Les langues anciennes à la Faculté des lettres de Douai-Lille de 1855 aux années 1960

1/ La faculté des lettres de Douai-Lille de 1810 aux années 1960.

Le blog Insula reproduit la communication réalisée par Philippe Marchand lors du 37e Congrès international de l’APLAES qui s’est tenu à Lille en mai 2004. Le texte, édité dans les actes, est repris ici en quatre livraisons. Après une introduction présentant la Faculté des lettres de Douai-Lille, seront traités : la place du grec et du latin dans une faculté des lettres ; l’organisation des enseignements et pratiques enseignantes des langues anciennes ; les enseignants.

Philippe Marchand est maître de conférences émérite (HDR) en histoire moderne et contemporaine à l’Université de Lille 3, Laboratoire IRHiS-Lille 3 (UMR CNRS 8529).
Constant Martha - Antoine Meyer — Gallica (via Wikipedia)
Constant Martha – Antoine Meyer — Gallica (via Wikipedia)

Avant d’en venir au sujet qu’il m’a été demandé de traiter, il convient de rappeler brièvement quelques éléments relatifs à la faculté des lettres de Douai-Lille. En application du décret du 17 mars 1808 créant l’Université impériale et spécifiant qu’il y aurait au siège de chaque chef-lieu d’académie une faculté de lettres, composée du professeur de belles-lettres du Lycée et de deux autres professeurs, c’est donc à Douai, chef-lieu de l’académie, qu’est placée la faculté des lettres. Solennellement installée le 10 mai 1810 par Taranget, premier recteur de l’académie, la faculté des lettres de Douai semble bien avoir végété. À l’exception de la liste des professeurs, on ne lui connaît aucune activité. Aussi fait-elle partie des dix-sept facultés des lettres supprimées par le décret du 31 octobre 1815 réorganisant la carte universitaire du royaume. Le décret du 22 août 1854, prévoyant l’ouverture d’une faculté des lettres dans chaque académie, donne satisfactions aux Douaisiens qui, depuis 1820, en réclamaient le rétablissement. Le 7 décembre 1854, elle est solennellement installée. Abritée dans les locaux de l’Hôtel de Ville, elle accueille ses premiers étudiants en janvier 1855 après que les programmes des cours des cinq professeurs nommés pour y enseigner − Caro pour la philosophie, Colincamp pour la littérature française, Filon pour l’histoire, Parisot pour la littérature étrangère et, enfin, Constant Martha pour la littérature ancienne −, aient été approuvés par le ministère de l’instruction publique. Dès avril 1855, la faculté des lettres organise sa première session de baccalauréat. En juillet 1855, se tient la première session de l’examen pour la licence ès lettres.

L’installation de la faculté des lettres à Douai suscite les protestations de la ville de Lille qui, ayant hérité de la faculté des sciences et forte de son titre de préfecture, entame un long combat pour obtenir son transfert. Au terme d’une lutte acharnée dont les épisodes ont été présentés par Jean-François Condette, le transfert, voulu par Louis Liard, directeur de l’enseignement supérieur, partisan de la création d’un grand pôle universitaire à Lille, prend effet avec la publication de deux décrets le 25 octobre 1887. À la rentrée de novembre 1887, les cours commencent, hébergés temporairement dans la faculté de médecine et de pharmacie, puis à partir de novembre 1892, dans les nouveaux bâtiments édifiés rue Joséphine, dénommée Auguste Angellier en 1913. La faculté des lettres, devenue faculté des lettres et sciences humaines, puis Université des Sciences humaines, des Lettres et des Arts − Lille 3 en 1968, dénommée Charles de Gaulle le 4 mai 1998, reste rue Angellier jusqu’à son transfert à Villeneuve d’Ascq décidée en 1970 et menée à bien, en 1974, par le président Pierre Deyon.

De 1855 à la Première guerre mondiale, la faculté des lettres de Douai-Lille est une petite communauté rassemblant un nombre réduit d’enseignants − 4 en 1855, 14 en 1887, 18 en 1902, 24 en 1913 −, et d’étudiants. Ils sont 25 en 1855, 138 en 1887-18888, 149 en 1902-1903, 353 en 1912-1913. Aux étudiants inscrits, il faut ajouter de nombreux auditeurs libres, de 250 à 3000, voire plus, qui suivent les cours publics. Au plan national, la faculté des lettres de Douai-Lille arrive loin derrière la faculté des lettres de Paris (12000 étudiants). Elle se classe au quatrième rang des facultés des lettres françaises derrière Paris, Lyon et Bordeaux.

Après la chute des effectifs pendant la Première guerre mondiale (55 étudiants en 1915-1916, 101 étudiants en 1917-1918), l’entre-deux-guerres est une période de croissance. On passe de 239 étudiants en 1919-1920 à un peu plus de 1000 étudiants en 1938-1939, et, dans le même temps, de 23 enseignants à 32. Mais, c’est à partir des années 1955-1960 que le changement de taille se produit : 1714 étudiants et 61 enseignants en 1955, 5223 étudiants en 1964 et 141 enseignants, plus de 10.000 étudiants en 1978 et plus de 250 enseignants, sans compter les chargés de cours.

À suivre …

Philippe Marchand

Épisode suivant :
2. La place du grec et du latin dans une faculté des lettres

La faculté de médecine et de pharmacie de Lille où les premiers cours de la faculté des lettres de Lille se sont tenus.
La faculté de médecine et de pharmacie où les premiers cours de la faculté des lettres de Lille se sont tenus.

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La deuxième Anabase [extrait].

L’extrait inédit de Xénophon que nous publions ici illustre par anticipation l’étude que Roland Barthes consacra au « Tour de France comme épopée » (Mythologies). 2300 ans avant Antoine Blondin, l’historien grec saisit l’intérêt de cette épreuve, riche en péripéties de toutes sortes, pour décrire des contrées reculées et des peuplades aux mœurs étranges. Ce nouveau pastiche d’Insula nous emmène en Picardie.

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Qu’est-ce que les Romains ont fait pour nous ?

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« La batalla de Waterloo y un curioso manual de literatura romana publicado en 1815 » est un texte de Francisco García Jurado, publié en juin 2015 sur le blog « Reinventar la Antigüedad ». La traduction française inédite publiée sur « Insula » est réalisée par Cassandre Sikorski, étudiante en Master « Traduction Spécialisée Multilingue » – TSM, de l’Université Lille 3.

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