), alors conservateur adjoint de l’Ashmolean Museum, avec lequel il discute architecture médiévale5. En 1907, Lawrence entre au Jesus College de l’université d’Oxford afin d’y préparer une licence d’histoire.
En 1909, alors qu’il pense aller au Moyen-Orient pour étudier les châteaux français, Lawrence fait la rencontre de l’archéologue David George Hogarth (1862-1927), nommé conservateur de l’Ashmolean Museum. Celui-ci est en particulier connu pour des fouilles effectuées à Éphèse en Turquie, ainsi qu’en Égypte (fouilles Alexandrie, à Naukratis et dans le Fayoum). Hogarth profite du voyage de Lawrence en Syrie pour lui demander de récupérer des sceaux hittites pour enrichir l’Ashmolean Museum6.
Après avoir appris l’arabe et à dessiner, Lawrence part pour la Grande Syrie. À son retour, il obtient une bourse de quatre ans du Magdalen College pour des recherches doctorales, officiellement sur les châteaux forts normands au Levant, pour participer à des fouilles archéologiques sous la direction d’Hogarth dans l’ancienne capitale hittite située sur la rive syrienne de l’Euphrate : Karkemish. Sur le chantier ses fonctions sont multiples. C’est en ce lieu qu’il fera sa première rencontre avec l’archéologue, exploratrice et espionne britannique Gertrude Bell, le 14 mai 1911. L’année suivante il va en Egypte, envoyé par Hogarth, où il fouille dans le Fayoum avec l’égyptologue Flinders Petrie. Mais bientôt mission archéologique et mission de renseignement se mêlent à l’approche de la première guerre mondiale, avec pour mission de cartographier des zones encore mal connues, comme au Sinaï. En mai 1914, il rentre en Angleterre après sa dernière mission archéologique. Quelques semaines plus tard, la guerre éclate. Une autre aventure commence pour Lawrence …

Pour en savoir plus

Yves Sente et André Juillard, Le Serment des Cinq Lords, Dargaud, 2012.

Voir le site de l’éditeur : http://www.dargaud.com

Parmi les blogs et sites : http://www.marquejaune.com ; http://andre-juillard.over-blog.com ; http://www.blakeetmortimer.com ; http://blake-jacobs-et-mortimer.over-blog.com

Le Serment des Cinq Lords © Dargaud / Yves Sente - André Juillard
Le Serment des Cinq Lords © Dargaud / Yves Sente – André Juillard

Crédits et remerciements

Nous remercions vivement Yves Sente et André Juillard de nous avoir accordé cet entretien. Nous remercions également les éditions Dargaud d’avoir organisé ce rendez-vous et pour leur autorisation de reproduire les illustrations présentes dans ce billet.

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Notes du texte

  1. Il s’agit de Skyfall : 23e film de la série « James Bond ». Il a été réalisé par Sam Mendes, et est sorti le 26 octobre 2012. []
  2. Dans Les Sarcophages du 6e continent. []
  3. Sur l’Ashmolean Museum, voir le site de la vénérable institution : http://www.ashmolean.org. []
  4. Ce vol s’est déroulé dans la nuit du Réveillon 2000. Voir à ce sujet l’article du journal Libération. []
  5. Voir la notice consacrée à C. F. Bell dans le Dictionary of art historians. []
  6. Il rapportera de son séjour une vingtaine de sceaux hittites. []

Lire aussi sur Insula :

Citer ce billet

Christophe Hugot, « Blake et Mortimer, Lawrence d’Arabie, l’archéologie et l’Ashmolean Museum », Insula [En ligne], mis en ligne le 18 novembre 2012. URL : <http://bsa.biblio.univ-lille3.fr/blog/2012/11/blake-et-mortimer-serment-des-cinq-lords/>. Consulté le 30 septembre 2014.