Journée de la femme : parlons du féminin

À l’occasion de la Journée de la Femme, ce 8 mars, quelques réflexions, inspirées de la Grèce antique, sur le féminin qu’elle est censée célébrer…

Nombre de sagesses ancestrales nous enseignent que l’équilibre de l’univers et de tout ce qui est et qui le compose repose sur l’harmonie entre le féminin et le masculin, et, du coup, entre les éléments ou qualités qui y sont respectivement associés : la terre et le ciel, le bas et le haut, la gauche et la droite, l’intérieur et l’extérieur, la nuit et le jour, la lune et le soleil, et cetera… C’est l’idéal du yin et du yang, celui aussi que dit le mythe de l’androgyne que l’on peut lire dans le Banquet de Platon. La cohérence du monde et son évolution proviennent de l’alliance entre ces deux composantes, féminine et masculine, qui, réunies, peuvent également créer un autre. Tel est le noble sens de la différence et de l’altérité. Chez nos anciens Grecs, du moins à une certaine époque, la différence des genres se vit dans une répartition relativement nette entre ce qui relève du masculin (l’extérieur, l’actif, donc la politique, la guerre, et ce que appellerions le « social » et la structure) et ce qui relève du féminin (l’intérieur, l’intime, le réceptif, le sacré, les rites, notamment ceux, mystériques, qui sont en rapport avec la création humaine ou végétale). Le principe masculin, celui qui définit les choses, qui les organise et les rationalise, et le principe féminin, celui de l’infini, de l’expansion, de l’invisible sont naturellement complémentaires : sans l’essence organisatrice de l’homme, la femme est hystérique, et sans la fonction d’expansion de la femme, l’homme, limité, se rabougrit dans des frontières toujours plus étroites.

Aussi les critiques qui, en grand nombre à partir des années 1970, ont parlé du « problème » de la condition féminine dans la Grèce antique ont commis un joli contresens, très utile pour ce qu’il révèle … de la condition féminine au XXè siècle et de la façon de penser le féminin !

Le problème du problème de la femme…

En fait, envisager le féminin en tant que « problème » est déjà infléchir le sujet et c’est bien cela qui pose le vrai problème. Le fait qu’il y ait précisément questionnement, « problématique » des genres est l’indicateur certain d’un grave dysfonctionnement humain, qui n’est pas ailleurs et avant, qui est ici et maintenant. Dire que les Grecs étaient misogynes parce que la femme n’avait pas accès à la politique est un non-sens (l’identité féminine n’est pas politique par essence), qui aurait pour équivalent de dire que les Grecques étaient misandristes parce que les hommes n’avaient pas accès aux rites fondamentaux. Souvent, ce qu’on dit sur les autres ne renvoie, en réalité, à rien d’autre qu’à soi-même. C’est le cas de ces analyses, miroirs des préoccupations de notre modernité en quête d’elle-même : les gender studies sont nées avec la deuxième vague du féminisme et se sont développées avec la question de la parité hommes-femmes, parité essentiellement envisagée en terme d’identicité, et pas d’égalité. Chez les Anciens, comme il a été dit, l’égalité repose sur la différence et sa reconnaissance : le féminin et le masculin sont égaux précisément parce qu’ils sont différents et complémentaires. Si le féminin est identique au masculin – et réciproquement, tout s’écroule : c’est comme si les neurones de l’hémisphère droit du cerveau décidaient de migrer vers l’autre hémisphère. Pourquoi cette revendication d’identicité suicidaire ?

Où sont les femmes … ?

Si l’on analyse notre monde selon le système de compréhension des choses de nos vieux sages, ce qui est beaucoup moins anachronique que la démarche inverse, fréquemment utilisée et souvent de manière inconsciente, le déséquilibre masculin/féminin saute aux yeux : au regard de l’importance prédominante de la politique, de l’économie, des structures législatives, institutionnelles et sociales, quelle est la place accordée à l’intériorité, à l’intuition, au sacré, aux mystères du vivant ? Au regard de la suprématie de l’intelligence masculine, technique et synthétique, quelle est la place accordée à l’intelligence féminine, intérieure, intuitive, indéfinie ? Des siècles d’une église qui a remis entre les mains d’hommes sans femmes la puissance du sacré et d’un mode de pensée rationnel mis en place aux siècles des Lumières nous ont rendus prisonniers de structures cognitives bien figées, par lesquelles nous croyons percevoir la réalité entière, alors qu’elles n’en reflètent que la moitié. L’autre angle de vue, celui de l’intériorité, est celui, premier, vers lequel nos Anciens nous orientent lorsqu’ils nous disent : « Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’univers et les dieux ». Et ils avaient évidemment raison ! C’est l’intelligence intérieure, féminine, initiatique, qui mène à l’intelligence extérieure, et c’est l’union entre les deux, qui, féconde, peut véritablement créer une pensée nouvelle, équilibrée, et donc un monde plus harmonieux. En cela, oui, la femme est l’avenir de l’homme…

Ailleurs sur la toile

Compte rendu de l’ouvrage de Nadine Bernard, Femmes et société dans la Grèce classique (Armand Colin, 2003) par Odile Tresch sur le site de la BSA.

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Citer ce billet

Odile Tresch, « Journée de la femme : parlons du féminin », Insula [En ligne], ISSN 2427-8297, mis en ligne le 8 mars 2011. URL : <http://bsa.biblio.univ-lille3.fr/blog/2011/03/journee-de-la-femme-parlons-du-feminin/>. Consulté le 20 juillet 2017.