Actualité de l’Antiquité / 6 : spécial numérique

Revue de liens

L’actualité de ce mois de décembre ayant été foisonnante sur le sujet, cette sixième revue de liens tournera autour du numérique. Ressources en ligne, open access, TVA, pédagogie numérique, etc.


L’enregistrement et la diffusion sur internet permet de garder la trace de collections archéologiques dispersées, de murs éboulés, de livres incendiés. L’open access permet de diffuser le savoir scientifique, mais les évaluateurs hésitent à juger les publications électroniques dignes de figurer sur une bibliographie de recherche. Le nombre de revues proposées au format électronique augmente sans cesse. Les bibliothèques électroniques s’étoffent. Les dommages collatéraux pour les librairies s(er)ont réels, les incidences sur les bibliothèques également.

Le faucon s’est envolé !

L’Actualité de l’Antiquité n° 5 d’Insula annonçait la vente d’objets archéologiques de la Collection Pierre et Claude Vérité. Parmi les objets mis en vente le 20 décembre 2011 chez Christie’s, se trouvait un faucon de granit noir d’époque ptolémaïque estimé entre 80.000 et 120.000 €. Les enchères se sont envolées – et le faucon également – au prix de 913.000 € ! La pièce la moins chère fut pour une statuette égyptienne en stéatite de la Basse époque de 7,5 cm représentant le dieu Harpocrate, représenté debout et nu, coiffé de la couronne de Haute et Basse Égypte et de la mèche de l’enfance : 615 €. L’e-catalogue permet de voir la collection encore réunie avant dispersion …

Ne pas laisser tomber Pompéi …

Encore un épisode dans la série « Pompéi » : une colonne de la maison de Loreius Tiburtinus s’est effondrée le 22 décembre 2011. Voir la dépêche AFP. On trouvera une galerie de photographies de cette maison sur le site ArchArt.it.

ni l’Institut d’Égypte au Caire

L’Institut d’Égypte au Caire a pris feu, le 17 décembre 2011, lors d’affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. Le bâtiment de cet Institut créé par Bonaparte en 1798 contenait 200.000 archives et manuscrits, en particulier l’un des rares exemplaires de la première édition de la Description de l’Égypte. La Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, a déclaré que « ces manuscrits représentaient l’histoire et l’identité de tout un peuple » et a demandé que toute la lumière soit faite sur les causes de cet incendie, et « que des mesures fortes soient prises rapidement pour sauver ce qui peut l’être » rapporte le site de l’UNESCO. Si l’emblématique Description est sauvée ainsi que plusieurs camions d’ouvrages, l’essentiel des collections a été détruit par le feu qui a fait rage pendant plus de 12 heures. Voir les articles sur Artclair et La Tribune de l’art.

Logo GallicaCi-dessous, on peut visualiser les illustrations du volume concernant l’histoire naturelle de la Description de l’Égypte (édition de 1809) extraites de Gallica. La Réserve commune des trois universités lilloises conservée à la Bibliothèque centrale de Lille 3, quant à elle, possède la seconde édition (dite « Panckoucke ») de la Description de l’Égypte : voir notice Sudoc.

Ceux qui dévorent les livres

Mots de poissonsLors du passage de la loi sur la hausse de la TVA au Parlement, votée le mercredi 21 décembre, les débats ont porté sur des points particuliers. À propos de la fiscalité des confiseries, le rapporteur du Budget, Gilles Carrez, a ainsi résumé la loi, souligne Les Échos : « les produits qui peuvent être mis dans la bouche en une seule fois sont à 5,5 %, alors que ceux qui nécessitent plusieurs bouchées sont à 19,6 % ».

