Que s’est-il passé un 7 décembre ?

7 décembre 43 av. J.-C. : l’assassinat de Cicéron

Lors du Second Triumvirat – constitué de Lépide, Octave et Marc-Antoine – le sort de Cicéron – ancien membre du parti de Pompée – est scellé. Marc-Antoine proscrit Cicéron. Le 7 décembre 43 av. J.-C., Cicéron est assassiné à Formia : sa tête et ses mains sont ensuite exposées sur les Rostres, au forum de Rome, sur ordre de Marc-Antoine. Pour relater cet événement, nous avons choisi de retranscrire le récit qu’en donne Plutarque, dans sa Vie de Cicéron, traduite ici par l’abbé Dominique Ricard (1741-1803). L’occasion pour nous d’extraire une vignette représentant Cicéron, tirée du second tome de La vie des hommes illustres grecs et romains, dans la traduction de Jacques Amyot, dans l’édition publiée en 1622 par François Jacquin, à Paris, que possède la Bibliothèque des sciences de l’Antiquité.

Cicéron (Plutarque, traduction Amyot, éd. François Jacquin, 1622)
Cicéron (Plutarque, traduction de Jacques Amyot, publiée par François Jacquin, à Paris, 1622)

LXIII. […] Cicéron, après être débarqué, entra dans sa maison, et se coucha pour prendre du repos : mais la plupart de ces corbeaux, étant venus se poser sur la fenêtre de sa chambre, jetaient des cris effrayants. Il y en eut un qui, volant sur son lit, retira avec son bec le pan de la robe dont Cicéron s’était couvert le visage. À cette vue, ses domestiques se reprochèrent leur lâcheté. « Attendrons-nous, disaient-ils, d’être ici les témoins du meurtre de notre maître ? et lorsque des animaux même, touchés du sort indigne qu’il éprouve, viennent à son secours, et veillent au soin de ses jours, ne ferons-nous rien pour sa conservation ? » En disant ces mots, ils le mettent dans une litière, autant par prières que par force, et prennent le chemin de la mer.

LXIV. Ils étaient à peine sortis, que les meurtriers arrivèrent : c’était un centurion nommé Hérennius, et Popilius, tribun de soldats, celui que Cicéron avait autrefois défendu dans une accusation de parricide. Ils étaient suivis de quelques satellites. Ayant trouvé les portes fermées, ils les enfoncèrent. Cicéron ne paraissant pas, et toutes les personnes de la maison assurant qu’elles ne l’avaient point vu, un jeune homme, nommé Philologus, que Cicéron avait lui-même instruit dans les lettres et dans les sciences, et qui était affranchi de son frère Quintus, dit au tribun qu’on portait la litière vers la mer, par des allées couvertes. Popilius, avec quelques soldats, prend un détour, et va l’attendre à l’issue des allées. Cicéron ayant entendu la troupe que menait Hérennius courir précipitamment dans les allées, fit poser à terre sa litière ; et portant la main gauche à son menton, geste qui lui était ordinaire, il regarda les meurtriers d’un œil fixe. Ses cheveux hérissés et poudreux, son visage pâle et défait par une suite de ses chagrins, firent peine à la plupart des soldats mêmes, qui se couvrirent le visage pendant qu’Hérennius l’égorgeait : il avait mis la tête hors de la litière, et présenté la gorge au meurtrier ; il était âgé de soixante-quatre ans. Hérennius, d’après l’ordre qu’avait donné Antoine, lui coupa la tête, et les mains avec lesquelles il avait écrit les « Philippiques ». C’était le nom que Cicéron avait donné à ses oraisons contre Antoine ; et elles le conservent encore aujourd’hui.

LXV. Lorsque cette tête et ces mains furent portées à Rome, Antoine, qui tenait les comices pour l’élection des magistrats, dit tout haut en les voyant : « Voilà les proscriptions finies ». Il les fit attacher à l’endroit de la tribune qu’on appelle les rostres : spectacle horrible pour les Romains, qui croyaient avoir devant les yeux, non le visage de Cicéron, mais l’image même de l’âme d’Antoine. Cependant, au milieu de tant de cruautés, il fit un acte de justice, en livrant Philologus à Pomponia, femme de Quintus. Cette femme, se voyant maîtresse du corps de ce traître, outre plusieurs supplices affreux qu’elle lui fit souffrir, le força de se couper lui-même peu à peu les chairs, de les faire rôtir, et de les manger ensuite. C’est du moins le récit de quelques historiens ; mais Tiron, l’affranchi de Cicéron, ne parle pas même de la trahison de Philologus. J’ai entendu dire que plusieurs années après, César [i.e. Auguste] étant un jour entré dans l’appartement d’un de ses neveux, ce jeune homme, qui tenait dans ses mains un ouvrage de Cicéron, surpris de voir son oncle, cacha le livre sous sa robe. César, qui s’en aperçut, prit le livre, en lut debout une grande partie, et le rendit à ce jeune homme, en lui disant : « C’était un savant homme, mon fils ; oui, un savant homme, et qui aimait bien sa patrie ». César, ayant bientôt après entièrement défait Antoine, prit pour collègue au consulat le fils de Cicéron. Ce fut cette même année que, par ordre du sénat, les statues d’Antoine furent abattues, les honneurs dont il avait joui révoqués ; et il fut défendu, par un décret public, que personne de cette famille portât le prénom de Marcus. C’est ainsi que la vengeance divine réserva à la famille de Cicéron la dernière punition d’Antoine. (Plutarque, Vie de Cicéron, 63-65)

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Christophe Hugot, « Que s’est-il passé un 7 décembre ? », Insula [En ligne], ISSN 2427-8297, mis en ligne le 7 décembre 2010. URL : <http://bsa.biblio.univ-lille3.fr/blog/2010/12/7-decembre-mort-de-ciceron/>. Consulté le 17 août 2017.