Sur le site d’Alésia

Voilà quelques mois était inauguré à Alise-la-Reine, en Bourgogne, un musée d’un nouveau genre, le MuséoParc, reposant largement sur l’exploitation de nouvelles technologies et sur la volonté d’imprimer des représentations plus justes de ce que fut le siège d’Alésia. Retour de visite.

Le castrum

Pilla jacere ! Ad sinistram ! Milites retro !

Le nécessaire du légionnaire
Le nécessaire du légionnaire. © M-A Colbeaux

Les ordres résonnent dans le castrum et personne n’ose bouger. Pourtant les légionnaires présentant une séance d’entraînement au public estival ne sont que cinq : quatre Romains et un Gaulois en tenue pour une petite heure de présentation et d’échanges qui font certes frémir les plus petits mais attisent aussi des questions qui trouvent des réponses précises et documentées, car ce ne sont pas seulement des acteurs face au public, mais plutôt des passionnés qui réfléchissent aux pratiques anciennes en les expérimentant. C’est par conséquent accompagnés de tout leur barda que se présentent ces légionnaires, dont chaque pièce est exposée, depuis le matériel pour faire du feu jusqu’au nécessaire de toilette. Après une démonstration où les spectateurs assistent à différents types d’entraînement, les légionnaires invitent le public pour observer de plus près tentes, armes et matériel dans un camp reconstitué, entouré de fossés et d’un agger avec des osiers tressés.

Le travail de reconstitution

MuséoParc d'Alésia
Le MuséoParc intégré au paysage. © M-A Colbeaux

Le terme de reconstitution revient comme un leitmotiv : le MuséoParc Alésia est construit avec le souci de montrer ce qui s’est passé sur ce site et l’exercice grandeur nature des légionnaires ne fait que compléter le Centre d’Interprétation où le visiteur ne doit pas s’attendre à une visite de musée, avec des pièces authentiques, mais plutôt des objets parfois rutilants, tels qu’on a pu les reconstituer, grâce aux fouilles. Les conséquences de ce parti pris sont nombreuses. Les uns seront surpris par ces reconstitutions, trop artificielles, trop intactes ; mais les autres, et notamment le public le moins averti, trouveront de quoi nourrir leur imaginaire, car les ressources du Centre d’Interprétation sont aussi riches que variées. L’audio-guide explicite des panneaux très pédagogiques, avec des commentaires vivants et précis. Les bornes interactives et ludiques accompagnent aisément la visite des plus jeunes1. Les nombreux objets qui composent l’équipement des armées remplissent les vitrines, avec force couleurs. L’intérêt pour captiver le jeune public est évident, mais la scénographie ne délaisse pas les adultes et les plus avertis, avec des salles plus abstraites, mais très documentées aussi, sur l’élaboration du mythe de Vercingétorix depuis Napoléon III qui finança les premières fouilles sur le site en 1861, car paradoxalement, c’est bien la statue monumentale du chef gaulois2, id est du vaincu, que l’on voit encore à quelques minutes du MuséoParc, mélange d’anachronismes qui ont constitué le socle des représentations de nombreuses générations. Mais avant d’aller à la rencontre de la statue et de parcourir les vestiges de la ville gallo-romaine, il faut se promener sur la terrasse panoramique où jeunes arbres et résilles font écho, par un élégant jeu de reflets, au paysage bourguignon3.

camp fortifié d'Alésia
Le camp fortifié depuis la terrasse panoramique. © M-A Colbeaux

Voilà quelques mois encore, les touristes s’arrêtaient à Alise-la-Reine pour saluer la fameuse statue. Aujourd’hui, le travail des textes, des sources iconographiques et des découvertes archéologiques permettent d’éclairer avec plus de justesse, au moyen de la reconstitution, les visiteurs particulièrement nombreux.

Pour plus d’informations, consulter le site www.alesia.com

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Notes du texte

  1. Petit détail pratique : ne pas hésiter à laisser les plus petits jouer à la ludothèque. Les activités ont toutes pour thème les Gaulois et les Romains. De quoi satisfaire aussi les bambins. []
  2. Aimé Millet produisit cette oeuvre en 1865 sur une commande de Napoléon III. []
  3. Occasion de saluer la travail de l’architecte Bernard Tschumi et de son associée Véronique Descharrières qui ont fait sortir de la plaine un espace entièrement dédié à l’Antiquité, sans jamais renier le XXIème siècle, avec le souci de respecter le paysage et de s’y intégrer entièrement []

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Citer ce billet

Marie-Andrée Colbeaux, « Sur le site d’Alésia », Insula [En ligne], ISSN 2427-8297, mis en ligne le 10 septembre 2012. URL : <http://bsa.biblio.univ-lille3.fr/blog/2012/09/sur-le-site-d-alesia/>. Consulté le 29 juin 2017.