Pour ceux qui dévorent les livres « papier », en revanche, la TVA passera à 7 % le 1er avril 2012. On trouvera le détail sur Livres Hebdo, par exemple. « La prochaine hausse de la TVA aura des conséquences catastrophiques pour nous » écrit une libraire indépendante de Lyon dans un bel article qu’elle rédige pour le journal Libération (« Les livres, ma passion, ma perte »). Cette augmentation de TVA « donne le coup de grâce à un secteur déjà laminé par la vente en ligne, la multiplication des grandes enseignes et l’essor des tablettes » (sur le même sujet on lira un autre article de Libération paru le 28 décembre 2011 : « Sale temps pour les libraires »1). Sur cette concurrence, on lira également le billet de Pierre Assouline, paru le 24 décembre dans La république des livres, comparant la librairie parisienne « Shakespeare and Company », de feu George Whitman, avec les pratiques d’une boutique en ligne « qui vend aussi des livres ». Les livres numériques, en revanche, voient leur TVA passer de 19,6 à 7 % sans attendre le 1er avril et les prix devraient s’en trouver modifier dès janvier 2012… ou pas, comme le note un article d’ActuaLitté (voir aussi le billet du blog ePagine), tandis que la boutique en ligne qui vend aussi des livres a décidé d’adopter la nouvelle TVA du Luxembourg… à 3% annonce ebouquin. Si la suprématie des livres numériques est bien en marche, titre l’Express.be, en France les prix des livres numériques restent encore trop élevés par rapport aux livres « papier » pour favoriser l’essor de ce mode de lecture constate Numerama.

Alors, les librairies vont mourir : Poisson d’avril ?

Poisson ou pas, il ne faut pas attendre le 1er avril pour acheter Mots de poissons, traduction et commentaire des livres 6 et 7 du Banquet des Sophistes d’Athénée de Naucratis édité par les Presses universitaires du Septentrion ! On peut en lire de larges extraits sur Google Books.

Ressources en ligne

Ce qui échappera à l’augmentation de la TVA pour le lecteur, ce sont les revues gratuites. Nous en avons parlé sur Insula : une nouvelle revue internet portant sur le genre dans l’Antiquité est née : EuGeStA.

Logo ActuaLittéNotre compte Twitter a quant à lui annoncé l’avènement d’ActuaLitté, bibliothèque en partenariat avec Google Books de livres numériques dotée d’un catalogue de plusieurs millions de livres numérisés, en différentes langues dont le français, qui permet de télécharger, en format PDF, EPUB ou image des grands classiques de la littérature, mais également des œuvres rares ou et des livres anciens.

Être ouvert à l’Open access

Le Comité d’éthique du CNRS vient de rendre un rapport sur l’édition scientifique. Marin Dacos, dans le blog Homo-numericus, en fait le résumé dans un billet intitulé : « Le comité d’éthique du CNRS se prononce pour le libre accès et dresse un portrait édifiant du secteur de l’édition scientifique ». L’une des recommandations du comité est en effet de consi­dé­rer le savoir scien­ti­fique comme « un patri­moine com­mun (com­mons) de l’humanité », ce qui doit pous­ser au libre accès, dans les délais les plus courts possibles.

Il reste du chemin à parcourir pour promouvoir l’accès libre : si 89 % des chercheurs plébiscitent l’accès libre pour la recherche, ils sont seulement 8 % à écrire dans des périodiques en libre accès rapporte Salvatore Mele. L’article de D-Lib Magazine conclu ce paradoxe par : « there is something wrong ».

L’une des recommandations du Comité d’éthique du CNRS est de voir émerger des modèles économiques permettant « à des enti­tés, dont les pra­tiques seraient en accord avec la mis­sion de leurs cher­cheurs, d’exister face à d’autres opé­ra­teurs beau­coup plus puis­sants finan­ciè­re­ment ». Ces opérateurs, note David Monniaux (chercheur au CNRS) dans « Les rapaces de l’édition scientifique », un article publié dans le journal Libération en octobre, se partagent l’essentiel du marché en un oligopole qui « fait des bénéfices considérables aux dépens des institutions scientifiques ». Les coûts d’abonnement sont tels que, parfois, certaines institutions doivent renoncer à s’y abonner à la moindre secousse financière. Nantilus, le portail documentaire de l’Université de Nantes, annonce ainsi en ce mois de décembre qu’à la demande de l’Université, « le budget prévisionnel 2012 de la Bibliothèque universitaire tient compte d’une réduction de 20 % par rapport à 2011 » et que « dans ce contexte difficile, le budget alloué à la documentation électronique a dû être revu à la baisse », imposant le désabonnement de 11 ressources électroniques.

Confronté aux coûts d’abonnement exorbitants, il peut être tentant de mettre en ligne des contenus scientifiques (parfois a priori libres de droit) conservés par une poignée de grands groupes d’éditeurs, souligne David Monniaux. Pour avoir téléchargé massivement et mis à la disposition de tous des articles anciens, Aaron Swartz, un jeune chercheur américain, risque trente-cinq années de prison…2

Les problèmes liés au droit sont complexes. Pour Peter Murray-Rust, dans un billet paru le 20 décembre dans le « petermr’s blog », l’Open access est souvent mal défini et expose les utilisateurs à de réels problèmes : « in short “Open Access” is a legally meaningless term » (« The Open Access Movement is disorganized ; this must not continue »). Il conviendrait donc de mieux définir ce concept.

Face à l’usage du numérique, toutes les questions sont bonnes à poser. Le 15 décembre, Michèle Battisti posait celle-ci dans le blog Paralipomènes : « Une bibliothèque peut-elle numériser une thèse appartenant à ses collections ? ». L’auteur prévient que sans se substituer à un conseil juridique, sa rubrique propose une réponse en quelques lignes, suivie d’une liste d’articles écrits sur un sujet pour l’ADBS. Nous reviendrons sur la diffusion des thèses dans un prochain billet d’Insula.

 Mais au fait : Quel avenir pour les revues papier ?

Syria (Ifpo)
Syria (Ifpo)

Face aux revues électroniques et à l’open access, le blog de l’Institut français du proche-Orient (ou plutôt, dans le langage d’Hypothèses.org : Carnets de l’IfPo) pose cette question : « Quel avenir pour les revues papier ? ». Cette réflexion est d’abord l’écho d’un billet de Michael Clarke publié le 7 décembre 2011 sur le blog Scholarly kitchen : « The Cost of Print ». Ce billet, qui place la problématique sur le terrain d’abord financier, détaille les avantages des revues en ligne par rapport aux revues papier. Le billet de l’Ifpo présente la politique volontariste de l’Institut qui privilégie l’Open Access pour les revues, « mais deux ans après parution, ce qui est relativement tôt par rapport à d’autres éditeurs ». Cette politique n’est pas sans risque : « l’Ifpo manque de recul pour évaluer avec précision les conséquences de la mise en ligne des volumes récents de ses revues sur les ventes au numéro et sur l’évolution du nombre d’abonnés ». Si les revues papier comme Syria génèrent des revenus, l’Ifpo observe qu’on oublie trop souvent que celles-ci ont également une forte valeur d’échange, constituant parfois une part très importante du budget d’acquisition des bibliothèques.

Former avec le numérique, former au numérique

Le numérique ne concerne pas seulement la recherche et l’édition scientifique. L’Observatoire du numérique dans l’enseignement supérieur – piloté par l’Enssib – qui a été créé en 2010 a pour vocation de recueillir des données pertinentes pour permettre l’évolution des offres éditoriales en ressources pédagogiques numériques pour l’enseignement supérieur. L’Observatoire souhaite recenser les pratiques des étudiants et de leurs enseignants, définir les besoins et attentes des acteurs de l’enseignement supérieur et réaliser des synthèses et produire des outils de réflexion. Le site Internet, dont l’Enssib a annoncé l’ouverture le 15 décembre, souhaite valoriser ces ressources documentaires. L’Enssib vient également de mettre en ligne son étagère électronique dédiée à la lecture numérique sur tablette, liseuse et ordinateur réalisée dans le cadre du projet « Calliopê » piloté par la mission innovation et numérique de l’enssib.

Il ne suffit pas d’avoir des outils numériques, encore faut-il savoir s’en servir. Comme le signale un récent billet de Franziska Heimburger et Émilien Ruiz paru dans « La Boite à Outils des Historiens », qui est la reprise d’un article d’Archimag du numéro de décembre 2011-janvier 2012 : « les « digital natives » ne naissent pas chercheurs… » : il faut les former. Il ne s’agit pas « de fabriquer des experts en informatique, mais de sensibiliser les historiens aux outils qui sont à leur disposition »3. Ajoutons aux recommandations des deux auteurs, qui initient à la recherche documentaire, à la gestion et exploitation des données et à la présentation et diffusion de la recherche, qu’il est également important d’appréhender les problèmes de droit.

Insula et le site de la BSA à la BnF…

Logo BnFLa BnF va archiver le web français au titre du dépôt légal. Le décret n° 2011-1904 du 19 décembre 2011 vient de stipuler que l’ensemble des services en ligne sera désormais soumis à l’obligation de dépôt légal à la BnF, dès lors qu’ils utilisent un nom de domaine en .fr (ou autre géré par l’AFNIC), ou que ces sites sont « enregistrés par une personne domiciliée en France ou produits sur le territoire français ». Pour un résumé détaillé, voir l’article paru dans le magazine Numerama.

et le compte Twitter de la BSA à la Library of Congress

Logo TwitterLe 7 décembre 2011, c’est la Library of Congress qui signait un accord de conservation de Twitter : « Nous avons plaisir à donner l’accès à l’ensemble de l’archive publique des tweets à la bibliothèque du Congrès à des fins de préservation et de recherche », annonçait Twitter sur son blog officiel.

Pour conclure

Le dernier numéro du Bulletin des bibliothèques de France (BBF, 2011, n° 6) propose un article de Jack Kessler – intitulé « Bibliothèques et numérique : de nouvelles opportunités » – dans lequel l’auteur stipule que les bibliothécaires peuvent aider les utilisateurs à ne pas se laisser submerger par ce trop-plein numérique, et à savoir utiliser avec pertinence les outils et les informations. Mais là encore, il y a sans doute du chemin à faire : une étude réalisée par Head et Eisenberg de la Information School de l’université de Washington auprès de 20 institutions de l’enseignement supérieur aux Etats-Unis, portant sur un échantillon de 560 étudiants, montre que la Bibliothèque universitaire est considérée comme un refuge dont les ressources sont sous-utilisées. Le blog Hortensius en fait un intéressant résumé assorti de commentaires à la lumière de l’expérience de Bordeaux 3.

Rendez-vous dans les bibliothèques (et sur Insula) en 2012 …

Pour information

Cette rubrique est composée d’articles glanés lors de notre veille informationnelle. Les liens ou les sujets abordés ont tous été l’objet d’une citation sur notre compte Twitter. Depuis le mois de décembre, la BSA a ouvert un Scoop.it qui regroupe l’information que la BSA diffuse sur son site web, le blog, le compte Twitter et la base de signets Delicious.

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Notes du texte

  1. David ‘Skip’ Prichard, PDG d’Ingram Content Group, prédit dans un billet du prolixe ActuaLitté, que la librairie physique ne va pas disparaître, à condition que celle-ci parvienne à « redéfinir son rôle en trouvant de nouvelles voies pour différencier son usage de celui du Net ». []
  2. Le problème n’est pas nouveau : on se souviendra également du différend entre Shelley Batts et Elsevier en 2007, celle-ci étant accusée d’avoir reproduit sur son blog un graphique issu d’une publication éditée par Elsevier. Sur ce sujet, voir par exemple le billet de Bora Zivkovic paru en 2007 : « Fair Use and Open Science ». []
  3. Sur le même sujet, lire aussi le billet « Vers un socle commun de formation aux outils numériques » []

Lire aussi sur Insula :

Citer ce billet

Christophe Hugot, « Actualité de l’Antiquité / 6 : spécial numérique », Insula [En ligne], ISSN 2427-8297, mis en ligne le 30 décembre 2011. URL : <http://bsa.biblio.univ-lille3.fr/blog/2011/12/actualite-de-l-antiquite-6/>. Consulté le 23 juin 2017.